Linux : Ubuntu abandonne Unity et les téléphones

Nicolas Furno |

Ubuntu, la distribution GNU/Linux la plus populaire, a fait deux annonces majeures hier par la voix de Mark Shuttleworth, le fondateur de Canonical et de cette distribution. Deux annonces qui tournent autour du même problème : l’entreprise abandonne le développement d’Unity, l’environnement graphique conçu spécifiquement pour Ubuntu depuis plusieurs années.

Unity sous Ubuntu 16.04. (Capture HEXcube) Cliquer pour agrandir

Concrètement, cet abandon a deux conséquences immédiates. Pour les ordinateurs traditionnels, la prochaine version majeure de la distribution, la 18.04 TLS, ne sera pas fournie avec Unity, mais avec Gnome comme environnement de bureau par défaut. C’est un retour aux sources pour Ubuntu, puisque de 2004 à 2010, c’est cet environnement qui était utilisé. Même si Canonical ne va peut-être pas se contenter de l’interface par défaut de Gnome, l’entreprise proposera sans doute une présentation, des apps par défaut et un fonctionnement différents.

Sur le plan technique, l’entreprise reconnaît ici l’échec technique d’Unity 8, une nouvelle version majeure qui devait être livrée avec Ubuntu 16.04 et qui devait reposer sur un tout nouveau moteur graphique, nommé Mir. Annoncé en 2015, ce n’est toujours pas la version par défaut des dernières versions de la distribution et manifestement, ce ne sera jamais le cas. Unity 7 et ses prédécesseurs étaient en encore basés sur Gnome, cette mise à jour était ainsi nettement plus ambitieuse.

L’interface par défaut de Gnome 3. Cliquer pour agrandir

De manière plus large, l’abandon d’Unity signifie aussi l’abandon des tentatives de Canonical de sortir des ordinateurs et d’apporter Ubuntu sur d’autres plateformes. L’objectif d’Unity était, non seulement d’offrir un environnement grand public aussi abouti que Windows ou macOS, mais aussi de faire converger tous les appareils autour d’un même écosystème. Ubuntu devait ainsi être utilisé sur les téléviseurs et surtout sur les smartphones, avec une version adaptée au tactile.

Cette stratégie n’a jamais vraiment fonctionné. En 2013, on a pu tester les premiers téléphones équipés d’Ubuntu Touch et constater qu’il restait encore énormément de travail. La même année, Canonical a essayé de financer un smartphone haut de gamme sur Indiegogo, un essai qui n’a pas abouti. Depuis, l’entreprise a tout fait pour essayer de convaincre que la stratégie était bonne et il y a tout juste un an, lançait encore un nouveau smartphone équipé de son système.

L’Edge, un smartphone haut de gamme qui devait tourner sous Ubuntu Touch, le premier échec de cette stratégie. Cliquer pour agrandir

Mark Shuttleworth était le principal promoteur de cette convergence, il reconnaît aujourd'hui que c’était une erreur et arrête les frais. Son entreprise va se recentrer sur ce qui fonctionne, à savoir en premier lieu les serveurs, les ordinateurs et même les objets connectés (IoT). Il faut dire qu’Ubuntu est peut-être la distribution la plus utilisée, GNU/Linux n’a jamais vraiment décollé sur les ordinateurs individuels.

En revanche, son succès sur les serveurs est indéniable, c’est souvent le choix par défaut et Ubuntu est partout, ou presque. Quand Apple adapte Swift à Linux pour les serveurs, c’est cette distribution qui est utilisée comme base. Quand Microsoft ouvre Windows à Linux, c’est avec Canonical que l’éditeur travaille. Ubuntu est utilisé sur plus du tiers des serveurs dans le monde et elle alimente aussi plusieurs solutions de cloud.

Ubuntu sur un serveur, accessible uniquement en lignes de commande. Cliquer pour agrandir

Le rôle d’Ubuntu dans l’internet des objets est peut-être moins connu, mais bien réel. Plusieurs entreprises (Dell, Qualcomm, Intel, Samsung…) utilisent la distribution pour alimenter leurs objets connectés et Canonical veut également privilégier cette voie qui fonctionne.

