Si la Chine venait à envahir Taïwan un jour, Tim Cook ne pourra pas dire qu’il n’avait pas été averti. D’après une longue enquête du New York Times, le CEO d’Apple a été convié en 2023 à une réunion confidentielle au cours de laquelle le directeur de la CIA et la directrice du renseignement national ont présenté des informations sensibles sur les intentions de Pékin vis-à-vis de l’île, qui concentre l’essentiel de la production mondiale de semi-conducteurs.

Le message était clair : au vu de l’ampleur des dépenses militaires chinoises, le risque d’une intervention à Taïwan à l’horizon 2027 est très sérieux. Jensen Huang (Nvidia), Lisa Su (AMD) et Cristiano Amon (Qualcomm, par visioconférence) participaient également à cette réunion. À la suite de celle-ci, Tim Cook aurait confié aux autorités qu’il n’avait « dormi que d’un œil ».
Cette rencontre visait à faire prendre conscience, ou du moins à rappeler, aux principaux acteurs américains de la tech le risque systémique qu’une crise à Taïwan ferait peser sur leurs activités. Un blocus chinois, par exemple, les priverait de leurs approvisionnements en puces. Malgré cet avertissement, Tim Cook et ses homologues n’ont pas passé de commandes massives auprès de fabricants américains, et pour cause : les puces produites aux États-Unis coûtent environ 25 % plus cher et accusent un retard d’une génération au moins par rapport à celles fabriquées à Taïwan.
La situation a néanmoins commencé à évoluer après l’investissement de l’administration Trump dans Intel mi-2025. Toujours selon le New York Times, Apple a depuis engagé des réunions d’ingénierie avec le fondeur américain afin d’évaluer concrètement ses capacités de production.
Sophie Metzger, porte-parole d’Intel, affirme que l’entreprise est « encouragée par les premiers retours » de clients potentiels et partage l’objectif de l’administration Trump de faire d’Intel un « leader américain de la fabrication de semi-conducteurs. » L’été dernier, Tim Cook s’est d’ailleurs rendu dans le Bureau ovale, où il a promis, devant Donald Trump, 100 milliards de dollars d’investissements supplémentaires aux États-Unis, un engagement destiné à soutenir TSMC et d’autres acteurs du secteur.
Apple va investir 100 milliards de dollars supplémentaires aux États-Unis
Apple pourrait utiliser Intel pour produire ses Mx d’entrée de gamme
Reste que le chemin est encore long avant de réduire significativement la dépendance à Taïwan. Tim Cook, qui a piloté la chaîne logistique d’Apple avant d’en devenir le patron, le sait certainement mieux que quiconque. Le gouvernement taïwanais maintient d’ailleurs une politique officieuse imposant à TSMC de conserver ses technologies de fabrication les plus avancées sur l’île. Ce « bouclier de silicium » vise à rendre le pays trop stratégique économiquement pour être attaqué.


























