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Près de neuf ans après sa présentation, Tesla serait enfin prêt à produire son Semi

Nicolas Furno

mardi 05 mai 2026 à 11:14 • 42

Mobilités

Quand Elon Musk a présenté le Tesla Semi, il promettait l’arrivée du semi-remorque électrique dès 2019. C’était fin 2017 et inutile de souligner à quel point le milliardaire faisait preuve d’un optimisme débridé, pour ne pas dire autre chose. À l’époque, c’était quasiment le seul véhicule du genre : le camion le plus rapide au monde, une autonomie qui semblait impossible et un design radical pensé pour l’aérodynamique. Depuis, tous les acteurs traditionnels ont sorti des semi-remorques électriques et Tesla s’est contentée de retarder la sortie du sien, sauf pour quelques rares exemplaires livrés à une poignée de clients au fil des années.

Le premier Tesla Semi de série produit par la chaîne de production dédiée installée au Nevada. Image Tesla.

Cette fois, ce serait la bonne. Tesla a publié sur X une photo de la sortie de la chaîne de production dédiée au Semi installée au Nevada, où l’on peut voir le premier modèle de série. Contrairement aux exemplaires livrés jusqu’ici qui étaient largement produits à la main et ainsi plus proches du prototype, ce camion est la version finale du véhicule présenté en 2017. Pendant ces quasiment neuf ans de développement, si le design extérieur n’a pas trop changé1, il y a eu d’importants changements dans la conception générale. C’est logique avant une industrialisation et le Semi a été testé en conditions réelles pendant plusieurs années.

Fidèle à ses habitudes, le constructeur exclusivement électrique donne peu de détails techniques. On sait juste que la gamme finale se compose de deux modèles, distingués principalement par l’autonomie théorique maximale. En entrée de gamme, Tesla promet 325 miles (520 km) avec une pleine charge équivalent à celle de nos 38 tonnes européens. Le modèle mieux doté doit monter à 500 miles (800 km) dans les mêmes conditions, ce qui était déjà la promesse en 2017, une bonne nouvelle. Cette valeur est toutefois bien plus réaliste en 2026 et même si le Semi devrait garder un avantage théorique sur ses concurrents, ces derniers ne sont pas si éloignés. À titre d’exemple, le FH Aero Electric de Volvo promet jusqu’à 700 km d’autonomie sur une charge.

Le Semi finalisé sur sa chaîne de production. Image Tesla.

Tout l’enjeu de ces camions électriques est leur prix, critère clé pour justifier un achat face aux modèles thermiques. Lors de la présentation initiale du Semi, Tesla promettait entre 150 000 $ et 180 000 $ selon la batterie, des valeurs qui n’ont pas été mises à jour en neuf ans et qui sont forcément bien trop basses en 2026, rien qu’en tenant compte de l’inflation. On parle désormais d’un prix de vente autour de 290 000 $ HT (248 000 € environ) pour le modèle à grande autonomie, ce qui resterait très compétitif. Pour reprendre l’exemple de Volvo, il n’y a pas non plus de prix public, mais la variante avec la meilleure autonomie dépasserait les 500 000 € HT.

À un tel tarif, Tesla a clairement une carte à jouer pour espérer convaincre les transporteurs sur le plan de la rentabilité. Face aux coûts actuels du diesel, on peut espérer des gains importants sur la durée de vie du Semi, sous réserve que les prix de l’électricité restent à leurs niveaux actuels, ce qui reste un pari sur l’avenir bien difficile à évaluer. En parlant d’électricité, la puissance de charge monte comme promis à 1,2 MW grâce au réseau de « megachargeurs » que Tesla compte installer à travers les États-Unis. Le constructeur promet de récupérer 60 % d’autonomie en 30 minutes, ce qui est la durée minimale de la pause imposée aux routiers américains.

Un Semi en charge sur un megachargeur. Image Tesla.

Sur le papier, le Semi a tout pour reproduire le phénomène Model 3 dans l’univers des semi-remorques. La proposition de Tesla est moins chère et techniquement supérieure à ce que la concurrence peut offrir en Europe et plus encore dans son propre pays, où l’offre de camions électriques est nettement plus réduite. Néanmoins, la difficulté va être la capacité de production. Le programme a été retardé tant de fois au fil des années que la méfiance reste de mise : le constructeur a créé une usine dédiée à Sparks, mais a-t-il les moyens de produire suffisamment de Semi pour peser sur les autoroutes américaines ?

En théorie, cette chaîne de production sera capable de sortir 50 000 Semi par an. En pratique, la production commencera doucement et ne devrait pas dépasser les quelques milliers d’unités en 2026. Un gros goulet d’étranglement devrait être la batterie, dont la capacité devrait dépasser les 850 kWh sur le modèle à grande autonomie, soit l’équivalent de 13 batteries de Model Y entrée de gamme. Ce n’est pas pour rien que l’unité de production du camion est au Nevada, juste à côté de l’usine qui produit les cellules 4680 conçues en interne et qui devraient servir dans le Semi. Malgré tout, l’entreprise n’arrive pas à produire suffisamment de ces cellules depuis leur présentation en 2020 et on ne sait pas si ces problèmes ont été réglés depuis.

L’intérieur finalisé du Semi ressemble fortement à une Tesla, avec deux écrans et un volant repris des Model 3 et Y. La position centrale du conducteur, particularité de ce camion, a bien été conservée jusqu’au bout. Image Tesla.

En parlant de promesses, le nouveau Roadster avait été présenté en même temps que le Semi, avec une sortie prévue pour 2020. Neuf ans après, on reste au stade du prototype, même si l’homme le plus riche de la planète ne cesse de promettre une présentation imminente du modèle de série. Il a failli être dévoilé en avril, avant d’être repoussé « peut-être d’ici un mois environ », voilà qui est précis. Inutile de retenir son souffle…

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  1. Les gros rétroviseurs extérieurs, peu aérodynamiques, mais obligatoires aux États-Unis, se voient malgré tout bien. On peut aussi noter l’adoption du nouveau style de la marque développé ces dernières années : barre de LED pour l’éclairage ou encore retrait du logo sur le capot avant.  ↩︎

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