Ubuntu se donne encore un an pour passer d’Unity à Gnome dans sa distribution et la prochaine mise à jour, la 17.04 donc, restera sur l’environnement de bureau actuel. L’abandon des téléphones sous Ubuntu ne devrait pas gêner grand-monde, tant cette idée n’a jamais abouti. La faute, largement, à l’immense succès d’Android, un système d’exploitation basé lui aussi sur GNU/Linux…

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Génial ! Il n'y a rien de mieux que Gnome sur Linux.
La simplicité à l'état pure.

avatar DarkChocolâte | 

En tant qu'utilisateur Mac, et lecteur de MacG, je suis profondément choqué par le fait qu'Ubuntu abandonne Unity.

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Pourquoi ?

avatar bobdu87 | 

En tant qu'utilisateur d'OS X, linux et windows, je peux te garantir qu'Unity donnait en pratique le pire du pire mélange imaginable des interfaces de ces 3 OS...

Gnome est beaucoup plus proche de l'esprit mac tout en étant mature... et moins blingbling..

avatar byte_order | 

Non, vous ne pouvez pas *garantir* quoi que ce soit.
C'est votre opinion, vous avez le droit de l'avoir, mais les goûts comme les couleurs sont l'affaire de chacun, votre opinion n'est en soit la garantie factuelle de quoi que ce soit.

Utilisant abondamment moi aussi Linux (Debian, Fedora, Ubuntu, RH...), Windows et parfois OS X, je ne partage pas votre opinion sur Unity. D'abord réticent, j'ai finalement trouvé mes marques avec lui et trouve désormais les interfaces plus classiques de bureau / dock / filer assez fades finalement.

Le retour a Gnome 3 ne sera pas un drame non plus, mais clamer que Unity était le pire du pire, c'est assez injuste.

avatar C1rc3@0rc | 

@byte_order

Je suis de ton avis, Unity etait une tres bonne initiative et allait dans le bon sens. Son approche, certes originale, demandait de sortir des habitudes de MacOS et de Windows, mais la dimension ergonomique etait bel et bien la et les choix etaient interressants (et ont influencé autant MacOS que Windows).

Le plus gros reproche qu'on pouvait faire a Unity c'est la puissance qu'il exigeait et son instabilité qui se rappelait a chaque mise a jour majeure.

Ceci dit Gnome s'est en meme temps beaucoup amelioré et s'il reste encore beaucoup d'ameliorations a faire, la competition entre Unity et Gnome a ete une tres bonne chose.

Apres l'abandon d'Ubuntu pour les smartphones et l'electromenager "connecté" est pragmatique et previsible.

Deja l'idee d'avoir une interface commune pour le PC / le device tactile et l'electromenager est une impasse. Windows l'a bien demontré depuis Windows 8 et l'infame Metro et le choix d'Apple d'avoir un moteur d'OS commun mais des interfaces distinctes adaptées a chaque usage est de plus en plus pertinent.

Ensuite, niveau materiel, on ne peut que constater qu'il n'y a de place que pour 2 OS sur le mobile: iOS et Android.
Ce n'est pas une question de pratique monopolistique ou d'autre truquage du marché, comme c'etait le cas avec Wintel, mais c'est un probleme purement economique:

D'un coté on a Apple avec iOS qui est tres rentable (pour Apple et les editeurs logiciels), et de l'autre la sphere Android ou la rentabilité est tres faible, voire nulle, avec une concurrence feroce et des interets totalement divergents entre constructeurs/ editeurs /clients.
Il faut rajouter a cela que chaque constructeurs Android doit produire son propre Android et que cela a un cout, qui meme minimal, qui degrade encore la rentabilité du materiel. Quant aux editeurs, ils doivent composer avec la complication due a la fragmentation.

Avoir un smartphone Ubuntu implique le meme travail d'adaptation que pour Android, donc un cout supplémentaire, et cela avec un deficit d'applications, les editeurs devant developper pour iOS, puis Android auraient du refaire le meme travail d'adaptation lourd pour Ubuntu.
Bref le probleme du mobile, c'est pas tellement l'interface Ubuntu que le probleme de rentabilité du secteur.

