Vous pensiez qu’il n’y avait que les USA et Taiwan pour attirer les fondeurs et autres entreprises de puces de haute technologie ? L’Union européenne veut en tout cas prouver le contraire : elle se préparerait à lancer un plan de plusieurs dizaines de milliards d’euros sur dix ans pour attirer les entreprises du secteur, selon Bloomberg.

Alors que les États-Unis d’Amérique s’embrouillent dans leurs projets, entre le Chips Act d’origine du président Biden et la version radicalement différente du président Trump, et que Taiwan sent le vent du boulet se rapprocher de plus en plus du fait des tensions avec son encombrant voisin chinois, l’Union européenne souhaite prendre sa part du gâteau tant qu’il en est encore temps.
Un premier « Chips Act » (ou Règlement européen sur les semi-conducteurs) à l’européenne a bien été tenté en 2023, mobilisant 43 milliards d’euros publics et privés dont 3,3 milliards d’euros venant directement du budget européen, afin de donner une autonomie dans le domaine des semi-conducteurs à l’Union et ses partenaires.
42 milliards d'euros pour faire de l'Europe un champion des semi-conducteurs
Dans un premier temps, de nombreux projets ont été annoncés : STMicroelectronics et GlobalFoundries ont lancé une nouvelle usine de puces près de Grenoble, créant 1 000 emplois et doublant la capacité de production du site original ; Bosch a investi 3 milliards d’euros dans sa division semi-conducteurs, permettant d’améliorer l’autonomie du secteur automobile concernant les puces dédiées ; TSMC a aussi annoncé l’implantation de nouvelles usines en Europe, dont une à Dresde.
Malheureusement, d’autres projets d’envergure ont été annulés peu de temps après leur présentation : Intel prévoyait une usine géante à Magdebourg, pour un coût total de 30 milliards d’euros, supprimée. Une autre usine du fondeur de Santa Clara, dédiée à l’assemblage des puces dans leurs packaging en Pologne pour 4,6 milliards d’euros, a suivi le même chemin vers la corbeille. Enfin, une dernière usine du fondeur (décidément) devait être créée en Italie afin d’y produire des puces, elle n’est plus d’actualité.
STMicroelectronics et GlobalFoundries vont ouvrir une nouvelle usine de semiconducteurs en France
Dans le sillage d’Intel, d’autres projets plus petits ont eux aussi été annulés, refroidis par le départ du fondeur. L’objectif de départ de compter pour 20 % de la production de puces avancées dans le monde, avec tous ces départs, a totalement été enterré. Devant le recul massif, de nombreux parlementaires ont voulu un « Chips Act 2.0. », et seraient sur le point de l’obtenir.
Les bouchées doubles
Si le premier projet dédiait 43 milliards d’euros de budget, la nouvelle version passe à 120 milliards d’euros, toujours répartis entre le public et le privé. De quoi montrer les velléités de l’UE dans le domaine et être prise au sérieux ?
Toujours est-il que le plus gros morceau du projet concernerait la création d’une nouvelle usine de fabrication de semi-conducteurs en 3 nm (rien que ça !), pour la somme de 30 milliards d’euros. Si le projet est intéressant, une grosse inconnue reste : qui serait à la tête de celui-ci ? STMicro ? L’entreprise s’est arrêtée au 22 nm pour ses propres fabs, et améliorer la finesse n’est pas forcément une priorité pour ses produits. Une piste plus probable pourrait être Mistral AI, aidée par l’investissement récent d’ASML. Cependant, cette hypothèse ne résout pas tous les mystères : si Mistral AI devenait commanditaire, il lui faudrait tout de même les plans d’une puce à produire, et les employés compétents pour utiliser les machines. On ne passe pas d’un claquement de doigt de la conception d’IA à la conception et industrialisation de puces.
L’Union européenne prévoit aussi de jouer le rôle d’intermédiaire entre les entreprises de télécommunications, de la défense et de l’automobile, et les fournisseurs de puces du domaine, afin de négocier au mieux des contrats et des puces répondant au besoin des acteurs européens.
D’après le document consulté par Bloomberg, le financement de ce projet interviendrait grâce aux budgets des projets Horizon Europe et Digital Europe, jusqu’en 2028. Les fonds nécessaires à la période 2029-2035 seraient, eux, à confirmer dans le prochain plan budgétaire européen.
Ce nouveau plan est qualifié de pilier de l’Union européenne, tant il est primordial pour assurer la souveraineté de l’UE dans le domaine de l’intelligence artificielle, et de l’informatique en général face à la Chine et aux USA. Permettra-t-il de se libérer au moins en partie de l’influence de ces deux pays ? Rien n’est moins sûr, surtout sans l’aide d’un fondeur principal comme Intel ou TSMC. Mais ce n’est pas en restant les bras croisés que les choses changeront.













