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MacBook Neo : Apple et les risques de l’entrée de gamme

Jean-Baptiste Leheup

vendredi 13 mars 2026 à 10:00 • 40

Matériel

Apple n'est pas sympa. Au moment même où notre livre célébrant les 50 ans d'Apple était mis sous presse, l'entreprise lançait une nouvelle machine, une nouvelle gamme, et une nouvelle dénomination. Un Neo tout nouveau qui aurait trouvé sa place dans la double page opposant les petits et les gros de l'histoire, du côté des compacts, des Mini, des Nano et des Air, face aux Plus, Pro, Max, et autres Extrême…

Comparaison n’est pas raison, c’est vrai. Mais en présentant le MacBook Neo la semaine dernière, Apple a ravivé quelques souvenirs de ses incursions dans un domaine qui n’est habituellement pas son point fort : l’entrée de gamme.

Loin de nous l’idée de jouer aux prophètes de malheur. Voir Apple présenter un MacBook au prix réduit et aux ambitions élevées n’est pas pour nous déplaire, loin de là, et nous lui souhaitons le meilleur. Mais alors que nous fêtons les cinquante ans de la marque ces jours-ci, quoi de mieux qu’un coup d’œil dans le rétroviseur pour se remémorer les dernières aventures d’Apple en la matière ?

L’ADN d’Apple… mais de quoi parle-t-on ?

Depuis la sortie du MacBook Neo, il est beaucoup question d’ADN et d’essence : preuve que l’entreprise est consciente qu’en s’aventurant sur un terrain réservé à ses concurrents du monde Wintel, voire aux Chromebooks, elle peut inquiéter ses clients, ses investisseurs et les observateurs de ce petit monde. Alors pour nous convaincre qu’elle n’a ni vendu son âme ni renoncé à ses principes, Apple nous promet que le MacBook Neo n’est pas un Mac au rabais.

Avec ses haut-parleurs latéraux, le MacBook Neo a des petits airs du PowerBook G4 de 2001… qui dissimulait ses antennes wi-fi au même endroit.

Tim Cook l’a rappelé récemment dans une interview accordée à l’occasion des cinquante ans de la marque : l’ADN de Steve Jobs infuse encore dans l’entreprise qu’il a créée, un demi-siècle plus tard et quinze ans après sa disparition. C’est un héritage dont la transmission a été organisée du vivant même du cofondateur de la marque au moyen d’une université interne chargée de transmettre les valeurs de la marque aux nouveaux venus.

Le MacBook Neo, donc, s’inscrit – nous promet-on – dans la droite ligne d’une tradition qui cherche à créer des produits qui soient source d’émotion, privilégiant l’expérience des clients plutôt que la puissance et la technique, retirant le superflu pour garder l’essentiel. Une nouvelle fois, Apple cherche à prouver qu’elle n’est pas que l’experte du haut de gamme, des produits coûteux aux marges confortables.

Le précédent alléchant de l’iBook

Un Mac portable, petit, coloré, mignon, qui crée une nouvelle gamme à côté des modèles reconnus de la marque… Difficile de ne pas faire le rapprochement avec l’iBook, sorti en 1999. Alors que la gamme PowerBook avec son modèle phare, le G3, démarrait aux alentours de 20 000 francs (3000 euros de l’époque), le petit nouveau avait été présenté à 12 500 francs (un peu moins de 2000 euros). Une belle réduction de trente pour cent, d’autant plus remarquable qu’à l’époque, personne n’aurait eu l’idée de le comparer à un PowerBook vieux de cinq ans : l’évolution très rapide des processeurs et des systèmes rendait obsolètes les machines bien plus rapidement qu’aujourd’hui1. Le ticket d’entrée dans le monde des Macs portables était donc largement dicté par les prix du neuf.

La conception du MacBook Neo a repris quelques recettes de celle de son aîné l’iBook : un peu de fun apporté par des couleurs variées, moins de mémoire vive, moins de stockage, un écran plus petit et moins défini, une connectique plus limitée… Là où le Neo s’appuie sur un processeur issu de l’iPhone, l’iBook conservait le PowerPC G3 du PowerBook, mais à une fréquence inférieure et sur une carte mère au bus bien plus lent. Mais comme son prédécesseur, le Neo ne renonce ni à son autonomie, ni à sa robustesse. L’iBook était même un exemple en la matière, sa coque de polycarbonate ayant été conçue pour résister aux chutes de la hauteur d’une table.

Évidemment, le temps a passé, l’eau a coulé sous les ponts, et la comparaison se heurte à quelques réalités : iBook et PowerBook partageaient une même conception largement basée sur le plastique, des batteries remplaçables en un clin d’œil et sans outil, et une vraie évolutivité grâce aux barrettes de mémoire vive et aux disques durs de 2,5 pouces standards à l’époque. Mais l’on peut souhaiter au Neo la même descendance que l’iBook, dont les modèles blancs ont dignement porté l’entrée de gamme de la marque – malgré quelques rares problèmes de carte mère – jusqu’à leur remplacement par le MacBook en 2006.

La tentation du recyclage

Créer une nouvelle gamme plutôt que de maintenir un vieux modèle au catalogue, ce n’est pas un réflexe chez Apple. La marque aurait pu choisir de conserver un MacBook Air M2 au catalogue, quitte à le moderniser un peu et à le renommer MacBook Air SE ou… MacBook Aire, comme elle l’a fait avec la série d’iPhone SE aujourd’hui remplacée par les modèles 16e puis 17e.

