Comment Apple fait la chasse aux fuites

Mickaël Bazoge |

Les fuites, qui font le bonheur des aficionados d’Apple, représentent une menace pour le constructeur. Durant la dernière conférence des résultats trimestriels de l’entreprise, Tim Cook a mis le recul des ventes d’iPhone sur le dos des rumeurs autour de l’iPhone 8. En 2012, le CEO d’Apple mettait les points sur les « i » : la Pomme allait mettre les bouchées doubles pour préserver le secret autour de ses produits et de ses services.

Roger Schultz, CC BY 2.0. Cliquer pour agrandir

The Outline s’est procuré (ironie du sort, c’est une nouvelle fuite) le compte rendu d’une réunion interne qui s’est déroulée en début de mois entre une centaine d’employés d’Apple et David Rice, directeur de l’escouade “sécurité globale” du groupe, accompagné par Lee Freedman, directeur des “investigations mondiales” et Jenny Hubbert, qui travaille à la formation et aux communications de cette même équipe Global Security.

Cette équipe de choc s’est entourée d’enquêteurs ayant précédemment travaillé au sein de la NSA, au FBI, dans l’armée et même au Secret Service américain. Autant dire des cadors du renseignement et de la sécurité, qui opèrent partout dans le monde, aussi bien chez les sous-traitants qu’à Cupertino.

Greg Joswiak, le vice-président en charge du marketing des produits iOS, explique dans une vidéo qui a émaillé ce rendez-vous que la préservation du secret est devenu d’une grande importance pour Tim Cook : « En fait, cela devrait être important pour tout le monde chez Apple, [les fuites] sont des choses qui ne doivent plus être tolérées ». Histoire de fermer le robinet aux rumeurs, Apple a mis en place cette équipe et une infrastructure digne des plus grandes organisations mondiales.

La TSA, l’organisme en charge de la sécurité dans les aéroports, peut vérifier jusqu’à 1,8 million de personnes chaque jour. En ce qui concerne les 40 usines qui turbinent pour le compte d’Apple en Chine, ces vérifications quotidiennes sont au nombre de 2,7 millions ! Un chiffre qui peut grimper à 3 millions durant la hausse de la production. Chaque personne doit être vérifiée à l’entrée et à la sortie de l’usine, raconte David Rice.

Le nombre de transits annuels dans les différentes lignes de production dédiées à Apple se monte à 221 millions. « À titre de comparaison, le volume maximal des 25 plus importants parcs d’attractions dans le monde est de 223 millions de transits chaque année », souligne-t-il. Ces efforts de surveillance sont le fruit du travail de l’équipe Global Security en Chine, qui a véritablement mené une « guerre des tranchées ininterrompue » pour obtenir ce résultat.

Il existe en Chine un véritable business des pièces détachées volées dans les usines des fournisseurs d’Apple. Les receleurs peuvent proposer jusqu’à un an de salaire à l’ouvrier qui rapportera un châssis d’iPhone ou de MacBook (le salaire moyen sur une ligne travaillant pour Apple est de 350 $ par mois, sans les heures supplémentaires). Un des intervenants du constructeur rapporte une anecdote : « il y a longtemps, nous avons constaté un vol de 8 000 pièces détachées par des femmes qui les cachaient dans l’armature de leur soutiens-gorge »…

Image Apple

Ces composants atterrissent à Huaqiangbei, un des plus grands marchés mondiaux de l’électronique à Shenzhen. 2013 a été une des années noires pour Apple, qui a dû acheter environ 19 000 pièces qui traînaient sur ce marché ; c’était avant le lancement de l’iPhone 5c. Le constructeur a dû remettre la main à la poche pour reprendre 11 000 de ces composants, avant les premières livraisons du smartphone. Il s’agit pour la Pomme de faire en sorte qu’aucune de ces pièces ne se retrouve sur tous les blogs techs de la planète.

Le nombre de vols a ensuite drastiquement baissé. En 2014, 387 pièces avaient été subtilisées, puis 57 en 2015. Quatre châssis ont été volés sur les 65 millions produits en 2016 (le site ne précise pas de quels produits il s’agit). « C’est un ratio d’environ 1 sur 16 millions, du jamais-vu dans l’industrie », se réjouit Rice.

Plus de fuites à Cupertino que chez les sous-traitants

Les efforts en Chine sont tels que la majorité des fuites provient désormais du Saint des Saints, à Cupertino : « L’année dernière [en 2016], ce fut la première fois que les fuites provenant du campus ont été plus importantes que celles de la chaîne d’assemblage ». Pour contrecarrer ces rumeurs, Apple fait participer quelques-unes des équipes en charge des produits à un programme baptisé « Secrecy Program Management », afin de les sensibiliser à la conservation des secrets.

