Les écrans 5K, c'est-à-dire ceux qui ont une définition de 5 120 x 2 880 pixels, sont très appréciés dans le monde Apple, mais ils sont historiquement assez onéreux. Que ce soit l'iMac en son temps, les modèles UltraFine de LG, le Studio Display d'Apple ou les modèles comme le Philips Brilliance 27E3U7903 testé récemment, le prix dépasse souvent largement 1 000 €. Donc quand Japannext a proposé le sien à 650 € en France, forcément, nous avons voulu tester. La société a été créée au Japon en 2016 par un Français, Samuel Becker, et le JN-IPS275K-HSPC9 est un écran 5K vendu 650 €, quand Apple vend le sien 1 750 €. Il est en concurrence avec l'Asus ProArt PA27JCV, que nous avons testé.

Une bonne dalle… comme les autres
Une fois n'est pas coutume, nous allons commencer par le plus important dans un moniteur : la dalle elle-même. Car il faut bien prendre en compte un point avec les écrans 5K, que ce soit les anciens modèles (vers 2015) ou les récents : ils sont tous assez similaires dans les faits. Le plus évident est la diagonale : il n'existe que des dalles de 27 pouces, avec une résolution de l'ordre de 218 ppp. C'est parfait pour travailler en Retina 2x sous macOS : vous aurez la même surface de travail qu'un écran 1440p mais avec une image parfaitement nette. C'est un avantage évident face aux moniteurs 4K de 27 pouces, qui doivent appliquer un redimensionnement qui amène un léger flou une fois réglés en pseudo 1440p, ou des textes trop gros en mode 2x (équivalent à du 1080p).
Dans tous les cas, vous aurez une dalle IPS, une technologie qui offre de bons angles de vue mais un contraste faible. Certains fabricants, comme Japannext, annoncent un contraste de 2000:1 (nous avons mesuré 1690:1 à 50 % de luminosité) et d'autres restent sur la valeur standard en IPS qui est aux alentours de 1000:1. Mais dans les deux cas, ce n'est pas très élevé. Avec un contraste faible, des zones qui devraient être noires (comme les bandes noires si vous regardez un film qui n'est pas en 16:9) sont plutôt grisâtres. Il n'y a malheureusement pas de dalles VA (qui ont un contraste plus élevé, de l'ordre de 4000:1) ou OLED, avec un contraste infini. Et heureusement pas de dalles TN, moins efficaces.

Le troisième point est la fréquence de rafraîchissement : toutes les dalles restent aux alentours de 60 Hz. Certains poussent à 70 Hz, mais c'est généralement une mauvaise idée : c'est une valeur qui n'est ni un multiple entier de 30 Hz (une valeur courante pour les vidéos), ni de 24 Hz. À 70 Hz, les gains en fluidité sont anecdotiques et les micro-saccades sur les contenus vidéo bien présentes. Japannext a choisi de rester à 60 Hz, mais avec la compatibilité FreeSync d'AMD. C'est une technologie de rafraîchissement variable prise en charge par macOS qui permet de faire varier la fréquence.
Le choix de Japannext est assez conservateur, avec une plage comprise entre 48 et 60 Hz seulement. Pour les joueurs, ce n'est pas très intéressant, car la plage est trop réduite. Si vous avez une carte graphique capable d'atteindre plus de 48 images/s en 5K, vous allez probablement acheter un écran plus rapide pensé pour les joueurs. Et si vous êtes entre 24 et 30 Hz (la seconde plage en pratique, avec des images doublées), vous n'allez probablement pas avoir envie de jouer. Mais c'est une valeur intéressante pour les amateurs de vidéo : il est possible d'afficher une vidéo à 24 images/s de façon parfaitement fluide, car l'écran va passer à 48 Hz et doubler les images. Attention, la fonction n'est pas activée par défaut dans l'OSD.

Quatrième point, la luminosité. Japannext a choisi une valeur dans la tranche basse pour un écran 5K : 350 cd/m2 (nous avons mesuré 400 cd/m2). C'est du niveau des anciens modèles, et les moniteurs récents peuvent atteindre 500 ou 600 cd/m2, comme chez Apple. En théorie, c'est parfaitement suffisant : il est recommandé de rester entre 120 et 150 cd/m2 pour un bon confort. En pratique, la majorité des utilisateurs pousse la luminosité à des niveaux plus élevés, et le simple fait d'avoir une source de lumière puissante ou de grandes fenêtres dans un bureau vous obligera à aller vers des valeurs plus hautes que celles recommandées. Dans les faits, le moniteur est suffisamment lumineux pour la majorité des usages.

