La capitalisation boursière d’Apple passe les 1 000 milliards de dollars

Anthony Nelzin-Santos |

Après de bons résultats trimestriels et la promesse qu’ils bénéficieraient directement du rapatriement des liquidités d’Apple, les investisseurs ont porté l’action AAPL vers un nouveau record historique, au-delà des 207 $. La capitalisation boursière de la firme de Cupertino franchit ainsi la barre — ô combien symbolique — des 1 000 milliards de dollars. L’occasion de rappeler deux petits détails qui font la différence.

Le cap des 1 000 milliards est franchi lorsque l’action touche 207,05 $, ce qui a été le cas quelques minutes aujourd’hui, et devrait l’être plus durablement les prochains jours.

D’abord, que 1 000 milliards ne font pas un « trillion », du moins pas dans les pays francophones. La confusion provient de l’usage de différentes « échelles » de nomenclature des grands nombres. Les États-Unis et la plupart des pays anglophones utilisent l’« échelle courte » où 1 000 millions font un billion et 1 000 billions font un trillion.

La plupart des pays européens et les pays francophones utilisent l’« échelle longue » où 1 000 millions font un milliard et 1 000 milliards un billion1. L’usage a varié au fil du temps, mais est désormais bien établi (aucun Français ne parle de « billion d’euros » pour dire « milliard d’euros ») et même légalisé (décret 61-501 du 3 mai 1961).

Ensuite, que cet événement n’est pas tout à fait une première dans l’histoire, sauf à restreindre l’histoire aux dix dernières années dans les pays occidentaux. Sans remonter à la United East India Company2 et lancer un débat sur les mérites des comparaisons monétaires à l’échelle historique, ou même seulement à la Standard Oil Company3 et lancer un débat sur l’ajustement pour l’inflation, il faut parler de l’entrée de PetroChina à la bourse de Shanghai en 2007.

Une entrée fracassante, permettant au géant chinois du pétrole de franchir la barre du billion dans la journée, et d’éclipser tous ses rivaux… pendant quelques moments et selon une méthode de calcul contestée. Le cours est redescendu aussi vite qu’il était monté et dix ans plus tard, la société avait perdu plus de 800 milliards de dollars de capitalisation, la plus forte chute de l’histoire moderne.

Mais enfin, le passage du cap du billion est une véritable performance pour une société qui, rappelons-le, était donnée pour morte il y a 20 ans. Apple a su jouer du système financier mondial, avec talent mais aussi avec cynisme, pour maximiser ses gains. Reste qu’elle n’aurait jamais rien gagné sans avoir conçu des produits capables de séduire des centaines de millions de clients. Ces vingt dernières années, Apple a vendu 205 millions de Mac, 381 millions d’iPad, 396 millions d’iPod, et surtout 1,25 milliard d’iPhone.

« Si vous n’êtes pas dans un bon jour, souvenez-vous que ce jour en 1976, Ronald Wayne a vendu sa part de 10 % dans Apple pour 800 $. Elle vaudrait 58 065 210 000 $ aujourd’hui. » Et donc 100 milliards de dollars ce 2 août 2018. Image u/Kartingf1Fan.

Le succès d’Apple est, de manière générale, celui du secteur technologique américain. Amazon pèse 871 milliards de dollars, Google un peu de plus de 843 milliards, Microsoft environ 814 milliards. Les historiens tracent des parallèles avec d’autres moments de l’histoire américaine, du succès des trusts alliant énergie et transport aux heures folles de la finance, en passant par l’émergence des télécoms au début des années 1970.

À chaque fois qu’une poignée d’acteurs a pesé sur les indices de manière disproportionnée, le régulateur est intervenu. L’heure n’est pas aux démantèlements spectaculaires, façon Standard Oil ou AT&T, mais la pression est réelle. Les cadres de Facebook connaissent les travées du Congrès américain comme leur poche, les avocats de Google ont pris des appartements à Bruxelles et Washington, et le président américain en personne menace Amazon.

Apple elle-même n’est pas épargnée : la Commission européenne lui a ordonné de rembourser 13 milliards d’euros « d’aides illégales », des réductions d’impôts offertes par le gouvernement irlandais depuis 2003. Si la menace ne vient pas des gouvernements, elle viendra peut-être de la Chine. En ajoutant Facebook, cinq géants américains des technologies figurent parmi les dix premières capitalisations boursières, mais aussi deux chinois. Tencent, un immense conglomérat qui recouvre des centaines d’activités, et Alibaba, que l’on peut décrire comme l’« Amazon chinois », sont en embuscade.


  1. Dans l’échelle longue, un trillion représente un milliard de milliards (1018), autrement dit un million de millions de millions (106 × 106 × 106), c’est-à-dire un million à la puissance trois. Un billion représente un million de millions (1012), c’est-à-dire un million à la puissance deux (106 × 106).

