internet

La taxe sur les données personnelles se dessine

par Stéphane Moussie le 18.01.2013 à 18:01
Pierre Collin, conseiller d'État, et Nicolas Colin, inspecteur des finances, ont rendu leur rapport sur la « fiscalité de l'économie numérique ». Ce document balaye les différents moyens d'imposer les entreprises qui tirent leur revenu sur l'Internet. Sont notamment visés les géants du web, Amazon, Google et consorts qui pratiquent l'optimisation fiscale (lire : Les gouvernements à l'assaut de l'optimisation fiscale).

Fleur Pellerin, ministre déléguée à l'Économie numérique, a déclaré au journal Le Monde que « les données des citoyens français et européens sont exploitées, à leur insu, outre-Atlantique, et rapportent des centaines de millions de dollars aux géants du Net ! Nous ne pouvons pas continuer à nous laisser piller ainsi éternellement. »

Fleur Pellerin, ministre déléguée à l'Économie numérique - photo LeWEB CC BY

Une des idées lancées est d'instituer une fiscalité qui « s'appliquerait aux pratiques de collecte, de gestion et d'exploitation commerciale de données personnelles issues d'utilisateurs localisés en France. »

La mission Collin et Colin part du constat que « les données sont le flux essentiel de l’économie numérique », or ces données « sont de plus en plus issues des utilisateurs ». Amazon, Google, Facebook et Apple sont explicitement cités comme des entreprises qui ont su faire levier des données issues de leurs utilisateurs pour atteindre de très grandes échelles. Le rapport différencie néanmoins Apple des trois autres mastodontes :

Apple a adopté une stratégie différente, centrée moins sur la collecte de données que sur la mise à disposition des données personnelles pour les développeurs d’application directement depuis les terminaux des utilisateurs, sans qu’il soit nécessaire de les stocker dans le cloud. Contacts, photographies, listes de lecture musicales d’un utilisateur peuvent être exploités par les applications installées sur le terminal, ce qui justifie en partie le prélèvement de 30% pratiqué par Apple sur l’éventuel chiffre d’affaires réalisé par les opérateurs de ces applications.

En résumé, sans les données des utilisateurs, ces géants ne seraient pas devenus ce qu'ils sont aujourd'hui. Ces données sont donc « la matière première dont l’économie numérique se nourrit », estiment les rapporteurs. Et d'expliquer qu'en faire une matière imposable « permettrait de respecter l’impératif de neutralité [à l'ensemble des modèles d'affaires » et « développer un raisonnement de territorialité fondé sur l’origine géographique des données ».

Plusieurs pistes sont avancées concernant le fonctionnement de cette taxe. Ainsi, celle-ci ne s'appliquerait qu'à partir d'un certain nombre d'utilisateurs (non déterminé pour le moment). « Cette imposition fonctionnerait sous la forme d’un tarif unitaire par utilisateur suivi [...] et pourrait être établie sur une double base déclarative », indique le rapport. C'est-à-dire que les entreprises déclareraient leur nombre d'utilisateurs suivis et un audit externe indépendant serait également mené.

C'est aux ministres concernés (Économie, Redressement productif, Budget et Économie numérique) de décider des suites à donner à ce rapport. Pour l'instant, le gouvernement n'a pas indiqué si cette proposition fera l'objet d'un texte spécifique ou sera intégrée au projet de loi de finances 2014.

|  |  

6
5
4
3
2
1
Vos réactions (76 réactions)
berechit [18/01/2013 18:13] via iGeneration pour iPad

Toute la question va être : comment récupérer cette taxe ? Apple, Google, Amazon et consorts ne stockent pas en France (enfin, pas que) et comment quantifier ce qui viendra de chez nous ? Je sens venir le bazar !
kaporal78 [18/01/2013 18:13] via MacG Mobile

l'application Énigmes faciles n'est pas gratuite: elle passe à 89 cents.
DJBZ [18/01/2013 18:14]

Gogole va passer à la caisse!
misc [18/01/2013 18:14]

Il ne fallait pas tuer tout entrepreneuriat français dans l'oeuf, ca n'irais pas tout outre atlantique.
fousfous [18/01/2013 18:15] via iGeneration pour iPad

C'est Google qui exploite les données. Aux dernières nouvelles c'est pas Apple qui fait ça.
truiter [18/01/2013 18:16]

"Gogole va passer à la caisse!"