Et quand une fuite apparait sur internet, l’équipe d’enquêteurs de Lee Freedman prend le relais pour mettre la main sur le fautif. Cela peut prendre du temps : une enquête a ainsi demandé trois années pour trouver un fuiteur travaillant sur le campus de Cupertino. Deux informateurs particulièrement importants ont été repérés l’an dernier, un qui travaillait au sein de la boutique en ligne depuis quelques années, l’autre au sein d’iTunes depuis six ans.

Ces gorges profondes alimentaient les blogs et les sites web en informations croustillantes. Le premier a commencé à discuter avec un journaliste depuis Twitter, l’autre connaissait déjà un journaliste. Souvent, les fuites proviennent d’employés qui aiment Apple, et qui sont tellement enthousiastes qu’ils ne peuvent s’empêcher de partager des secrets. Pour Rice cependant, Apple n’a pas instauré une « culture de la peur » : « ce qui est unique chez Apple, c’est que nous n’avons pas de culture de Big Brother ».

Mais si Rice affirme qu’Apple ne demande pas à ses employés d’abandonner toutes relations amicales ou familiales, on sent bien qu’il vaut mieux garder sa langue dans sa poche quand on discute boulot avec les proches. Les employés restent néanmoins libres de se plaindre de leur boss, de donner des informations sur leur salaire, et bien sûr de dévoiler aux forces de l’ordre une illégalité commise par l’entreprise. Mais pas question de divulguer quoi que ce soit concernant des produits ou des services pas encore sortis ou encore sur la disponibilité d’un produit.

Tout cela n’empêche pas, bien sûr, d’obtenir toujours et encore des informations de première main sur de futures nouveautés. Si Apple s’investit beaucoup dans la protection de ses secrets, il est illusoire de vouloir fliquer plus de 100 000 personnes… sans oublier les millions de petites mains qui triment dans la chaîne d’assemblage.

Pour couper l'herbe sous le pied des rumeurs, la Pomme a utilisé une autre technique dernièrement : présenter à l'avance ses nouveaux produits, en l'occurrence l'iMac Pro et le HomePod, ce qu'elle fait très rarement. Il faudra voir si cette pratique se poursuit dans le futur.

avatar reborn | 

@33man

Certainement moins cher que tout ce dont ils investissent pour lutter contre les fuites.

avatar Trillot | 

Malheureusement, l'expérience prouve que ce que pensent les gens ne présage en rien de la réussite ou non d'un produit!

avatar vrts | 

erf, c'est vrai qu'Apple n'a pas les moyens de se payer des sondages de consommateurs...

qu'est ce qu'il faut pas lire.

avatar tchit | 

La meilleure fuite c'était l'employé qui avait égaré un prototype d'iPhone dans un bar ;)

avatar Norandy | 

@tchit

Ha ha j'ai pensé la même chose !

avatar Trillot | 

Ne croyez-vous pas qu'Apple provoque volontairement des fuites bidonnées pour troubler le jeu des rumeurs?

avatar Ultranova | 

Pour les fuites Apple fait appel à un plombier <;o)

Ok je connais le chemin.

avatar malcolmZ07 | 

@Ultranova

??????

avatar kinon | 

Sur le coup des chassis de macbook volés en quantité puis réduits à 3 après mesures d'apple, cela ne change rien, un seul fait autant d'effet.L'info est passée et reprise mondialement.
sauf effectivement que diffusés en quantité cela alimente les concurrent mais ne change rien pour le grand public

avatar adamB | 

Pour rappel le Secret Service n'est pas une agence de renseignement à proprement parler., c'est une ex-antenne du fisc charger de protéger le président et lutter contre la fausse monnaie.

avatar naas | 

Sinon en titre j'avais fuites: apple en remet une couche

avatar DG33 | 

Mickaël doit ruminer de ne pas avoir trouvé ce titre.
Je valide.

avatar Rom 1 | 

@naas

Rah j'allais la faire. ?

En tout cas la solution pour les fuites, c'est Pampers !

avatar xDave | 

J'imagine que le type à la tête de l'organisation qui a poussé ces dames à mettre 8000 pièces détachées dans leurs soutien-gorges était un gros bonnet...

avatar naas | 

@xDave

Très bon :-)

avatar Almux | 

La "petite subtilité" (entre guillemets, parce que c'est un tel classique!) réside dans les divers pseudos protos: Les détails de form-factor sont localisés, ce qui rend l'origine de la fuite plus facile à cerner.

avatar HoulaHup | 

"Comment Apple fait la chasse aux fuites ?" : avec un bon plombier ?

avatar Antwan | 

Ils sont surtout beaucoup plus laxiste qu'a l'epoque de Jobs.
Quand Jobs était aux commandes, ce qui arrivait aux fuiteurs pouvait etre dramatique, bien plus qu'un simple renvoi.

Maintenant on a l'impression que Cook se marre a chaque keynote quand tout est devoilé des semaines avant. Et meme le gars qui avait twitté accidentellement le nouveau site plusieurs heures en avance n'a pas été inquieté.

avatar johnios | 

faire une fuite maitrisée reste le meilleur moyen de maintenir la hype

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