Les ventes d’appareils photo divisées par huit en dix ans

Anthony Nelzin-Santos |

Les membres de la CIPA avaient entamé les années 2010 sur les chapeaux de roue, en vendant 121,5 millions d’appareils photo. Ils abordent les années 2020 dans un dérapage incontrôlé, en annonçant avoir vendu seulement 15,2 millions d’appareils l’an passé. Du record historique au plus bas historique, les ventes1 d’appareils photo ont été divisées par huit en dix ans.

Qu’il est loin, le temps où les principaux fabricants vendaient plus de 120 millions d’appareils chaque année, et se partageaient plus de 18 milliards d’euros de chiffre d’affaires ! L’an passé, les ventes ont péniblement dépassé les 15 millions d’exemplaires. À l’échelle de la décennie, le marché a été divisé par trois, et ne dépasse plus les cinq milliards d’euros.

Livraisons d’appareils photo, en millions d’unités.

La principale cause est toute trouvée : les compacts ont quasiment disparu. Leurs ventes ont été divisées par deux entre 2011 et 2013, par trois entre 2013 et 2016, et une nouvelle fois par deux entre 2016 et 2019. Alors qu’ils ont représenté jusqu’à 95 % des ventes d’appareils photo, ils représentent moins de la moitié des achats désormais.

Même si elles sont passées sous la barre des 10 millions d’exemplaires, les ventes des appareils à objectifs interchangeables n’ont pas connu la même chute vertigineuse. Les ventes de boitier reflex ont été divisées par quatre en cinq ans, mais les ventes de boitiers mirrorless se maintiennent autour des 4 millions d’unités. À ce rythme, dès cette année, les ventes de boitier mirrorless pourraient dépasser celle des reflex.

Un symbole qui résume bien l’évolution du marché. Si les ventes ne cessent de baisser, le prix moyen ne cesse d’augmenter. De la même manière que la courbe des ventes de smartphones sont le parfait miroir de celle des ventes de compacts, la courbe des ventes est le parfait miroir de celle du prix moyen. Les fabricants vendent moins, mais vendent plus cher.

Alors qu’il était tombé à 75 € en 2011, le prix moyen d’un compact est remonté à 162 €. Le succès des « compacts experts », comme le Sony RX100 ou le Canon Powershot G7 X, ne se dément pas. Le prix moyen des appareils à objectif interchangeables a augmenté de 40 % en dix ans, pour atteindre 450 € en 2019.

Canon et Nikon ont enfin répondu à la gamme Sony Alpha, et proposent leurs propres boitiers mirrorless professionnels. Même les boitiers moyen format perdent leur miroir avec la gamme Fujilm GFX. Preuve de la vitalité de ce segment, les ventes d’objectifs restent largement supérieures aux ventes de boitiers, et se maintiennent à 14,5 millions d’unités.

Prix moyen d’un appareil photo, en yens.

La CIPA ne fait aucun mystère : elle ne s’attend pas à un retournement de situation, et prédit que les ventes d’appareils ne dépasseront pas 12 millions d’exemplaires en 2020, deux fois moins qu’en 2017. L’association de fabricants veut toutefois croire que « précisément parce que nous vivons à une époque où tout le monde peut prendre des photos avec son smartphone, il n’est pas déraisonnable d’envisager une augmentation du nombre de gens qui voudraient acheter un appareil […] pour prendre des photos qu’ils n’auraient jamais pu prendre avec un smartphone. »

Ce serait ignorer l’incroyable amélioration de la qualité des photos issues des smartphones, dont les capteurs sont souvent fabriqués par… des membres de la CIPA ! Non content d’être l’un des acteurs les plus dynamiques du marché des appareils photo, Sony est l’un des principaux fournisseurs de capteurs et de processeurs de traitement pour le marché des smartphones. Les fabricants qui souffrent le plus sont aussi ceux qui maitrisent le moins de technologies.


  1. Les livraisons, techniquement, mais les chiffres de production et le taux de rotation des stocks des principaux distributeurs permet de confondre les deux chiffres sans danger.  ↩

avatar jb18v | 

D’un autre côté tu achètes pas un appareil aussi souvent qu’on change de smartphone..

avatar donatello | 

J'ai fait comme tout le monde dans les années 2000 - 2010 : monter en gamme dans la photo numérique. Compact, compact pro, reflex, gros reflex, plein d'objectifs super...

