Tesla a publié ses résultats financiers pour le deuxième trimestre 2026 qui vient de se terminer et le bilan est contrasté et intéressant pour le constructeur américain. D’un côté, les ventes de voitures se sont très bien portées sur les trois derniers mois, avec plus de 480 000 livraisons, un chiffre historiquement inédit pour cette période de l’année. Ces bons chiffres se retrouvent forcément dans la grille de résultats, avec un chiffre d’affaires à 28,2 milliards de dollars, une hausse de 26 % par rapport au deuxième trimestre 2025 et c’est aussi un record pour cette période.
La hausse des prix des carburants a propulsé Tesla vers un trimestre record
Dans le même temps, les dépenses d’exploitation ont fortement augmenté avec 4,35 milliards de dollars, soit 47 % de plus que l’an dernier à la même époque et là encore, du jamais-vu. Les investissements ont explosé en parallèle et approchent des 6 milliards de dollars en trois mois, 142 % de plus que l’an dernier. Le bénéfice opérationnel diminue ainsi de 57 % à 389 millions de dollars et il faut remonter en 2020 pour trouver une valeur aussi faible. Le bénéfice net dit non-GAAP, censé mieux représenter l’activité normale de Tesla, a également baissé de 17 % en un an.
Ces dépenses sont justifiées par plusieurs chantiers énormes lancés par l’entreprise d’Elon Musk, à commencer par la conduite autonome. Le communiqué fourni avec les résultats financiers insiste lourdement sur les succès de la conduite entièrement autonome (supervisée) que Tesla propose à ses clients dans quelques pays. Si l’on a appris que la France allait rester à l’écart pour le moment, le déploiement de la fonctionnalité progresse effectivement dans le monde et génère des revenus réguliers.
La conduite autonome de Tesla rate son permis en France, notamment à cause d’excès de vitesse
Tesla indique ainsi que 55 % des nouvelles voitures en Amérique du Nord testent le FSD, une valeur bien plus élevée qu’avant. C’est néanmoins assez logique que la nouvelle formule sur abonnement soit plus populaire que l’ancienne formule, qui demandait de payer des milliers de dollars. La formule à 99 € par mois va forcément séduire davantage de clients, au moins pour des essais initiaux. Toutefois, ce n’est pas cela l’enjeu numéro un pour le constructeur, qui espère surtout offrir une conduite réellement autonome et non un simple assistant. Son service de Robotaxi est en test dans plusieurs villes nord-américaines et la production du Cybercab, un véhicule sans pédalier ni volant, est en cours.
Le matériel est prêt, c’est le logiciel qui pèche toujours. La communication très optimiste cache mal une réalité : le service de Robotaxi est encore balbutiant aux États-Unis avec très peu de véhicules sur les routes d’une poignée de villes. Il y en a encore moins si on élimine ceux avec une personne à bord ou dans une voiture-balai pour superviser directement le taxi supposé autonome. Nos confrères d’Electrek ont fait le point sur les annonces de croissance du trimestre et montré que le service stagne sur le plan commercial depuis le début de l’année. On en est toujours à la phase d’expérimentations et les dépenses ne vont pas diminuer rapidement si l’entreprise espère réellement concurrencer Waymo.
Lancement en demi-teinte pour les Robotaxis de Tesla, pas encore complètement autonomes
10 milliards de miles plus tard, Tesla n’a toujours pas lâché le volant
Parmi les gros paris sur l’avenir, Tesla compte aussi lancer la production de son robot humanoïde Optimus avant la fin de l’année. Le constructeur a été jusqu’à sacrifier ses deux véhicules historiques, les Model S et Model X, pour faire de la place à ce robot dans son usine californienne. Les ouvriers de Fremont installent en ce moment même le nécessaire et la production devrait commencer avant 2027, si tout va bien.
Après deux ans dans le rouge, Tesla supprime les Model S et X en faveur de ses robots
En parallèle de ces gros investissements, la baisse des bénéfices s’explique aussi par la fin progressive des crédits carbone. Pendant des années, Tesla a réussi à s’en sortir grâce au retard de ses concurrents : des constructeurs automobiles payent la firme américaine pour compenser leur production pas assez électrifiée et s’éviter des amendes. Même si l’entreprise n’a plus besoin de ces crédits pour afficher des bénéfices, ils continuent de sauver quelques trimestres, dont le deuxième l’an dernier. Tesla avait alors récupéré 439 millions de dollars en crédits réglementaires, compensant la baisse sur la même période des véhicules vendus.
Tesla continue de faire des bénéfices grâce au retard des autres constructeurs
Tesla a sauvé son deuxième trimestre 2024 grâce au stockage d’énergie et aux crédits carbone
Tesla : une crise qui pourrait durer jusqu'à fin 2026
En 2026, ce chiffre chute à 146 millions de dollars, sa valeur la plus basse depuis 2019. Plus gênant encore pour les finances du fabricant, ce n’est sans doute pas une erreur passagère. Aux États-Unis, les principaux mécanismes qui étaient en place pour générer ces crédits ont été supprimés par l’administration actuelle, pourtant activement soutenue par le CEO. En Europe, Reuters indiquait au printemps que Stellantis, Toyota et Subaru n’avaient rien payé à Tesla depuis le début de l’année, alors que ces trois constructeurs fournissaient une grande partie des crédits.
Autant dire que Tesla ne devrait plus compter sur cette source de revenus extrêmement rentable à l’avenir. D’autres produits pourraient servir de relai de croissance, dont le poids lourd Semi qui devrait (enfin) entrer en production de série avant la fin de l’année. Le stockage d’énergie est un autre point fort de Tesla avec des volumes en hausse de 41 % d’une année sur l’autre. L’arrivée de la troisième génération des Megapacks, d’immenses batteries destinées à stocker l’énergie sur le réseau électrique, pourrait également aider.
Les Megapacks de Tesla vont trouver une place sur le réseau électrique français
Au-delà, Elon Musk envisage une fusion de ses deux entreprises majeures restantes, Tesla et SpaceX. S’il ne l’a pas dit explicitement pendant la présentation des résultats financiers, il l’a lourdement sous-entendu et ce n’est pas réellement une surprise. Il a déjà fait le coup à plusieurs reprises, avec X acheté par xAI, avant que ce dernier ne soit absorbé par SpaceX et c’est un moyen pour l’homme déjà le plus riche au monde d’accroître encore sa fortune.













