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iStart-ups : qui sont les rejetons d'Apple ?

Stéphane Moussie | | 13:25 |  15

3,2 milliards de dollars, c'est la somme dépensée par Google en janvier pour s'offrir les services d'une centaine d'anciens employés d'Apple, dont le père de l'iPod, Tony Fadell. Les deux seuls produits de Nest, un thermostat et un détecteur de fumée, présentent un grand intérêt pour le géant du Net qui prépare une plateforme pour les objets connectés, mais celui-ci cherchait avant tout à embaucher la talentueuse équipe en grande partie constituée d'anciens de Cupertino.

La centaine d'anciens employés de Nest ayant travaillé chez Apple qui rejoignent maintenant Google - montage Quartz

Ce n'est pas la première fois, loin de là, qu'une entreprise fondée par un ex-employé d'Apple est acquise par l'un des principaux acteurs du marché. Le cas le plus emblématique est certainement celui de NeXT, la société que créa Steve Jobs après avoir quitté Cupertino en 1985. 11 ans plus tard, Apple, sur le déclin et à la recherche d'un système d'exploitation, mise sur l'OPENSTEP de NeXT et réalise alors ce qui reste encore aujourd'hui sa plus grosse acquisition en dépensant 429 millions de dollars (lire : Il y a 15 ans, l'acquisition de NeXT par Apple).

Toutes les entreprises créées par des anciens d'Apple ne sont pas revenues dans son giron, NeXT est même une exception. Certaines, comme Nest, ont été achetées par ses grands concurrents, tandis que d'autres opèrent toujours indépendamment. Tour d'horizon des pommiers sauvages.

The Nest big thing

Quand on pense à une société fondée par un ex-employé d'Apple, c'est souvent Nest qui vient à l'esprit en premier, et ce, pour plusieurs raisons. Son acquisition par Google il y a deux mois y est bien sûr pour quelque chose, mais il y a aussi le fait que cette société ait été cofondée par Tony Fadell.

Matt Rogers, Larry Page et Tony Fadell

L'homme a eu un rôle majeur à Cupertino puisqu'il a été le géniteur de l'iPod. Fadell avait été recruté en 2001 par Jon Rubinstein, alors patron de la division Hardware, qui lui donna comme mission de mettre l'iPod sur les rails en moins de six mois. Une mission que Fadell remplit avec succès puisque c'est l'iPod qui remit Apple sur le devant de la scène au début des années 2000. Le Vice-Président de la division iPod prit ses distances en 2008 puis quitta définitivement l'entreprise deux ans plus tard.

Résumer Nest à Tony Fadell serait toutefois une erreur, ne serait-ce que parce que l'idée de créer une entreprise spécialisée dans les objets domestiques ne venait pas de lui, mais de Matt Rogers... un cadre d'Apple également. Matt Rogers travailla sur le projet Purple, qui allait devenir quelques années plus tard l'iPhone, puis fut notamment responsable de l'iPod nano et de l'iPod shuffle. Il raconte lors de cette interview comment il a annoncé à Fadell qu'il comptait sur lui pour monter sa boîte :

  • Je veux créer une entreprise. Je veux créer une entreprise avec toi !
  • Qu'est-ce que tu veux faire ?
  • Je veux créer une entreprise de produits domestiques intelligents.
  • Tu es un idiot ! Personne n'achète d'objets connectés pour la maison. C'est pour les geeks.

Mais il se trouvait que Fadell était justement en train de construire une maison connectée. Après réflexion, il lança une idée :

  • Pourquoi tu ne fabriquerais pas un thermostat ?
  • Pourquoi pas ? On a pu créer l'iPod.
  • OK, on le fera en six mois.

Et Nest était né. Matt Rogers raconte que l'équipe qu'ils avaient bâtie était « un mélange de [son] ancienne équipe à Apple, d'un de ses anciens professeurs universitaires et de quelques personnes que Tony Fadell avait rencontrées vingt ans auparavant à General Magic. » Aux dernières nouvelles, Nest compte plus de 270 employés... dont plus d'un tiers viennent d'Apple, si l'on s'en réfère à leurs profils LinkedIn. Une recherche sur le réseau social professionnel permet en effet de lister plus d'une centaine de profils travaillant actuellement pour le spécialiste de la domotique qui sont passés auparavant par Cupertino. Le cocktail Nest contient donc une bonne dose de pomme, mais c'était tout sauf un mystère.

Photo Antonio Silveira CC BY

Un simple coup d'œil sur les deux uniques produits de l'entreprise permet de voir la filiation avec Apple. Le thermostat Nest a relégué au rang d'antiquité les autres produits sur le marché à sa sortie. La recette est la même que l'iPod : c'est un bel objet simple à utiliser et vraiment pratique. L'iPod n'était pas le premier baladeur numérique, mais il a réinventé cette catégorie de produits. L'impact de Nest sur les thermostats a été le même. De nouveaux thermostats connectés sont sortis depuis (nous testons actuellement le Tado° et celui de Netatmo), mais aucun n'a son cachet.