Il est techniquement compatible HDR10, mais la luminosité est bien trop faible pour en profiter. Dans le cas des écrans 5K, c'est un problème généralisé : même les modèles capables d'atteindre 600 cd/m2 peinent sur ce point, surtout avec le contraste faible. Les effets liés au HDR10 sont donc peu perceptibles. Il faut aussi noter que, comme souvent, la mise en place est médiocre. Vous devrez aller dans l'OSD du moniteur (dans la section OTHER) pour activer le HDR, et sur macOS dans Réglages Système > Moniteurs > Plage dynamique étendue pour l'activer. Nous vous recommandons de le faire uniquement si vous regardez des contenus en HDR : même si macOS tente d'effectuer une conversion HDR/SDR pour garder un résultat correct, l'activation tend à délaver le rendu des contenus SDR. Enfin, comme souvent avec les moniteurs qui ne sont pas Mini LED ou OLED, le résultat est très moyen dès que le HDR est employé dans des zones sombres ou avec un fort contraste.
Le HDR décodé : pour une vie plus lumineuse

Dernier point, les couleurs. Japannext annonce que la dalle est 10 bits (certains concurrents, dont Apple, sont en 8 bits) et couvre 100 % de l'espace de couleurs DCI-P3 (ce que nous avons pu vérifier). Ce sont de bonnes valeurs, et le moniteur est bien réglé. Ce sont des valeurs classiques, et tous les moniteurs 5K sont dans cette zone1. Le DCI-P3 permet surtout de visualiser toutes les nuances capturées par un iPhone et de profiter de films modernes, généralement calibrés pour cet espace.

Nous avons effectué des mesures avec une sonde sur le rendu des couleurs et le Delta E moyen est de 1,40. C'est une valeur qui indique la différence entre une couleur parfaitement rendue et celle obtenue réellement. Sous une valeur de 3, l'œil humain est généralement incapable de déceler la différence entre les couleurs et dans le cas de ce moniteur toutes les teintes sont largement sous 2 sauf le bleu, qui dépasse parfois 4. Si vous n'avez pas de sonde pour étalonner la dalle, le plus simple est de passer sur le mode Standard et Warm dans les réglages de l'OSD (et d'oublier les modes Movie et ceux liés aux jeux). Il offre un bon compromis sur la fidélité, avec un bleu très proche de 3.

Enfin, il faut le noter, la dalle est mate. Nous n'allons pas lancer le débat entre les adeptes des dalles mates et ceux qui préfèrent les brillantes, mais elle évite globalement les reflets. Nous n'avons pas le matériel pour vérifier sa réflectivité réelle, mais si vous affichez une image totalement noire, vous ne vous verrez pas dans la dalle, contrairement aux anciens écrans LG UltraFine, par exemple.
Si nous devions nous limiter aux résultats de la dalle, la note de ce moniteur Japannext serait excellente : l'image est nette, les caractéristiques dans la moyenne et le résultat globalement du même ordre que des écrans vendus deux à trois fois plus cher, comme celui d'Apple. Et si vous n'accordez pas trop d'importance aux fonctions annexes — ce qui est parfaitement légitime —, c'est un excellent moniteur. Mais il faut tout de même bien en parler : sur les fonctions annexes, justement, le moniteur de Japannext pèche un peu.
Une construction correcte, sans plus
Sur le plan matériel, le moniteur est correct. Il est en plastique avec des bordures assez fines (8 mm sur les côtés et le dessus, 15 mm en bas). Le pied est en plastique (seule la base est en métal) et offre les paramétrages classiques : réglage en hauteur, rotation (limitée à 15°) et inclinaison (-5°, +20°). La dalle peut pivoter à 90°, une fonction courante sur les moniteurs en ratio 16:9, mais qui est absente sur le Studio Display d'Apple.

Il est compatible VESA (75 x 75 mm), mais la mise en place est un peu brute : Japannext fournit juste des entretoises à placer à l'arrière, à l'endroit où le pied se place habituellement. Ce n'est pas très esthétique, mais le résultat dépendra de votre support VESA (certains cachent l'espace) et ce n'est un souci que si l'arrière du moniteur est visible.

Profitons-en pour parler de l'OSD, l'interface du moniteur. Japannext a fait le service minimum, avec quatre boutons dont le marquage noir sur noir est peu lisible. Le premier permet d'accéder au menu et de valider les choix. Le second affiche une croix pour les joueurs de FPS2, qui a peu d'intérêt. Dans le menu, il permet d'aller vers le bas ou la gauche. Le troisième affiche le volume des enceintes ou permet d'aller vers le haut. Le dernier permet de changer de sources ou de retourner en arrière. Comme souvent, il faut un petit temps d'adaptation pour les menus, et un joystick est généralement bien plus agréable. Le menu est bien traduit en français (il y a juste quelques erreurs mineures), mais il faut tout de même quatre manipulations pour accéder au réglage de la luminosité, par exemple.

