Les errements logiciels d'Apple (3/4) : Taligent, le système d'exploitation rêvé

Jean-Baptiste Leheup |

Avant de trouver la martingale Mac OS X au détour des années 2000, Apple a essuyé des échecs retentissants dans sa quête d'un système d'exploitation moderne. Retour sur cette période mouvementée en quatre épisodes.

  1. La quête de l'objet sacré
  2. Dix ans de perdus avec le projet Pink
  3. Taligent, le système d'exploitation rêvé
  4. Kaleida Labs, l'autre échec conjoint avec IBM

Connaissez-vous Taligent ? Il s'agissait d'une filiale commune à Apple et IBM, annoncée dès l'été 1991 et officialisée en octobre de la même année. Oui, la même Apple qui ciblait le même IBM dans sa stratégie de communication durant la décennie précédente, s'attaquant à son archaïsme et à son immobilisme. Tous deux devenaient alliés pour créer le système d'exploitation du futur, dans un monde informatique en pleine ébullition.


avatar umrk | 

Oui .. sur OS/2, il faut dire que Microsoft a joué sur l’ambiguité de sa position : partenaire ou sous-traitant ?

Il faut en fait replacer tout ceci dans le contexte de l’époque, où tout le monde cherchait désespérément à accoucher d’une solution multifenêtrée équivalente à celle du Mac (l’Orienté Objet n’était qu’un moyen au service de cet objectif). Comme le notait Steve avec ironie, il n’a fallu pas moins de dix ans à microsoft pour arriver à ce résultat ..

A cette époque (début des années 90), les machines « sérieuses étaient des stations de travail sous Unix, très couteuses. Sun tenait le haut du pavé, avec son système Solaris inspiré d’Unix, et son système de multifenêtrage NeWS, qui, parce que reposant sur Postscript, était infiniment techniquement supérieur à X-Window (Motif) de l’OSF.

https://en.wikipedia.org/wiki/NeWS

Pour gagner du temps, beaucoup (dont Microsoft) créèrent une surcouche multifenêtrée au dessus de l’OS sous-jacent (MS-DOS dans le cas Microsoft). Solution bancale, pourrie, qui n’était là que pour faire patienter ….

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avatar Phiphi | 

@umrk

D’un autre côté OS/2 était un système plutôt efficace, stable, et vraiment multitâche, mais pas très ergonomique, et franchement moche ; alors que Windows 3 était une vraie pataugeoire dont le pseudo multitâche (coopératif) se bloquait 18 fois par jour, mais dont l’ergonomie était plus accessible et le design un peu plus sexy.
On sait ce que ça a fini par donner en parts de marché.
À côté de ça, j’arrivais, avec un simple Psion, dont le multitâche était redoutable d’efficacité, à lancer en parallèle un gros recalcul de tableur et une impression, sans que la musique n’ait le moindre hoquet à l’écoute, quand garder 2 applications ouvertes simultanément sous Windows 3.0 était déjà prendre un risque de perdre une partie de son travail !
(Et quand je pense que Palm a survécu plus longtemps que Psion... sidérant ! )

avatar House M.D. | 

@Phiphi

Ouuuuuh, Psion, ça ne me rajeunit pas ! Quand j’étais gamin je rêvais devant ces machines de poche capable de presque tout faire !

avatar PixelCat | 

@umrk

Très enrichissant, merci !

avatar Jean-Baptiste Leheup | 

@PixelCat

Ça me rappelle aussi la première bêta de MacOS X. Sur un bête g3 avec 32 Mo de ram et un disque dur 4200 tr/mn, on pouvait lancer un MP3 puis lancer 25 logiciels par-dessus. Il fallait 3 minutes pour tout lancer, ca rebondissait de partout dans le Dock, mais le MP3 n’avait pas un hoquet ! Quand un lecteur MP3 était capable de s’auto-bloquer sur la même machine sous MacOS 9, ça faisait drôle !

avatar umrk | 

@umrk

et finalement, X-Window, qui avait des temps de réponse un peu meilleurs, et surtout n'était pas lié à Sun, l'a emporté sur NeWS, pourtant techniquement supérieur.

Tout ceci pour dire à ceux qui nous lisent, que, sur ce sujet, si Apple a commis des "errements", absolument tous ses concurrents en ont également commis !

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avatar umrk | 

... et pour ce qui est des regrets au sujet d'Open Doc, voir la réponse cinglante de Steve :

https://www.youtube.com/watch?time_continue=131&v=FF-tKLISfPE&feature=emb_logo

avatar Jean-Baptiste Leheup | 
avatar umrk | 

Merci de ce rappel. Je dois expliquer que, à un moment dans ma vie responsable d'un service de R&D dans une prestigieuse société de services, la réponse de Steve me touche particulièrement, car , après avoir remporté de nombreux appels d'offres sur des projets de recherche, la Commission Européenne, qui finançait ces projets, (et pour laquelle j'ai également travaillé deux ans, mais c'est une autre histoire), nous demandait de façon expresse "mais comment comptez vous exploiter cette technologie ?" .... Contresens total : c'est Steve qui a raison: on ne part pas de la technologie vers les besoins, mais l'inverse !