Si l'intérêt que Nest représente pour Google est clair comme de l'eau de roche — l'équipe est talentueuse et l'objectif de Google est de ne jamais quitter l'utilisateur (Nest lui ouvre donc la porte de son domicile) —, pourquoi Tony Fadell a-t-il accepté de vendre sa société au principal adversaire d'Apple ?

Outre le joli chèque de 3,2 milliards de dollars, il a expliqué que rejoindre Google permettait à Nest de profiter de la bourse sans fond de Mountain View pour se développer tout en restant indépendant.

Tony Fadell à l'extrême gauche, à côté de Jon Rubinstein

L'autre question qui se pose, et qui n'a pas de réponse aussi claire, c'est celle de l'intérêt d'Apple dans Nest. Cupertino comptait-elle acheter l'entreprise fondée par l'ancien responsable de l'iPod ? Interrogé par plusieurs médias sur le sujet, Tony Fadell a à chaque fois botté en touche.TechCrunch affirme qu'Apple s'était montré intéressée, sans préciser toutefois la teneur de cette attention.

Lors de son départ de Cupertino, Tony Fadell avait promis à Steve Jobs qu'il ne lancerait pas de produits qui entre en concurrence avec ceux d'Apple. Une promesse tenue jusqu'à maintenant, la Pomme se tenant toujours éloignée de la domotique, mais qui pourrait être rompue par l'acquisition de Google. Mountain View assure que Nest va continuer de travailler de manière indépendante, mais la tentation de détacher quelques anciens du 1 Infinite Loop pour améliorer ses produits existants ne sera-t-elle pas trop grande ?

Après tout, ce ne serait pas la première fois qu'une entreprise liée à Apple finit sous la tutelle de Google et contribue grandement à son succès.

Android, d'Apple à Google

La filiation d'Android à Apple est plus tortueuse que celle de Nest à Apple, mais elle existe bien, et un homme sert de fil rouge : Andy Rubin. En 1990, John Sculley autorise une de ses équipes dont le projet de terminal mobile n'a pas abouti à prendre son indépendance. General Magic rassemble des figures emblématiques tels que Bill Atkinson (créateur de MacPaint et HyperCard), Andy Hertzfeld (responsable du système du Macintosh) et attire des personnalités prometteuses. Tony Fadell, oui, déjà lui, refuse une offre d'Apple pour travailler chez General Magic en 1991. Un an plus tard, c'est Andy Rubin, un ingénieur travaillant sur le Mac Quadra, qui est débauché.

Depuis fin 2013, Andy Rubin supervise les projets de robotique de Google

Malgré cet aréopage d'anciens Apple, le système de General Magic ne rencontre pas le succès, doublé par le Newton et handicapé par des produits médiocres. En 2000, Andy Rubin fonde Danger, dans l'espoir de recréer l'expérience General Magic. Cette fois, le succès est au rendez-vous : sorti en 2002, le Danger Hiptop, aussi vendu sous le nom de T-Mobile Sidekick, est un des premiers smartphones modernes. Il dispose d'une boutique d'applications et offre un accès complet au web. Cette dernière caractéristique attire la sympathie de Google, qui a tout à gagner de la démocratisation du web sur mobile pour développer son business.

Le conseil d'administration de Danger limoge toutefois un an plus tard Andy Rubin, pour des raisons qui restent encore inconnues aujourd'hui. Pas découragé pour autant, il fonde Android, Inc., qui a tout d'un Danger bis : le système est basé sur Java, les applications sont distribuées via un canal centralisé et le terminal dispose d'un clavier complet.

Google achète en 2005 Android. Le reste de l'histoire est connu. Le cap du milliard d'appareils Android activés a été franchi en septembre dernier et le système s'attaque maintenant aux montres, entre autres.

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15 Commentaires

avatar Frodor 22/03/2014 - 13:42via iGeneration pour iPhone

Excellent tour d'horizon de l'histoire, bien que relativement récente, des startups corrélées de loin ou de près à Apple !

avatar cdag 22/03/2014 - 14:06via iGeneration pour iPhone

Bel article
Très intéressant
Merci

avatar Michaël. 22/03/2014 - 15:26via iGeneration pour iPhone

Intéressant en effet, merci.
Je lisais une autre chose intéressante récemment, qui disait qu'aujourd'hui, nous ne pourrons plus voir se créer de nouveaux géants tel un Google ou un Apple, tout simplement car les petites boîtes qui pourraient devenir ces géants se font racheter très rapidement par Apple, ou plus souvent Google. Un moyen pour Google de se protéger d'une future concurrence gênante, mais pour nous simples consommateurs c'est une vraie mauvaise nouvelle.
Google, via son fonds Google Ventures, jouit d'ailleurs d'une position assez unique de ce point de vue là : ils investissent dans des sociétés, et dès que celles-ci commencent à devenir un petit quelque chose, ils leur sortent le carnet de chèques pour en prendre possession et tuer dans l'oeuf le concurrent en devenir.
Nous verrons si Elon Musk est l'exception qui confirme la règle, en restant indépendant aussi longtemps que possible.