Et puis, et puis... l'iPhone est devenu de plus en plus capable (pour moi le tournant a été l'iPhone 5).
Et surtout, ces opérations qui nous paraissaient anodines autrefois sont devenues incroyablement fastidieuses :
Prendre une photo; sortir la carte mémoire; la placer dans un lecteur de carte; importer les photos dans Lightroom; les traiter pendant des heures pour modifier le quart de pouillème de luminosité qui fera de notre photo un chef d'oeuvre; et enfin les publier sur Facebook en 600x300 pixels et récolter trois likes dont un de sa belle-mère...

avatar BenjaminBraxton | 

@donatello

Excellent 😂

avatar iftwst | 

@donatello

Bien vu !

avatar noooty | 

@donatello

J’adore ta présentation de la photo aujourd’hui
🤣

avatar SebKyz | 

@donatello

On ne fait pas des photos pour les autres mais pour sois. Les faire développer par ex

avatar donatello | 

Oui, oui j'ai dit ça au début : "Non mais moi chuis un artiste, j'vais faire développer sur plaque aluminium en 4x3m..."

Mais quand la photothèque atteint les 75,000 clichés, on n'a plus de pognon pour faire développer et de toute manière on n'a plus de mur pour les accrocher...

avatar SebKyz | 

@donatello

Si les 75000 photos méritent d’être développées..

avatar donatello | 

Certes non...

avatar fousfous | 

@donatello

Maintenant on affiche sur la télé, ça prend moins de place sur le mur!

avatar pocketalex | 

@SebKyz

"On ne fait pas des photos pour les autres mais pour sois. Les faire développer par ex"

Il n'a jamais été aussi facile de faire développer des photos qu'avec les smartphones. et ce sans se déplacer dans le labo du coin, il existe 1000 et un services qui font ça en ligne en quelques clics et on est livré quelques jours après, et la qualité est tout à fait honnête, surtout avec les smartphones récents qui shootent tous en 20mpx, et de toutes façons plus personne n'imprime en 10x15cm comme avant, les gens préfèrent le format "polaroïd" et quand bien même la qualité n'est pas comparable à un tirage film sur du 10x15, le prix est bien inférieur, et de toute façons ça va finir dans un tiroir, une boite à chaussure, épinglé sur le mur ou à la poubelle

Non vraiment les compact n'ont rien pour eux, si ce n'est qu'ils coutent cher pour une complexité d'utilisation et de partage des contenus d'un autre âge

avatar SebKyz | 

@pocketalex

Je vais faire de la pub alors > FreePrints sur les stores.

J’imprime les photos transférées sur mon iPhone, prises avec un Fuji x100s 🙂

avatar oomu | 

d'un autre coté, si on a pas la passion du cliché, du "moment parfait", d'attendre la lumière, de récupérer en haute définition son cliché, pour le travailler, pour voir "le détail magique", et enfin le partager, mais surtout l'avoir fait parce qu'on avait pas d'autre "choix" de que le faire (la Motivation Artistique ?), ou d'en avoir fait son métier; si on a pas tout ça, pourquoi diantre s'emmerder avec un appareil à objectif interchangeable, trépied, macro, énorme format de capteur, etc.

?

Donc peut être qu'à une époque vous faisiez tous ces efforts pour partager sur un facebook en tout pourri (!) mais peut être que cela signifiait que vous n'étiez pas très intéressé par la photo, l'acte, lui même.

-
on prend 670 005 clichés, pour pouvoir, à tête reposée, repérer le plus intéressant, ou celui où le l’alpaga est en pleine méditation sur les conséquences de la masse d'une particule élémentaire...

ça a aussi son charme et du sens.

On peut aussi en profiter pour faire du HDR, ou corriger des aberrations ou détails navrant (un déchet stupidement en plein sous l'alpaga) grâce à plein de clichés et des outils de corrections d'images sophistiqués.

avatar donatello | 

si on a pas tout ça, pourquoi diantre s'emmerder avec un appareil à objectif interchangeable

Probablement, dans mon cas, parce qu'on est un geek technoïde faible d'esprit prêt à répondre au chant de toutes les sirènes marketing.

Plus sérieusement, j'ai eu cette sorte de passion que vous décrivez, cet amour du pixel, du moment, du détail, etc. Mais comme toutes les amours, celui-ci s'émousse sur l'impitoyable meule du temps.

Au bout d'un moment, devant une belle image potentielle, on réalise qu'on l'a déjà faite 36 fois. Que ce même coucher de soleil sur cette plage ou sur ces montagnes est déjà présent sous toutes ses formes non seulement dans votre photothèque, mais aussi dans celles de tous vos amis et les amis de vos amis.

On réalise surtout que les photos qu'on aime revoir 10 ans après ne sont pas celles sur lesquelles on a le plus bossées, mais celles qui, techniquement moyennes, nous font retrouver le sourire d'un enfant ou le souvenir d'un ami oublié.