  2. La première société cotée au sens moderne du terme, fondée en 1602 comme une compagnie à charte chargée du commerce avec l’Inde et les pays d’Asie du Sud-Est. L’une des sociétés les plus puissantes de l’époque, elle reste sans doute la plus grande société jamais créée, avec une capitalisation équivalente à 7 ou 8 000 milliards de dollars actuels. Après sa dissolution en 1799, ses possessions ont formé la base de l’empire colonial néerlandais.

  3. La firme pétrolière de John D. Rockefeller, un exemple classique de trust avec une forte intégration horizontale, démantelée en 1911 après une décision historique de la Cour suprême.

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avatar Brice21 | 

Alors quel nul ce Tim Cook?

avatar lepoulpebaleine | 

@Brice21

Pour les actionnaires clairement pas.
Mais pour les utilisateurs ?

avatar XiliX | 

@lepoulpebaleine

"Pour les actionnaires clairement pas.
Mais pour les utilisateurs ?"

Ah pour toi les actionnaires ne sont pas des utilisateurs d’au moins un produit Apple ?

avatar debione | 

@xilix: Vu que se sont des Fonds de pensions et de grosses holding, des banques et autres, il y en a une bonne dose qui ne doivent pas disposer d'au moins un produit Apple... Je connais plus de personne qui ne possède aucun produit Apple que de personne qui en possèdent... par contre ceux qui en possède on tendance à en avoir beaucoup...

avatar XiliX | 

@debione

"Vu que se sont des Fonds de pensions et de grosses holding, des banques et autres, il y en a une bonne dose qui ne doivent pas disposer d'au moins un produit Apple... "

J’en doute... n’oublions pas aussi que ce sont des américains. Je pense qu’au contraire, il y en a un bon paquet qui possède au un appareil Apple

avatar lepoulpebaleine | 

@XiliX

D’accord, des petits porteurs individuels peuvent être des utilisateurs. Et certains investissent peut-être dans Apple par conviction et attachement à cette société.

Mais je pensais surtout aux gros actionnaires. Eux ils en ont rien à foutre des produits. Ils veulent leurs deux chiffres de croissance. Chez Apple comme chez toutes les autres sociétés de leur portefeuille.

Je suis farouchement contre la financiarisation de l’économie (parfois appelée « économie réelle »). Ce qu’il faudrait, c’est des actionnaires fidèles. Pas des girouettes qui achètent et vendent en longueur de temps de manière purement stratégique. Ça, c’est à vomir.

Oui au capital, mais au capital éthique et responsable. Tu veux investir dans une société ? OK, réfléchis bien et engage toi à la soutenir (sans revendre donc) pendant au moins 6 mois (durée à discuter).
Proposition - Interdiction de revendre une action pendant les x mois suivant son acquisition.
Première conséquence (et pas des moindres) plus jamais de crac boursier.
Et ensuite : disparition de la spéculation (= création artificielle de richesse).
Etc, etc.

Bon, je sais, cela n’arrivera jamais. Mais on a bien le droit de rêver, non ?

avatar bunam | 

Utopiste ! ?
Je pense que s'il n'y a pas de spéculation alors il n'y aura pas de gains et donc plus de bourse.

avatar lepoulpebaleine | 

@bunam

« Utopiste », oui, oui, c’est plutôt un compliment pour moi. Mais pas au point de refuser de voir le monde tel qu’il est.

Sur le fond je suis bien conscient qu’il faut du cash pour faire fonctionner l’économie (investir, embaucher, etc.). Là n’est pas la question.

Mais ce que je n’arrive pas comprendre dans le système actuel, ce sont les fluctuations incessantes et extrêmement rapides des valeurs.

En dehors des jours exceptionnels pour une société (présentation de nouveaux produits, des bilans financiers, etc.) je trouve ridicule qu’une boite soit cotée différemment un jour J et le jour J+1. Car sur le fond rien n’a changé en un jour. Non ?

Et c’est ainsi que l’on voit des courbes de valeurs un peu délirantes. Seules les tendances sur une certaine durée ont un sens. Les différences entre deux jours consécutifs n’en ont àmha aucun (sauf événement particulier bien sûr).

Quelle conclusion de tout ça ?
Aucune idée...

avatar Horfilas | 

@lepoulpebaleine

« Mais ce que je n’arrive pas comprendre dans le système actuel, ce sont les fluctuations incessantes et extrêmement rapides des valeurs. »

C’est parce que le système nous échappe ? Ça n’a peut-être rien à voir avec ce que tu dis mais as-tu entendu parler des transactions à hautes fréquences ?

Extrait de Wikipedia :

« Les transactions à haute fréquence, ou trading haute fréquence (THF ou HFT, de l'anglais high-frequency trading), sont l'exécution à grande vitesse de transactions financières faites par des algorithmes informatiques. C'est une des catégories du « trading automatique » (basé sur la décision statistique), qui gère de plus en plus les données boursières à la manière d'un big data devenu inaccessible aux analyses humaine et bancaire traditionnelles.

