Avec la généralisation des puces soudées pour la mémoire vive et le stockage, une petite activité a trouvé peu à peu ses adeptes : le remplacement des puces de mémoire (RAM ou flash). Ce n'est pas un gros marché, et dessouder une puce de mémoire pour la remplacer par une autre de capacité plus élevée n'est pas à la portée du premier venu, contrairement au changement d'une barrette1, mais ce marché existe. Et les créateurs des cartes Raspberry Pi ont décidé d'empêcher ça, en bloquant la mise à jour au niveau du firmware.

Certains bidouilleurs remplaçaient en effet la puce de mémoire d'un Raspberry doté de 1 ou 2 Go de RAM par une puce de 8 ou 16 Go, par exemple. Il faut un peu de matériel, de patience et de doigté, mais ça reste du domaine du possible.
Un Raspberry Pi 5 avec 1 Go de RAM et de fortes hausses pour les autres versions pour contrer le prix de la RAM
C'est Jeff Geerling qui a mis la pratique en avant, en expliquant que si vous faites ça sur une carte qui n'est pas à jour, ça fonctionne, mais dès que le firmware le plus récent est chargé, c'est bloqué. Ce n'est pas nouveau et donc pas totalement lié à la RAMpocalypse, car le changement date de 2024.
Peut-on faire ce qu'on veut avec les cartes ?
D'un côté, les adeptes de la bidouille râlent, et un peu à raison : ils voudraient faire ce qu'ils veulent avec la carte qu'ils ont achetée. Ils proposent même de faire une petite modification pour éviter les problèmes : un bit qui — une fois modifié de façon irrémédiable — indique le changement et rend la garantie du constructeur caduque. Les cartes Raspberry Pi ont déjà un mécanisme de ce genre pour l'overclocking : si vous appliquez une fréquence trop élevée, à vos risques et périls, la garantie saute.
De l'autre, il y a la justification des créateurs de la carte, relayée par Mini Machines : c'est une protection contre la fraude. Ils expliquent que le but est d'éviter que des malandrins achètent en masse la version la moins onéreuse, changent les puces pour passer à la capacité la plus élevée et vendent les cartes sans l'indiquer aux clients, bien évidemment en utilisant des puces moins onéreuses, peu testées, etc. L'argument se tient, surtout en ces temps de RAMpocalypse.
Reste qu'un entre-deux reste a priori possible : la possibilité de laisser une personne modifier la RAM en faisant sauter la garantie, avec éventuellement un message pour indiquer que la modification a été effectuée. C'est évidemment un jeu du chat et de la souris, car ceux qui veulent gagner de l'argent en bidouillant les cartes tenteront évidemment de faire sauter la protection.
Apple ne le fait pas… et pourrait pourtant le faire
Ce qui est intéressant, c'est qu'un fabricant comme celui des cartes Raspberry Pi en soit réduit à bloquer la mise à jour, alors qu'une société comme Apple ne le fait pas. Il y a plusieurs raisons assez évidentes. La première, c'est que la tâche n'est pas si simple et qu'on tente plus facilement une mise à jour de RAM sur un Raspberry Pi à quelques dizaines d'euros que sur un Mac mini M6 à plus de 1 000 €. La seconde, c'est qu'il s'agit évidemment d'un marché de niche : même si quelques personnes proposent des mises à jour de la mémoire flash commercialement, ça reste un cas extrêmement rare dans l'absolu. Et la troisième, c'est qu'Apple est moins touché car la société n'utilise pas des puces tout à fait standard : la mémoire flash est semi-propriétaire et Apple utilise des puces de mémoire vive très rapide, donc assez onéreuses.

Mais si les mises à jour de composants soudés devenaient réellement populaires, il n’y a pas de doutes à avoir : Apple appliquera les mêmes recettes que sur les écrans ou les batteries des iPhone, un tatouage numérique et une vérification matérielle de l'intégrité des composants. Une mesure qui ferait hurler les réparateurs, évidemment… comme ceux qui trouvent ça inacceptable que la mémoire d'une carte Raspberry Pi ne puisse pas être changée.
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DIMM, SO-DIMM, M.2, etc. ↩︎
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