Le Chat, c’est fini ! Mistral a renommé son chatbot, concurrent de ChatGPT, Gemini ou Claude, en « Vibe », un nom plus générique et passe-partout qui trahit les grandes ambitions de l’entreprise française. Elle espère bien passer à la vitesse supérieure en effet, en proposant davantage de fonctionnalités et probablement en visant un public qui dépasse l’Hexagone. Tant pis si le côté mignon et français a été perdu, Mistral Vibe est un outil bien plus polyvalent, qui peut effectuer de multiples tâches tant en bureautique qu’en développement. De quoi, sur le papier en tout cas, égaler ses concurrents américains.
Concrètement, « Vibe » est le nom du chatbot même si on retrouve encore de nombreuses traces de l’ancien nom sur le site web. Il gagne deux nouveaux modes : « Work » pour les agents capables de manipuler des documents et compiler de nombreuses données et « Code » pour écrire des lignes de code. Vibe Work concurrence Claude Cowork et Vibe Code affrontera Codex et Claude Code. Le mode développement fonctionne principalement depuis une session de terminal, il n’y a pas encore d’interface graphique, même si une interface web dédiée est aussi proposée. On pourra également l’utiliser dans Visual Studio Code, l’environnement de développement open-source de Microsoft pour lequel Mistral a créé une extension.
L’entreprise rattrape son retard sur de multiples points, notamment en intégrant les « Skills », un concept inventé par Anthropic qui permet de guider les agents IA en leur indiquant comment réaliser des tâches courantes ou en leur expliquant l’organisation d’un projet. Ils peuvent servir dans les deux modes Work et Code et on pourra sûrement importer l’un des nombreux skills diffusés sur internet directement dans Vibe. Mistral propose deux formules aux particuliers. Il faudra passer sur l’abonnement Pro, facturé 18 € par mois, pour utiliser toutes ces nouveautés, même si certaines sont accessibles dès l’offre gratuite.
En parallèle de ces changements sur les produits, Mistral avait plusieurs annonces plus générales à faire. L’entreprise va créer un troisième centre de données pour répondre à ses besoins. Il sera situé en Europe et même en France, dans la commune des Ulis située dans la banlieue parisienne. D’une capacité de 10 MW, il rejoindra au troisième trimestre un autre de 40 MW dans le même département et encore un de 23 MW situé en Suède. Comme toutes les autres entreprises de l’IA, ses besoins devraient toutefois exploser. Dans une conférence de presse, Mistral a ainsi indiqué qu’elle aurait besoin de 200 MW dès 2027 et même 1 GW avant la fin de la décennie, comme le rapporte Next.
Cette immense capacité de calculs pourra servir à ses propres clients et d’autres acteurs de l’IA. Mistral a déjà investi 4 milliards d’euros pour ses trois centres de données, comme l’a indiqué son PDG dans une interview accordée à CNBC et il faudra bien plus pour atteindre la capacité espérée. L’entreprise envisage aussi de produire ses propres puces au lieu de dépendre de tiers, Nvidia en premier lieu. L’Europe sera certainement impliquée dans ces très coûteuses opérations, l’IA étant de plus en plus considérée comme une ressource à préserver, au même titre que l’énergie.
L’UE triplerait la mise avec 120 milliards d’euros pour rattraper son retard dans les puces
Mistral joue justement sur sa nationalité pour travailler avec les plus gros groupes européens. Parmi les annonces du jour, une « pile IA intégrée combinant des modèles physiques avancés, une expertise en ingénierie et la robotique » sera proposée aux industriels. Ce ne sont pas des paroles en l’air, des accords ont déjà été signés avec Airbus, BMW, ASML (qui est l’unique producteur des machines capables de graver les meilleures puces) ou encore EDF. Parmi les exemples mis en avant, les modèles de Mistral serviront notamment à un simulateur d’accident pour le constructeur automobile, tandis que le fournisseur d’électricité français compte sur l’IA pour améliorer la maintenance sur le terrain.
La firme française essaie de se positionner comme champion de l’IA sur le continent, avec une offre toujours plus complète et des modèles censés tenir tête aux leaders américains. Mistral travaille d’ailleurs sur des modèles de pointe et prépare avec les banques européennes une réponse à Mythos, le modèle qu’Anthropic juge trop dangereux pour être rendu public.
Mistral pourrait proposer sa réponse à Mythos aux banques européennes
Dommage que Le Chat doive disparaître pour y parvenir. Quoi qu’il en soit, Mistral Vibe semble désormais bien mieux aligné sur ce que l’on trouve ailleurs, au moins en théorie.