avatar Ali Baba 22/03/2014 - 20:34via iGeneration pour iPhone

@Michaël. :
Et Facebook c'est quoi alors ?

avatar Michaël. 22/03/2014 - 22:05via iGeneration pour iPhone

@Ali Baba :
C'est... pas une boîte qui s'est monté dans les 201x, c'est ce que je disais. Facebook c'est le dernier exemple en date de grosse boîte qui a réussi à rester indépendante. En même temps, on a jamais entendu parler d'une proposition de rachat par Apple ou Google, à l'époque de la montée en puissance de Facebook, Apple et Google était encore "jeunes" dans cette position de se protéger de futurs géants. Celui-ci leur a échappé, pas certain que ça se reproduise (cf exemple de Whatsapp, etc., rachetés des sommes folles pour "rien" à part de protéger d'une future société gênante).

avatar Christophe Laporte 23/03/2014 - 10:48via iGeneration pour iPhone

@Michaël. :

C'est surtout sauf erreur de ma part que zuck n'a jamais été vendeur.

L'autre société (relativement récente) qui monte et qui jusqu'à présent a tenu a rester indépendante c'est Dropbox.

avatar béber1 23/03/2014 - 16:14

pas mieux
si une boite veut être indépendante et si elle fait tout pour, elle peut très bien le rester.

Ceci pour contredire un axiome dont les termes seraient que les grosses boites stériliseraient systématiquement maintenant toutes les start-ups et leurs nouvelles idées grâce à leurs puissances d'influences et financières.

Cela existe, mais c'est à relativiser s'il y a des gens passionnés par ce qu'ils font

avatar aleios 24/03/2014 - 16:34

@Michaël: Elon Musk c'est PayPal et Tesla que le grand public connait, mais c'est surtout SpaceX qui va connaitre un succès énorme dans les prochaines années.
Même si Musk était vendeur, c'est pas le chéquier qu'Apple ou Google devraient sortir c'est un convoi de fourgons blindés :D

avatar SIMOMAX1512 22/03/2014 - 18:11via iGeneration pour iPhone

Il doit sûrement y avoir pas mal de monde qui tourne entre les sociétés , ça bouge pas mal dans la silicone valley

avatar watat1 22/03/2014 - 19:05via iGeneration pour iPhone

En même temps avec les banques qui veulent pas financer les jeunes chercheurs en tout genre... Ils vont pas faire vœu de pauvreté rien que pour rester indépendants . C'est une chance en or que de se faire racheter à coup de millions quitte à orienter ses recherches dans d'autres domaines ...
Le cas de mecs comme Elon Musk est différent car lui est déjà milliardaire !

Il peut se permettre de rester indépendant sans problème .
Moi en tout cas je cracherais pas sur un rachat de mon idée ou d'une application le cas échéant !

avatar Michaël. 22/03/2014 - 22:02via iGeneration pour iPhone

@watat1 :
Nest, s'ils ont un bon produit et une bonne vision, auraient très bien pu rester indépendants, ou uniquement avoir un financement via Google Ventures ou d'autres VC, pas besoin tout de suite de vendre pour 3 milliards. Leur business de thermostat aujourd'hui ne vaut pas 3 milliards, loin de là, leur staff vaut sûrement ce prix en investissement. Fadell et son pote auraient pu capitaliser là-dessus, plutôt que de se coucher pour devenir un nouveau toutou de Google.

avatar béber1 23/03/2014 - 16:18

je crois que ce qui les a décidés, c'est un confort dans le domaine de la recherche, tout en bénéficiant au passage d'un pécule suffisant pour être à l'abri à l'avenir, quoi qu'il arrive.

Cela permet surtout de laisser plus libre-cours à ses projets les plus audacieux

avatar iouze 23/03/2014 - 11:11via iGeneration pour iPad

On pourrait mettre dropbox dans votre liste de boîtes qui ont su refuser un rachat
S Jobs avait semble t il fait une offre qui n'a pas abouti, mais la on est plus en relation avec l'article qui est effectivement très intéressant
Merci MacG

avatar Serge 001 23/03/2014 - 18:10

Michaël : « En même temps, on a jamais entendu parler d'une proposition de rachat par Apple ou Google, à l'époque de la montée en puissance de Facebook ».

Pour remettre les pendules à l’heure, Google a tenté deux fois d’acheter Facebook. Une première fois en 2004, lorsque la compagnie faisait ses premiers pas et une seconde fois en 2007.

avatar Pascal R. 24/03/2014 - 01:15

Vous auriez également pu ajouter un paragraphe sur le projet Fotopedia de Jean-Marie Hullot.
Mais ce texte reste un excellent article. Merci Stéphane.

Pour ceux que cela intéresse :
- www.fotopedia.com
- http://en.wikipedia.org/wiki/Fotopedia
- http://en.wikipedia.org/wiki/Jean-Marie_Hullot

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