attends c'est pas fait :-)
Domsou [18/01/2013 18:20] via MacG Mobile

Que d'imagination pour faire passer des couleuvres.
boulifb [18/01/2013 18:24]

Du vent. Au final, c'est le contribuable qui va casquer, comme d'habitude.
langeles [18/01/2013 18:27] via MacG Mobile

Je ne peux pas m'empêcher de me demander en quoi la ministre est compétente pour être ministre ?!
truiter [18/01/2013 18:30]

"Plusieurs pistes sont avancées concernant le fonctionnement de cette taxe. Ainsi, celle-ci ne s'appliquerait qu'à partir d'un certain nombre d'utilisateurs (non déterminé pour le moment). « Cette imposition fonctionnerait sous la forme d’un tarif unitaire par utilisateur suivi [...] et pourrait être établie sur une double base déclarative », indique le rapport. C'est-à-dire que les entreprises déclareraient leur nombre d'utilisateurs suivis et un audit externe indépendant serait également mené. "

oh c'est magnifique tant d'énergie pour pondre une connerie pareille..après la découverte du "firewall openoffice" par nos élites, ils bientôt vont découvrir bientôt le principe du cache anonyme pour l'indexation des flux rss.
Domsou [18/01/2013 18:30] via MacG Mobile

« Apple a adopté une stratégie différente, centrée moins sur la collecte de données que sur la mise à disposition des données personnelles pour les développeurs d’application directement depuis les terminaux des utilisateurs, sans qu’il soit nécessaire de les stocker dans le cloud. »
En dit clairement, les applications utilisent les données utilisateurs. C'est un peu pour cela qu'elles sont conçues il le semble : une application de traitement de photos, un gestionnaire de calendriers amélioré...

« Contacts, photographies, listes de lecture musicales d’un utilisateur peuvent être exploités par les applications installées sur le terminal, ce qui justifie en partie le prélèvement de 30% pratiqué par Apple sur l’éventuel chiffre d’affaires réalisé par les opérateurs de ces applications.»
Alors là c'est du grand art d'entourloupette ou bien une incompréhension totale du fonctionnement de la relation entre Apple et les développeurs.
Que d'hypothèses et de flou : «peuvent», «en partie» et «éventuel».

Toutes ces contorsions afin d'arriver au point suivant : Apple et/ou les développeurs font du beurre avec les données personnelles ce qui justifie qu'ils soient soumis à cette taxe.
iTroll [18/01/2013 18:37]

Google utilise des données "personnelles" en échange de son service gratuit. Si ça me convient, en quoi cela concerne cette ministre qui était inconnue au bataillon il y a encore 1 an?
J'échange quelques publicités contre un service performant et ça me va très bien. Pas besoin d'une ministre qui ne songe qu'à faire les poches d'entreprises performantes.
Alycastre [18/01/2013 18:38]

> langeles:
Renseigne toi, avant d'écrire des âneries ...
Manueel [18/01/2013 18:39]

L'idée est excellente... bien que pour rester dans cette logique, je proposerais de taxer tous les vols et autres activités illégales plutôt que de les criminaliser.
Blagues à part, ça fait depuis Altavista (Google n'était pas né) que je demandais à ce qu'un moteur de recherche "service public" européen soit créé. L'importance stratégique de cet outil dépasse largement (dans un futur proche) celle de l'armement nucléaire.
jeje680 [18/01/2013 18:39] via MacG Mobile

Y veut pas un bâtonnet de poison le Colin ????
6
5
4
3
2
1



Réagir

Cinq consignes avant de réagir :
  1. Rester dans le cadre de la dépêche. Pour des discussions plus générales, vous pouvez utiliser nos forums.
  2. Développer son argumentation. Les messages dont le seul but est de mettre de l'huile sur le feu seront modifiés ou effacés sans préavis par la rédaction.
  3. Respecter les acteurs de l'informatique et les autres lecteurs. Les messages agressifs, vulgaires, haineux, etc. seront modifiés ou effacés sans préavis par la rédaction.
  4. Pour toute remarque concernant le contenu de l'article, pour nous signaler une erreur, une faute d'orthographe, une omission, merci de nous contacter exclusivement par e-mail.
  5. Relisez-vous, et pour les utilisateurs de Safari profitez de l'aide du navigateur : activez le menu édition > Orthographe > Vérifier l'orthographe lors de la frappe.