C’est au CES de 2020, un autre monde d’avant la pandémie, que Sony et Honda avaient présenté leur premier prototype de voiture entièrement électrique hautement technologique. Six ans après, la mauvaise nouvelle assez prévisible est finalement tombée : l’Afeela 1 ne sortira jamais, en dépit de précommandes lancées l’an dernier et d’une promesse de livrer les premiers exemplaires en 2026. Les deux constructeurs japonais ont publié un communiqué qui confirme l’abandon de la première berline. C’est aussi probablement la fin de toute l’aventure commune, même si Sony Honda Mobility, l’entreprise créée à cette occasion, ne disparaît pas encore.
Les raisons de cet abandon sont aussi très claires dans la communication : la marche arrière de Honda sur l’électrique a directement causé la fin du projet. Comme tous ses compatriotes, le constructeur japonais est très en retard dans le domaine, mais sa situation est sans doute pire que celle de Toyota, qui met enfin en place une vraie gamme électrique. Honda ne propose qu’un seul modèle en Europe avec la e:Ny1, un SUV basé sur des briques chinoises plutôt que ses propres technologies, handicapé par une autonomie trop juste et un prix assez élevé pour les prestations offertes. La situation n’est guère meilleure outre-Atlantique, où la Prologue est construite sur la plateforme électrique de GM et ne se vend quasiment plus depuis la fin des aides.
L’entreprise avait mis en place un plan ambitieux pour créer une toute nouvelle gamme de voitures électriques destinée aux États-Unis, en commençant par une berline et un SUV présentés sous le nom « 0 Series ». Cette fois, on devait avoir une plateforme maison et une vraie Honda électrique au lieu d’un véhicule basé sur les technologies d’un autre fabricant. Le nouveau résident de la Maison-Blanche et sa politique anti-électrique ont eu raison de cette ambition et Honda a annoncé au début du mois l’abandon pur et simple des deux véhicules prévus et surtout des chaînes de production qui devaient être mises en place en Amérique du Nord.
Face à l’ampleur de ce changement de stratégie, l’arrêt de la première Afeela est surtout symbolique. Le véhicule imaginé en collaboration avec Sony était hyper luxueux avec un prix de départ à peine sous la barre des 90 000 $ et l’Afeela 1 n’allait pas révolutionner quoi que ce soit. Si cette berline semblait futuriste et intéressante lors de sa première présentation en 2020, toutes les technologies imaginées par les deux firmes japonaises sont désormais bien connues et la version finale ne faisait plus vraiment rêver personne. On peut imaginer que les chiffres de vente n’étaient pas très bons de toute manière et qu’on serait resté sur une voiture de niche.
Le revirement de Honda est bien plus important, tant le constructeur est important en Amérique du Nord. Sans réelle stratégie pour électrifier sa gamme, le fabricant japonais va certes pouvoir vendre ses véhicules thermiques avec des volumes confortables pendant de nombreuses années. C’est plus difficile d’envisager un avenir sur le long terme, alors que les constructeurs chinois prennent une telle avance, en particulier sur la capacité de production. À court terme, les investissements importants déjà mis en œuvre pour sa stratégie électrique vont peser lourd sur les résultats financiers du constructeur automobile, qui prévoit déjà des pertes cette année.
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