Et puis il faut aussi mettre dans la balance le spectre de l'Opensource. Parce que si les editeurs usent et abusent de l'opensource dans leurs productions, quand il s'agit de produire pour Linux donc totalement en Opensource, y a plus grand monde. Le modele proprietaire est tres tenace et l'idee du verrouillage par la captivité de l'utilisateur enfermé dans un systeme proprietaire reste toujours le mantra de l'industrie.

avatar oomu | 

Oui.

avatar marc_os | 

@C1rc3@0rc :
« l'idée d'avoir une interface commune est une impasse ... »
Exactement. pour la même raison, la présence de iOS et watchOS à côté de macOS est totalement justifiée.

avatar Wund3r | 

Le succès d'Ubuntu sur les serveurs est indéniable ? Euh mouais c'est faux
Toutes les entreprises ou j'ai travaillé ont du Red Hat ou Debian voir du Free BSD sur les serveurs mais pas de Ubuntu. Ubuntu c'est bien pour un poste client.

avatar ech1965 | 

Utiliser un cas particulier ( toi) pour en tirer une généralisation est rarement crédible.

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Ubuntu domine le marché des serveurs... D'ailleurs tout mes serveurs sont quasi sur Ubuntu après avoir essayé X truc de geek barbu.

"A l’intérieur des 90%, on trouve 45% de Ubuntu server, 30% de Linux générique, 7% de Centos, 2% de Redhat, 2% de Fedora."

avatar byte_order | 

> Ubuntu c'est bien pour un poste client.

Et pourtant, les devops adorent l'outil Juju de Canonical, ce qui fait que Ubuntu est nettement majoritaire dans les instances servers déployés sur les clouds (publics ou privés, hein) OpenStack et cela en fait un max...

avatar oomu | 

Dans mon entreprise on utilise majoritairement ubuntu pour nos serveurs. Très bon support lts, support de plusieurs constructeurs, communautés très actives. Et les déclinaisons cloud sont intéressantes.

Ce n'est pas une attaque contre redhat ou debian ou autre.

avatar Wolf | 

En attendant on se rend bien compte que Ce n'est pas fait pour le grand public.
C'est bien comme serveur mais pour le reste C'est peanuts

avatar Nom d'utilisateur | 

vrai

avatar bobdu87 | 

Commentaire péremptoire d'un mec qui ne connait de linux que le nom...

avatar oomu | 

Non.

Il n'y a pas la place pour une 3e voie.

Par exemple en mobile, c'est android et ios, il n'y a pas la place pour windows ou ubuntu. Pas de place pour tiezen non plus d'ailleurs (un linux par samsung)

avatar anotherbitethedust | 

Mais l'idée est bonne.. même très bonne pour avoir un écosystème cohérent.

Il ne faut pas reporter la faute à l'idée, mais au manque de réussite de l'équipe technique ou des investissements sur le projet.. :/

avatar Un Type Vrai | 

Deux pigeons ne font pas un aigle.

Comment penser que la modularité de Linux (un noyau sur lequel peu être installé plusieurs couches graphique différente, ou non) est une chose à détruire en développant "l'environnement de bureau pour tous les cas" ?

Ca me rappelle une petite BD :

"Avant : Il y a 15 formats d'images"
"J'ai une super idée, je vais faire le format d'image pour tous les cas"
"Après : Il y a 16 formats d'images"

Bref, Unity, c'est un peu l'aveu que les problèmes simple d'interface sont pris trop haut dans une distribution Linux.

Idéalement, il faudrait que le copier/coller, glisser/déposer etc. utilisent les mêmes librairies entre KDE, Gnome (et autres), Androïd et les applications...

C'est CA le soucis de Linux.

avatar occam | 

@Un Type Vrai

https://xkcd.com/456/

avatar Un Type Vrai | 

Je pensais plutôt à ça :

https://xkcd.com/927/

:)

avatar Rictusi | 
avatar Nom d'utilisateur | 

🤔 interéssant !

avatar DeaDPooL | 

Android n'est pas un GNU/Linux, il ne fait qu'utiliser le noyaux Linux et c'est tout.

avatar C1rc3@0rc | 

Ce qui en fait par le principe de licence un Linux.

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