Parfois, quand la technologie va trop loin, certaines voix s’élèvent pour le signaler. Et concernant le projet de Kevin O’Leary dans l’Utah, il semble que ces voix se soient non seulement élevées, mais aient aussi été assez nombreuses pour être entendues, comme rapporté par Bloomberg. Reste à savoir jusqu’à quel point.

162 km². Soit trois fois la taille de Manhattan. Pour nous Français, cela représente 1,5 fois la taille de Paris intra-muros, ou plus de trois fois la taille de Lyon. Mais aussi 9 GW de consommation à terme. Soit tout de même l’équivalent de 10 réacteurs nucléaires français (les plus nombreux font 900 MW électriques chacun). Considérant que ces data-centers ne s’arrêtent jamais, cela correspond à une consommation de 79 TWh par an. Soit l’équivalent de 15 à 20 % de la consommation annuelle de la France métropolitaine. Ou deux fois la consommation annuelle d’une région comme la Normandie.
Si ces chiffres donnent déjà le vertige, il y a ceux qui, bien qu’ils ne soient pas aussi précis, inquiètent : un data-center moderne requiert des quantités d’eau non négligeables, alors qu’on parle généralement d’une puissance de « seulement » 1 GW tout au plus. Alors 9 fois plus ? Dans une région comme l’Utah, où la ressource est déjà relativement rare (le lac salé ne s’est pas formé par magie) ?
Face au gigantisme de ce projet, et à son absurdité au vu des ressources proposées par la région, des voix se sont donc élevées. Certaines, heureusement minoritaires, allant jusqu’à menacer de mort les élus qui adhéraient au projet. Alors Kevin O’Leary a fini par plier, en apparence, dans un communiqué indiquant que l’empreinte au sol du data-center serait réduite de moitié, bien qu’il trouve les inquiétudes exagérées :
Un grand nombre des inquiétudes concernant ce projet sont basées sur des suppositions et chiffres incorrects à propos de la surface au sol, de la consommation d’eau, de la dissipation thermique, de la qualité de l’air, et de la finalité du projet. La première pierre n’a même pas encore été posée, le projet n’a même pas encore reçu le moindre permis de construire, et les plans sont encore en phase de développement et ne sont pas finalisés.
En réponse à ce premier pas vers les inquiétudes des riverains, le président du sénat de l’Utah a pris note de ces bonnes intentions, et espère pouvoir discuter de la suite du projet avec Kevin O’Leary :
Avec une utilisation responsable de l’eau, de la transparence et l’écoute des habitants de l’Utah, nous pouvons à coup sûr montrer à la Nation comment construire correctement un data-center. Des engagements écrits devront être pris, et le projet devra suivre l’intégralité des procédures d’autorisation et d’évaluation environnementale, comme n’importe quel autre projet de développement dans l’Utah.
Entre ce coup de frein sur un projet titanesque, et la décision texane d’imposer un moratoire d’un an sur la construction de nouveaux data-centers ou d’équipements de stockage d’énergie dans l’État, ce sont les premiers signaux forts qu’une limite a probablement été atteinte. Dans une course au « toujours plus », avec des projets toujours plus grands dont certains prévoient même l’utilisation de l’espace pour y héberger des fermes de calcul, l’industrie a-t-elle trouvé la limite à ne pas dépasser pour les populations environnantes ? Toujours est-il que la maxime « sky is the limit » n’est plus forcément d’actualité, et les tensions sur les approvisionnements en eau, en électricité ou même en RAM et en mémoire flash se font de plus en plus ressentir, et le monde de l’IA et du Cloud devra bon gré mal gré composer avec la réalité de ces ressources.