Et ces photos-là, celles qui nous touchent vraiment dix ans après, on ne les fait pas avec un D850+70-200/2.8 avec worflow DxO + Lightroom et NAS.
On les fait, et surtout on les retrouve, sur un pauvre iPhone 5.

avatar oomu | 

"Probablement, dans mon cas, parce qu'on est un geek technoïde faible d'esprit prêt à répondre au chant de toutes les sirènes marketing. "

le geek est faible face à la culture marchande :)

mais plutôt que de s'en lamenter, faut en faire une force: ouverture d'esprit, curiosité, polyvalence, initié à plusieurs approches et métiers c'est une première étape avant de spécialiser sérieusement.

en gros: la geekerie n'est jamais totalement vaine, elle peut être recyclée. ce n'est pas du temps perdu.

"Plus sérieusement, j'ai eu cette sorte de passion que vous décrivez, cet amour du pixel, du moment, du détail, etc. Mais comme toutes les amours, celui-ci s'émousse sur l'impitoyable meule du temps. "

peut être parce que ce n'est pas votre "vocation". J'ai quelques amis et connaissances qui m'ont répondu essentiellement "je devais faire ça ou RIEN !". Un ami écrivain (qui plusieurs décennies après continue d'en vivre) m'avait expliqué qu'il lui _fallait_ écrire. Il ne pourrait pas se passer d'écrire, donc autant en faire son métier (dur, très dur, un sacrifice presque constant).

"Au bout d'un moment, devant une belle image potentielle, on réalise qu'on l'a déjà faite 36 fois. Que ce même coucher de soleil sur cette plage ou sur ces montagnes est déjà présent sous toutes ses formes non seulement dans votre photothèque, mais aussi dans celles de tous vos amis et les amis de vos amis."

A mon sens, si on cherche à être "différent" des 7 milliards d'autres humains (et pire : toutes les générations précédentes), c'est vite s'écrabouiller contre l'immensité du Temps et la petitesse que l'on est.

Non, la passion dans un art ou une technique doit être une bataille contre soi: faire mieux, faire plus rapide, faire différemment, expérimenter, rater tout mais avoir du fun et des rencontres avec tout ça.

Perso, je fais que de la médiocrité maintes fois rabâchées depuis 40 ans, mais qu'est ce que je m'amuse :)

"On réalise surtout que les photos qu'on aime revoir 10 ans après ne sont pas celles sur lesquelles on a le plus bossées, mais celles qui, techniquement moyennes, nous font retrouver le sourire d'un enfant ou le souvenir d'un ami oublié. "

c'est peut être une très bonne chose. Cela dit, je crois que c'est le lot de tous les artisans : quand un travail le plus simple est celui qui plaît le plus à un public.

Un grand classique en Bd :)

"mon chef d'oeuvre au fusain sur la vie d'une concubine de napoléon retraçant l'évolution de la société dans une époque de bouleversement allégorie de la paternité que j'ai tenu sur 4 ans de travail entre contrat alimentaire, a été boudé par le public et les libraires , par contre le public a acheté en MASSE mon album de Schtroumpf en couleur numérique que Dupuis m'avait gentiment demandé et je suis invité à Angoulème pour en parler... rAAAAh"

et d'un autre coté, y a les Beksiński, qui inlassablement depuis leur appartement font oeuvre sur oeuvre sur oeuvre en totale improvisation et recherche pour soi-même, incapable de donner une explication (ou refusant d'en trouver une) et qui meurt pour rien, d'un rien, un jour, presque oublié de tous.

C'était soit l'art, soit l'alcool :)

avatar mimot15 | 

@Donatello :
Oui plutôt bien vu mais je dirais plutôt : "Et ces photos-là, celles qui nous touchent vraiment dix ans après, on ne les fait pas FORCÉMENT avec un D850+70-200/2.8, un 5DMkIV ou SONY XYZ...". ce n'est pas l'appareil photo qui décide mais ce qu'on a mis de nous dans la prise de vue. Alors smartphone, compact, reflex avec ou sans miroir.. ce n'est pas important pour l'émotion créée. Les grands photographes qui ont faits de véritables oeuvres d'art n'ont pas eu nos outils, tous types d'appareils confondus, dont nous disposons aujourd'hui et pourtant leurs photos s'affichent toujours en haut dans les expos.
Reste alors la question : "notre attitude un caprice des temps modernes.." ? Question subsidiaire que tout le monde devrait se poser : "est ce que j'AIME vraiment la photographie car j'ai quelque chose à exprimer ou n'est ce pas simplement pour moi une "photocopie du moment" ? Il y a eu comme ça des modes pour la photo à certaines époques, qui se sont vite estompées au vu du matos à trimbaler, sa complexité, le stockage des photos prises, sur papier au début, etc etc.. La plupart des équipements ont vite fini par atterrir dans un placard et ce sont les appareils portables du moment qui ont servi alors à faire les photos souvenirs. Comme quoi rien de bien nouveau en fait ici, sinon que le numérique est passé par là avec les smartphones qui répondent aux besoins à la très grande majorité des utilisateurs..