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avatar guibrush | 

Super article, comme toujours !
La partie "orienté object" permettant à Taligent de présenter n'importe quel device comme un objet au système me fait furieusement penser à la manière dont AmigaOS gère ses périphériques. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'on peut de nos jours ajouter une carte graphique, une carte réseau wifi ou une carte USB sur AmigaOS alors que la dernière version du système est sortie alors que ces protocoles n'existaient pas. Dommage que Talligent n'ait jamais existé même sous la forme d'une démo, ça aurait été sympa à faire tourner.

avatar melaure | 

@guibrush

+1 !

Par contre dire que le SCSI est l’ancêtre de cette camelotte qu’on appelle USB ... à la rigueur ancêtre du Firewire ou du Thunderbolt, mais pas d’un stupide port série !

avatar fte | 

@melaure

"cette camelotte qu’on appelle USB"

Cette camelote est l’interface d’interconnexion la plus polyvalente, la plus répandue, durable, évolutive, intelligemment designée au niveau support logiciel si on excepte le little endian excessivement emmerdant, rendant possible des agrégations de fonctionnalités sans difficultés sinon un besoin de mémoire parfois contraignant du côté des périphériques. Et économique. Et c’est facile à programmer en amont et en aval, facile à intégrer sur de petits montages électroniques tout en restant extrêmement compact...

avatar Chris K | 

OS/2 m’avait fait grand effet !
J’ai eu l’occasion d’y mettre les mains en développant une solution clients-serveur (comme on disait à l’époque). Ça tournait comme une horloge.
Le seul système « objet » selon moi.
Il y avait un interpréteur, REXX, capable de tout : configuration du système, de l’interface graphique, interface avec la base de données...
Tip top.

avatar fte | 

Dites-vous que c’est pour le mieux.

IBM est un kraken d’overengineering, au style psychorigide et inutilement verbeux.

OS/2 était remarquable sous de nombreux aspects, mais il transpirait sa filiation avec IBM : puissant, trop puissant, hostile et verbeux, courbe d’apprentissage massive.

Taligent n’allait pas prendre une autre voie.

OpenDoc laisse imaginer ce que Taligent aurait pu être. Et c’était un cauchemar de développeur. Seuls les développements Rational / J2EE de factories de factories de factories (notez bien que Rational avait des liens étroits avec... IBM) étaient plus horribles encore.

Oh oui c’est pour le mieux.

avatar umrk | 

Oui ...on m'avait expliqué que le nb de primitives API d'OS/2 rendait la chose impossible à se fourrer dans le crâne.

Mais c'est dans la grande tradition IBM (reprise par MicroSoft) :

1) on maraboute le prescripteur (Directeur Informatique) pour qu'il passe à l'achat

2) on explique à tous les mécontents (utilisateurs, programmeurs ...) qu'ils n'ont qu'à se faire voir, qu'il est bien triste que leurs capacités intellectuelles limitées (sous-entendu : par comparaison avec celles de leur boss..) ne leur aient pas permis de prendre toute la mesure de ce produit génial (et comment pourrait-il en être autrement, puisqu'il est estampillé IBM (/MicroSoft) est par conséquent le meilleur !

Mais parfois, ça ne marche pas.....

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avatar umrk | 

ça me rappelle une anecdote (véridique ...). A l'époque , tout le monde s'excitait sur la notion d'AGL (Atelier de Génie logiciel), mais la chose restait nébuleuse (même si elle était le sujet d'intérêt principal des revues spécialisées).

En tout cas IBM n'avait pas d'offre. Qu'à cela ne tienne !

Ils ont alors mis en branle tout leur marketing pour faire la promotion d'un "produit", qui en fait n'était qu'un pitoyable prototype (dont j'ai oublié ne nom, mais il n'est pas resté dans les mémoires, je pense..), qu'aucune autre société n'aurait osé proposer.

Le but n'était pas de vendre (quelle idée !), mais de retarder les décisions d'achat en faveur des offres concurrentes.

Interrogé à ce sujet un expert avait déclaré "c'est une grosse cochonnerie, rien d'autre...".

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avatar jerome74 | 

@umrk: "beaucoup créèrent une surcouche multifenêtrée au dessus de l’OS sous-jacent. Solution bancale, pourrie"
Le macOS d'aujourd'hui est pourtant bel et bien une couche graphique sur un OS qui ne l'est pas du tout (Darwin). Ça n'a rien de bancal, tant que c'est fait proprement.

avatar umrk | 

Chaque situation est un cas d'espèce. Mais on ne peut pas comparer Darwin (2000), intégrant toute l'expérience NeXT/Apple, avec MS_DOS (1981) (choisi pour être le plus compatible possible avec CP/M ....). C'est le problème de Microsoft (de Boeing, aussi ...): à force de faire du neuf avec du vieux, ça coince ....

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