Elon Musk veut fabriquer ses propres voitures, ses propres fusées, ses propres robots, ses propres modèles d’intelligence artificielle et bientôt ses propres puces. Mais pour ce dernier point, un petit coup de main ne serait finalement pas de refus : selon les informations de Tim Culpan, TSMC étudierait la possibilité de participer directement au projet Terafab de SpaceX et Tesla au Texas.

L’information n’est pour l’instant pas confirmée par les principaux intéressés et les discussions pourraient encore évoluer. Elle vient cependant compléter une autre nouvelle apparue cette semaine : TSMC étudie bien la construction de nouvelles capacités de production au Texas, en plus de son gigantesque complexe actuellement en développement en Arizona. Reuters a confirmé l’information auprès de deux sources proches du dossier, tout en précisant qu’aucune décision définitive n’avait encore été prise.
Tim Culpan apporte maintenant la pièce qui manquait peut-être au puzzle : cette implantation texane pourrait être directement liée à Terafab, le projet pharaonique imaginé par Elon Musk.
Il faut bien commencer quelque part
Annoncée cet été, Terafab doit être construite dans le comté de Grimes (oui, le comté a le même nom que l’ex-compagne de Musk… Quand l’ironie s’en mêle), à une centaine de kilomètres de Houston. Tesla et SpaceX ont annoncé un investissement initial de 16,8 milliards de dollars et prévoient à terme plus de 100 millions de pieds carrés de bâtiments, soit environ 9,3 millions de mètres carrés. SpaceX avait auparavant évoqué dans des documents administratifs un projet pouvant représenter jusqu’à 119 milliards de dollars au fil de ses différentes phases.
TeraFab d’Elon Musk : ridiculiser TSMC, réalité ou science-fiction ?
L’objectif est à la mesure du bâtiment : regrouper au même endroit la fabrication, le packaging et les tests de puces logiques et de mémoire avancées. Musk estime que Tesla et SpaceX auront besoin de capacités de calcul considérablement supérieures à ce que l’industrie peut actuellement leur fournir, notamment pour les robots Optimus, les Cybercab et les projets de centres de données spatiaux de SpaceX.
Reste un « léger » détail : construire une usine de semi-conducteurs est une chose, savoir y fabriquer des puces avancées en très grande quantité et avec un rendement acceptable en est une autre. Et sur ce terrain encore plus complexe que la conquête spatiale, TSMC dispose de quelques décennies d’avance.
Selon les sources de Tim Culpan, le scénario actuellement considéré comme le plus probable verrait donc le géant taïwanais posséder et exploiter la future usine, tandis que SpaceX/Terafab pourrait prendre une participation dans le projet, garantir l’achat d’une partie de sa production, ou faire les deux.
Une autre formule serait également étudiée : SpaceX/Terafab resterait cette fois propriétaire majoritaire de l’usine, tandis que TSMC apporterait moins de capitaux, mais surtout ses technologies et son savoir-faire industriel. Autrement dit, Musk conserverait les clés de la maison, mais demanderait à TSMC de lui expliquer comment faire fonctionner la cuisine.
Rien n’est encore signé et Culpan insiste lui-même sur ce point. Il ne s’agit donc pour l’instant que de scénarios étudiés par les entreprises.
TSMC n’avait pourtant pas prévu de déménager au Texas pour le barbecue
L’hypothèse permet néanmoins d’expliquer beaucoup plus facilement pourquoi TSMC s’intéresse soudainement au Texas. Le groupe n’est pas précisément à court de projets aux États-Unis : il a déjà porté à 265 milliards de dollars ses investissements prévus en Arizona, où son complexe doit à terme comprendre douze installations consacrées à la fabrication et au packaging avancé, ainsi qu’un centre de recherche et développement.
TSMC gagne une fortune avec l’IA, mais n’oublie pas d’investir
Ajouter un deuxième immense complexe américain au Texas représenterait donc un engagement supplémentaire considérable. Disposer dès le départ de SpaceX et Tesla comme clients majeurs, avec des volumes garantis, rendrait évidemment l’opération nettement plus intéressante.
La situation ne manque pas non plus d’ironie. Musk présente depuis des mois Terafab comme la réponse au manque de capacités de production mondiales et comme un moyen pour ses différentes entreprises de maîtriser davantage leur approvisionnement en puces. Il avait notamment indiqué vouloir utiliser le futur procédé 14A d’Intel pour certains composants du projet.
Mais même en disposant de dizaines de milliards de dollars, de terrains au Texas et de quelques modestes ambitions consistant essentiellement à réinventer l’industrie des semi-conducteurs, l’expérience ne s’achète pas instantanément.
Faire entrer TSMC dans l’équation permettrait à Musk de gagner plusieurs années et de réduire considérablement le risque industriel de Terafab. Pour le fondeur taïwanais, l’opération offrirait en retour deux clients capables d’absorber des quantités phénoménales de puces pendant des années, tout en renforçant encore sa présence aux États-Unis.
Pour le moment, TSMC refuse de commenter ses éventuels projets texans et aucun accord avec Terafab n’a été annoncé. Mais si les informations de Culpan se confirment, Elon Musk pourrait parvenir à construire l’une des plus grandes usines de puces au monde. Avec simplement un peu d’aide de ceux qui savent déjà en fabriquer. « Juste » un petit coup de pouce. Nous nous demandions en mars si Terafab finirait par ridiculiser TSMC. Si le Taïwanais doit finalement lui apprendre à fabriquer ses puces, l’ironie ne manquera pas de sel.