avatar ValeRoss46 | 

@donatello

Je crois que tout est dit 👌🏼😅

avatar fskynet67 | 

@donatello

😂👍🏻

avatar Saint-Jey | 

En fait, je suis assez d'accord avec vous, tout en étant en même temps en désaccord.
Le meilleur appareil photo est celui qu'on a sous la main.
Pour ma part, j'avais un d3100 avec lequel j'ai pris près de 20000 photos. Mais force est de constater que ces dernières années, j'utilisais presqu'uniquement mon iPhone. La raison ? Le manque de temps. Je shootais en raw et je devais donc retoucher toutes les photos. Les jpg, je ne les conservais même pas.
A côté de ça, je fais de l'astrophoto et donc j'ai besoin d'un reflex. Mon D3100 ayant rendu l'âme, j'ai décidé de monter en gamme (D7500) mais aussi et surtout de changer ma façon de faire. Donc mon process actuel, c'est de shooter en raw + jpeg, de balancer les jpeg en automatique sur mon iPhone 11 pour les synchroniser avec iCloud, et de mettre les raw dans Lightroom sans forcément repasser dessus. L'idée étant que si je veux faire un album photo, un rendu particulier, j'ai le raw à disposition. Si par contre, je veux partager rapidement un cliché (Insta, ...) il est sur mon téléphone. Car comme la majorité des gens, la plupart (99,9%) des photos que je fais ne méritent pas d'être exposées. J'ai ainsi le meilleur des 2 mondes et franchement, je me sens beaucoup plus libre et j'ai vraiment repris goût à la photo.
Quant à la vidéo, rien ne vaut pour moi mon iPhone 11.
My 2 cents

avatar Furious Angel | 

C'est assez normal. Tout le monde a un appareil photo dans sa poche, et même un appareil assez bon pour beaucoup de monde. Les compacts ne permettent pas de faire de meilleures photos et ils ne permettent pas un partage, des retouches, etc.

Seul le marché des reflex et hybrides a du sens, mais il est réservé aux professionnels et aux passionnés de photos. Même si je pense que le smartphone peut susciter des vocations qui mènent ensuite à utiliser un reflex ou un hybride, ça reste une minorité. Les appareils photos classiques n'évoluent pas assez vite, notamment sur la puissance de calcul ou le partage. Il faudrait inclure un OS Android.

avatar armandgz123 | 

@Furious Angel

Exactement, j’ai un 6s Plus qui s’occupe désormais de prendre toute nos photos, vidéo de famille. Et elles sont bien plus réussie qu’avec notre ancien compact

avatar pocketalex | 

"Même si je pense que le smartphone peut susciter des vocations qui mènent ensuite à utiliser un reflex ou un hybride, ça reste une minorité. "

C'était déjà le cas avant, rien de nouveau

L'immense majorité des gens qui utilisaient un jetable avant l'arrivée des smartphones ne se sont pas rués vers un reflex, que je sache 😂

De tout temps, enfin depuis que la photo existe, il y a toujours eu des utilisateurs qui font du jetable, et, en minorité, des passionnés qui s'équipent et qui ont des velléités un peu plus artistiques.

L'arrivée des smartphones n'a RIEN changé, les smartphones ont simplement remplacé les compacts qui avaient eux-même remplacé les jetables, that all.

avatar Furious Angel | 

@pocketalex

Parce qu’avant tout le monde avait un jetable sur soi ?? C’est n’importe quoi. Et un jetable restait limité en nombre de prise de vue, et il y avait le coût de l’appareil + du développement.

Le smartphone, l’a en permanence sur soi et le nombre de photos est quasiment illimité. C’est une révolution dans le rapport à la photographie. Les compacts et les jetables étaient utilisés (tres) ponctuellement, pour des événements. Le smartphone est utilisé en permanence.

avatar melaure | 

@Furious Angel

Un PAP, un Prêt A Photographier !!!

Je suis passé par Kodak ... il y a longtemps ! :D

avatar fousfous | 

Le problème des appareils photo actuels c'est qu'il n'y a quasiment pas de traitement de l'image fait sur le boîtier, ce qui fait que les photos prise sur iPhone semblent beaucoup plus attrayante avec de meilleurs couleurs (et je sais on a plus de détail sur l'APN).
C'est sur ce point que les fabricants devraient se concentrer je pense, quand on voit les résultats avec un petit capteur avec un gros capteur on devrait obtenir vraiment mieux et pas juste un peu mieux.

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