La « RAMpocalypse » provoquée par l’essor des intelligences artificielles génératives va toucher tous les secteurs informatiques et en premier lieu les hébergeurs, qui dépendent énormément des prix de la mémoire vive et du stockage pour fournir des services à leurs clients. Sans surprise, OVHcloud a ainsi annoncé des augmentations de prix à venir, tout d’abord sur la liste de diffusion officielle où Octave Klaba, son fondateur et PDG, a expliqué vouloir lisser les augmentations sur toutes ses offres, au lieu de rendre certains services hors de prix. Il promettait alors des hausses moyennes de l’ordre de 9 à 11 % pour les futurs clients et de 2 à 6 % seulement pour une partie des clients actuels.
Depuis ce premier message publié vendredi en fin d’après-midi, les premiers mails ont été envoyés à des clients et c’est la douche froide, comme le détaillent nos confrères de Next. Les VPS, des instances virtuelles très populaires pour faire tourner de nombreux sites et services en ligne, vont recevoir une augmentation nettement plus élevée que ce qui avait été suggéré. Ainsi, la variante de base « VPS-1 » actuellement facturée 5,39 € par mois va grimper à 7,79 €, soit une augmentation de 44 %. La configuration supérieure augmentera de 43 % et le choix le plus costaud passera de 58,79 € à 87,59 € par mois, soit une hausse de quasiment 50 %.
Autant dire que l’on est très éloigné des 2 à 6 % annoncés initialement. Certes, la nouvelle gamme de VPS d’OVHcloud lancée l’été dernier a surpris en cassant les tarifs et en offrant des prestations excellentes avec un rapport qualité/prix imbattable alors. On pourrait dire que les hausses qui viendront à partir du mois d’avril ne seront qu’une manière de réaligner ces offres face à la concurrence… d’autant que celle-ci est également touchée par l’inflation folle sur les prix de la RAM et du stockage. La preuve, l’hébergeur allemand Hetzner vient lui aussi d’annoncer ses nouveaux tarifs, avec des hausses similaires en proportion.
Hébergement : OVHcloud casse les prix sur ses VPS
Là où le message a du mal à passer chez OVHcloud, c’est que les augmentations ne se focalisent pas sur les services qui dépendent le plus de grandes quantités de mémoire vive et de stockage, ou encore ceux qui ont besoin de cartes graphiques puissantes, indispensables à toute IA générative. C’est un choix assumé de la part de l’hébergeur, comme Octave Klaba l’expliquait dans son message de vendredi :
Chez OVHcloud, nous voulons réduire l’impact de ces augmentations de composants pour éviter que notre Cloud (Public Cloud, Private Cloud, Bare Metal) ne devienne trop coûteux. C’est pourquoi, pour le Cloud que nous allons déployer en 2026-2028, nous avons décidé d’augmenter les prix de manière moins importante que les coûts réels de la RAM et des disques. Le prix de notre Cloud en 2026-2028 va ainsi évoluer, en moyenne, de +9% à +11% seulement. Pour compenser, on prévoit d’impacter légèrement les prix du Cloud déployé entre 2021 et 2025, en moyenne de +2% à +6%, en fonction de l’ancienneté du hardware, et de faire évoluer légèrement les prix des IPv4.
Ainsi, tous les produits peuvent être touchés, même ceux qui n’ont vraiment rien à voir avec l’inflation en cours. Le meilleur exemple est peut-être l’ajout d’IPv4 supplémentaires, une option facturée jusque-là 1,99 € par mois sur la gamme VPS et qui passera à 2,39 €, soit 20 % de plus. OVHcloud espère faire peser les hausses de prix liées à ses nouveaux serveurs sur tous ses clients, une décision très mal acceptée si l’on en juge aux retours sur les réseaux sociaux. Suffisamment pour forcer le numéro un de l’hébergement européen à changer de stratégie ?
Pour l’heure, les hausses restent prévues à compter du 1er avril ou du 1er mai 2026 selon les services. La parade à court terme est de s’engager et de payer ses serveurs aux tarifs actuels sur une plus longue durée. On peut ainsi payer à l’avance douze mois de VPS et économiser au passage sur le tarif mensuel, d’autres offres proposent même de s’engager sur deux ans. C’est bien pour les clients qui peuvent se le permettre — cela peut représenter des sommes importantes sur les grosses configurations —, mais ça ne suffira probablement pas pour échapper aux inflations à venir.
Octave Klaba n’envisage pas d’amélioration avant 2028 au plus tôt et évoque un retour aux tarifs actuels avant l’horizon 2029 au mieux. Aussi incroyable que cela puisse paraître, ces prévisions sont plutôt optimistes et partent du principe que les prix se stabilisent d’ici la fin de l’année, ce qui est loin d’être gagné. Les coûts sur la mémoire vive pourraient alors être 250 à 300 % plus élevés qu’en septembre 2025. Même à de telles valeurs, la demande resterait tendue pendant encore plusieurs mois, jusqu’à l’arrivée espérée de nouvelles capacités de production en 2028.
En attendant, OVHcloud espère recevoir les barrettes de RAM, SSD et disques durs indispensables à ses serveurs, ce qui n’est même pas gagné. Le patron explique qu’il doit s’engager sur des commandes, sans connaître à l’avance le prix qui sera facturé, ce qui est évidemment très dangereux pour les finances de son entreprise :
Pour avoir la certitude d’être livré, il est nécessaire de passer les commandes 12 mois à l’avance, sans connaître le prix d’achat ! Les prix sont en effet communiqués 1 à 2 mois après livraison, en fonction de l’offre et de la demande dans le trimestre.
OVHcloud a beau être le plus gros hébergeur du continent, c’est un nain à l’échelle mondiale, surtout face aux monstres de l’IA que sont OpenAI, Google ou encore Meta. Même un acteur comme Apple, qui a historiquement toujours su s’en tirer en signant d’énormes contrats stables, va probablement devoir affronter la RAMpocalypse et toutes ses instabilités.
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