Une mesure importante pour certains est la consommation. Sur le bureau de macOS, avec quelques applications ouvertes, nous avons mesuré 38 W en réglant la luminosité à 50 % (220 cd/m2) et 55 W avec la luminosité à 100 %. Au passage, le moniteur intègre son alimentation, avec un câble standard (C5 Mickey).
Les entrées vidéo
Sur les entrées vidéo, c'est un peu compliqué. Les deux plus importantes sont une entrée DisplayPort 1.4 (pleine taille) et une entrée USB-C. Cette dernière donne accès au hub USB et peut fournir 90 W à un Mac portable. Les deux entrées permettent de travailler dans la définition native (5 120 x 2 880) à 60 Hz. La troisième entrée est une simple prise HDMI 2.0, ce qui limite de facto les possibilités. Sur le papier et selon la documentation, elle permet le 5 120 x 2 880 à 30 Hz. Dans la pratique, avec un Mac mini M4 Pro, l'écran est bloqué en 4K (3 840 x 2 160) à 60 Hz. Comme il y a un redimensionnement qui est effectué au niveau de l'écran lui-même, le rendu manque clairement de netteté. Dans les deux cas, il n'y a aucune raison de passer en HDMI : vous aurez soit un rendu saccadé (à 30 Hz) et net, soit un rendu flou mais fluide.



Peu de fioritures : un mauvais hub USB, de mauvaises enceintes
Japannext va à l'essentiel, et c'est normal compte tenu du prix. Il n'y a pas de webcam, de capteur de présence et autres accessoires de ce genre. La marque a intégré un hub USB, mais il est singulièrement daté : il ne propose que de l'USB 2.0 (480 Mb/s) et uniquement deux prises qui sont peu accessibles, dans la zone où se trouvent les entrées. Il a tout de même la bonne idée de fonctionner directement si vous passez par l'entrée USB-C, un bon point. Avec les autres entrées, il faudra brancher un câble USB-A vers USB-B fourni.
Question audio, il y a deux choses à dire. Premièrement, il y a une sortie jack analogique qui permet de récupérer l'audio émis en USB-C, HDMI ou DisplayPort. macOS indique que le DAC peut travailler jusqu'à 192 kHz en 24 bits, mais il s'agit en réalité des fonctions du DisplayPort. L'autre possibilité vient des enceintes, extrêmement mauvaises. Japannext annonce 2x 3 W, mais le résultat est déplorable. C'est assez courant dans les moniteurs d'avoir des enceintes médiocres (sauf chez Apple), mais c'est vraiment mauvais dans le cas présent. Ce n'est même pas suffisant pour écouter un podcast, sauf si vous aimez l'absence de basses et l'effet « salle de bain ». Et comme toujours avec macOS, vous ne pourrez pas ajuster le volume de la sortie audio nativement3. Au passage, il faudra passer par l'OSD de l'écran : MonitorControl arrive bien à contrôler la luminosité mais pas le volume.

Dernière fioriture complètement inutile, un éclairage RGB. Quelques LED à l'arrière du moniteur émettent des couleurs en boucle, pour proposer une sorte de halo derrière l'écran. C'est désactivé par défaut et il n'y a aucune possibilité de contrôle. C'est réellement inutile et assez peu visible.
Soyons honnêtes : Japannext n'aurait pas mis d'enceintes ou de hubs USB que ça n'aurait rien changé. Les deux sont sans intérêt en 2025.
Un moniteur 5K de bonne qualité, si vous ne voulez qu'un bon moniteur
Le JN-IPS275K-HSPC9 est-il un bon moniteur ? Sur le plan purement technique, oui. Il offre la même chose que les autres moniteurs 5K pour un prix plus faible. La luminosité maximale est certes un peu plus faible que la moyenne, mais largement suffisante pour un usage standard. On pourrait regretter une entrée HDMI un peu inutile et bridée, mais les entrées DisplayPort et USB-C pallient ce défaut.
Et pourtant, il n'est pas parfait, ou plus exactement tout va dépendre de l'importance des fioritures. Certains veulent une webcam, un hub USB intégré performant ou des enceintes qui sonnent mieux qu'une boîte de conserve reliée à une ficelle. D'autres se contentent d'un écran qui effectue sa tâche principale, c'est-à-dire afficher. Selon le côté duquel vous allez mettre le curseur, vous allez trouver l'écran de Japannext parfaitement adapté4 ou franchement limité. Et la marque ne fait pas dans la dentelle : les quelques fonctions annexes (hub USB, enceintes) sont mauvaises. Mais il faut bien comprendre une chose : c'est bien l'absence de ces fonctions annexes qui permet à Japannext de proposer un prix très compétitif.
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Quelques vieux moniteurs 5K couvrent 100 % de l'espace Adobe RGB plutôt que le DCI-P3, mais il s'agit dans les deux cas d'espaces étendus. ↩︎
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C'est souvent vu comme de la triche : la cible est matérielle et indétectable par les logiciels. ↩︎
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C'est le comportement le plus logique avec une sortie numérique classique. Mais comme Windows permet de régler le volume d'une sortie numérique (avec une dégradation), macOS est considéré comme inférieur sur ce point. ↩︎
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Ce qui est le cas de votre serviteur. Mon écran habituel est un modèle 5K de première génération qui a les mêmes défauts (il n'a pas d'enceintes) et qui nécessite deux prises DisplayPort pour fonctionner. ↩︎