Ces opérateurs virtuels de marché peuvent ainsi exécuter des opérations sur les marchés financiers — les bourses ou des marchés de gré à gré — en quelques microsecondes. Alors que la vitesse de transaction du THF était encore de 20 millisecondes à la fin de la décennie 2010, elle est passée à 113 microsecondes en 2011. »

avatar airmax95 | 

Bien dit :)

avatar youpla77 | 

Ben ca dépend sur quel plan tu le place...
La capitalisation boursière de microsoft était plus forte sous Ballmer que Gates. Est-ce que pour autant il était un meilleur boss pour microsoft ?

avatar bonnepoire | 

Gates était un mafieux et Ballmer un clown sans vision.

avatar iVador | 

@bonnepoire

Mais Nadella est un excellent CEO qui est en train de redresser M$

avatar bonnepoire | 

@ iVador
Nadella a une vision et elle est cohérente avec son époque. Je n'aime pas microsoft pour un tas de raisons mais j'aime beaucoup ce qu'il fait et la façon dont il le fait. Il fait du bien à une entreprise qui n'ait jamais eu de représentant honnête, humble et intelligent.

avatar lepoulpebaleine | 

@bonnepoire

« honnête, humble et intelligent » je ne sais pas. MAIS :

Je constate que Microsoft a pondu un super IDE, Visual Studio Code, open source et multiplateforme : vraiment très bien.

Qu’ils ont intégré en natif des outils Linux à Windows 10 (quand j’ai vu ça je n’en croyais pas mes yeux). C’est même mieux que ça, on peut maintenant installer des distributions Linux (sans interface graphique, faut pas déconner) : Ubuntu, Linux Mint, etc. à l’intérieur de Windows 10. Et ce n’est PAS de la virtualisation.

Bref Microsoft remonte vraiment dans mon estime.

Sauf que, encore une fois, cela est le point de vue d’un utilisateur. Les actionnaires doivent non seulement s’en foutre, mais en plus ne même pas comprendre de quoi il retourne.

avatar bunam | 

"Linux à Windows 10" c'est pour rattraper 14 ans de retard par rapport a ce que peut proposer et en beaucoup mieux macOS. (je connais très bien les 2 systèmes chez Windows ils ont encore beaucoup de travail et ils n'y arriveront pas, car il leur manque un truc, une piste = un Steve Jobs)
Il ne faut pas être dupe Nadella veut aussi la mort de Linux ou du moins le contrôler d'une manière ou d'une autre, il est juste pragmatique.

avatar SebKyz | 

@youpla77

Nadella est meilleur que Balmer et l’action à ses plus haut historiques...

avatar bonnepoire | 

Il capitalise toujours sur l'héritage de Jobs. Ce type est une imposture.

avatar SebKyz | 

@bonnepoire

Il assure la continuité. Un autre ceo il y aura et jspr bien que l’âme d’Apple restera la même

avatar bonnepoire | 

On a remplace l'arrogance d'un innovateur par un businessman qui joue le cool. Pas certain que la continuité soit là. Je suis un peu sceptique sur le sujet.

avatar airmax95 | 

Ah ben là je suis totalement d accord :))

avatar debione | 

@sebkyz:
Reprend les commentaires de Jobs sur les actionnaires, tu verras ce que Cook a fait de l'âme d'Apple...

avatar SebKyz | 

@debione

Je les connais. Et il avait pas tord. Mais je parle des produits, du design...Il était là à l’époque de Jobs. Je vois mal quelqu’un à la tête de l’entreprise extérieur actuellement à Apple.
L’âme d’Apple est présente. La capitalisation je m’en fou demain elle peut perdre des milliards car ca corrigera au boit d’un moment à la vie du dj et du nasdaq.

avatar jazz678 | 

@SebKyz
@debione

« Je les connais. Et il avait pas tord. »

Ahhh ces méchants actionnaires...

SJ avait en partie tort. Si Apple en est arrivée là c’est en grande partie grâce à l’actionnariat (financier, salarié) et aux capitaux que cela a permis d’apporter à un moment où il y en avait sacrément besoin pour relancer une machine au bord de la faillite à la fin des années 90.
TC en bon financier à réussi à éviter le piège classique de l’actionnariat : perdre la main-mise de la gestion de la société et générer des divergences de vue entre salariés et actionnaires, avec les conflits sociaux délétères à la clé.

avatar bonnepoire | 

@ jazz678
Tu connais très mal l'histoire de Apple pour sortir tout ça. Apple ne doit rien aux actionnaires. Ils sont arrivés quand Apple est devenue intéressante. Jobs a sauvé Apple avec un peu d'argent de microsoft et de grandes idées.

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