Cette approche consistant à greffer des pièces déjà anciennes à un nouveau modèle, c’était aussi celle du Mac mini de janvier 2005. À cette époque, ce nouveau modèle était venu offrir une porte d’entrée à 500 dollars dans le monde du Mac de bureau, aux côtés du puissant Power Macintosh G5 (démarrant à 2000 dollars) et des tout-en-un iMac G5 (1300 dollars) et eMac G4 (800 dollars). Son processeur à 1,25 Ghz était équivalent au haut de gamme du Power Macintosh G4 d’août 2002, mais avec seulement le quart de sa mémoire cache.

Un Mac à 499 dollars, ça a été possible.

Cette fois-ci, c’est un peu différent. Le MacBook ne s’appuie pas sur un ancien modèle de Mac, il transplante une technologie de la gamme iPhone dans un Mac. Le processeur A18 Pro n’est pas un vieux processeur de Mac, c’est un processeur d’iPhone d’il y a seulement un an (bien qu’amputé d’un petit cœur GPU au passage). Pour Apple, cela permet de réduire les références nécessaires dans son approvisionnement, et pour l’utilisateur, cela garantit la présence de quelques-unes des technologies qui étaient absentes du M1 ou du M2 plus anciens pour des performances tout à fait comparables.

C’est donc une vraie nouveauté dans l’approche d’Apple, rendue possible par sa maîtrise de plus en plus complète du matériel et du logiciel. Et soyons honnêtes : s’il est envisageable aujourd’hui de concevoir un Mac autour d’un processeur d’iPhone, c’est bien parce que l’écart entre ces deux mondes est moins marqué qu’autrefois. Non seulement macOS peut maintenant se contenter d’un processeur de téléphone, mais un Mac portable peut rivaliser avec un bon Mac de bureau qui n’a pas encore fêté son premier anniversaire !. De quoi faire rêver l’iBook et le PowerBook G3 qui n’auraient pas osé se comparer au puissant Power Macintosh G4…

Et quelques ratés à ne pas reproduire

On saura bientôt si ce MacBook Neo laissera le même souvenir que le MacBook (tout court), le modèle 12 pouces de 2015 qui était venu concurrencer le MacBook Air en intégrant un processeur Intel Core M très basse consommation, sacrifiant les performances sur l’autel de la compacité, du silence et de la réduction de prix. Non seulement il avait mis le bazar dans la gamme, mais il avait inauguré le clavier papillon de bien sinistre mémoire…

L’autre souci de l’entrée de gamme, c’est aussi qu’elle conduit parfois Apple à se désinteresser des mises à jour, comme on a pu le constater avec le Mac mini de 2014, resté près de quatre ans au catalogue. Le MacBook Air de 2015, lui aussi, a fait les frais de la cacophonie de la gamme à cette époque-là, traînant jusqu’à son remplacement en 2018. L’iPhone SE, de son côté, a tendance à laisser passer deux voire trois cycles de mise à jour : ainsi le premier modèle embarquait encore un processeur d’iPhone 6s dans un design d’iPhone 5s alors que sortaient les iPhone XS et XR, tandis que le troisième modèle faisait survivre le design de l’iPhone 8 en 2025, aux côtés de l’iPhone 16 !

On pouvait encore acheter ce téléphone il y a deux ans !

Vous me direz, venant d’une marque qui a été capable de conserver à son catalogue un même Mac Pro pourtant hors de prix durant plus de deux mille jours, le souci n’est pas forcément lié au positionnement de la machine dans la gamme, mais plutôt à des questions d’allocation de ressources, de priorités… et à l’intérêt que lui portent les clients.

C’est peut-être aussi pour cela qu’Apple n’a pas nommé son MacBook « SE » : il n’est pas impossible que l’on assiste à une mise à jour régulière du modèle grâce aux processeurs d’iPhone de l’année précédente. Plutôt que de conserver durant deux ou trois ans un modèle « SE » à la manière de l’iPhone ou de l’Apple Watch, Apple pourra ainsi faire bénéficier son Neo du rythme de développement qu’elle impose déjà à son iPhone.

Le pire est (loin) derrière nous

Ne nous plaignons pas trop. Même les modèles SE et leur rythme de renouvellement pas folichon nous auraient fait rêver il y a trente ans (purée, trente ans…), quand Apple frôlait la banqueroute et sacrifiait tous ses principes pour tenter de s’aligner sur les prix des cloneurs de Mac et des fabricants de PC. C’était l’époque de l’infâme Power Macintosh 4400, lent, pataud et bruyant, ou du calamiteux Performa 5260, intégrant tout ce qui pouvait se faire de pire dans le beau boîtier tout-en-un de l’époque, pour s’aligner sur le prix des PC de supermarché : processeur anémique, mémoire cache amputée, carte mère antédiluvienne et même un écran 14 pouces à vous faire saigner les yeux (j’exagère à peine).

À la lumière de cette rapide rétrospective – à laquelle on aurait pu ajouter, pour les nostalgiques du Newton, quelques mots sur l’eMate 300 – il semblerait que le MacBook Neo soit né sous les meilleurs auspices. Gageons qu’Apple saura en tirer le meilleur parti et le faire évoluer régulièrement (a priori avec une V2 dès l’année prochaine ?).

En tout cas, si vous nous accordez votre confiance en nous permettant d'atteindre le dernier palier du financement du projet sur Ulule, le Neo aura sa place dans le deuxième tome des souvenirs de l'aventure Apple !


  1. Cinq ans avant l’iBook G3 à 300 Mhz, Apple avait présenté les PowerBook de la série 500, équipés de processeurs 68LC040 cadencés à 25 ou 33 Mhz, de lecteurs de disquettes, et des tout premiers trackpads de l’histoire… et d’écrans en couleurs uniquement sur les modèles les plus coûteux !  ↩︎

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