Dans le monde de la mémoire vive, le marché s'est longtemps partagé entre trois grands fabricants, Micron, Samsung et SK Hynix. Mais ça, c'était avant. Depuis la RAMpocalypse liée à l'essor de l'IA, qui a commencé il y a environ un an, un nouvel acteur a émergé peu à peu : CXMT. Et ce fabricant chinois compte bien tailler dans les croupières des trois autres en doublant (presque) sa production d'ici 2028.

Reprenons : depuis la fin 2025, les grands fabricants ont reconfiguré leurs lignes de production pour fabriquer de la mémoire HBM, un type de mémoire assez rare essentiellement employé dans les cartes de calcul destinées aux centres de données. Comme la production n'est pas extensible à l'infini, la production de DRAM en général — celle utilisée dans nos appareils — a été réduite, ce qui explique les prix très élevés des smartphones, ordinateurs et barrettes de mémoire. CXMT a réussi à passer de 4 % de parts de marché (au second trimestre 2025) à 10 % (au second trimestre 2026) à cause de cette crise : la société fabrique de la DRAM et il y a de la demande.

Plus de wafers
Actuellement, la société produit 320 000 wafers par mois, ce qui est déjà assez impressionnant. Le wafer est l'unité de base dans la gravure : c'est un disque de silicium sur lequel sont gravées les puces. Le nombre de puces va dépendre de la technologie de gravure (plus la gravure est fine, plus il y a de puces) mais aussi du rendement, c'est-à-dire le nombre de puces fonctionnelles par wafer. Selon les analyses, CXMT voudrait passer à 420 000 wafers mensuels en 2027 et à 600 000 en 2028 (87,5 % de plus qu'actuellement).

Pour se donner une idée, la production de Micron, qui était le troisième fabricant mondial avec un peu plus de 20 % de part de marché à l'époque, était de 375 000 wafers à la fin de l'année 2025. Donc en passant à 420 000 en 2027, CXMT devrait produit plus de puces que Micron. Il y a tout de même quelques inconnues ici. Premièrement, le rendement de la production de CXMT n'est pas connu, et c'est un secret lourdement gardé. Deuxièmement, il n'est pas exclu que la société suive les autres sur la mémoire HBM. Pour le moment, CXMT cible essentiellement la mémoire classique, et équipe notamment quelques modèles de smartphones avec de la LPDDR6, mais le fabricant pourrait évidemment céder aux sirènes du profit, comme les autres.
Reste un problème : le fait que CXMT soit une entreprise chinoise. C'est un problème pour certains pays (dont les États-Unis) et les liens entre CXMT et le gouvernement chinois sont évidemment scrutés. Dans la pratique, de nombreux fabricants réservent donc la mémoire chinoise à des marchés où la provenance des composants a moins d'importance — ce qui inclut logiquement la Chine — et garde les puces américaines ou sud-coréennes pour d'autres marchés (dont l'Europe). Un choix qui a un défaut : même si CXMT augmente sa production, l'impact sur les marchés occidentaux ne sera donc que probablement indirect.













