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L'offensive de charme d'Apple en Allemagne : Tim Cook et John Ternus en quête d'alliés face à l'Europe

Christophe Laporte

mercredi 08 juillet 2026 à 07:59 • 28

AAPL

Alors qu'il ne reste plus que quelques semaines à Tim Cook avant de passer le relais, l'actuel CEO d'Apple continue de chaperonner son successeur désigné, John Ternus. Hier, les deux hommes ont été aperçus dans l'Idaho pour la traditionnelle conférence de Sun Valley, accompagnés par un Eddy Cue toujours aussi redoutable dans la gestion de son agenda.

Rendez-vous annuel très fermé organisé par la banque d’affaires Allen & Co, la conférence de Sun Valley est souvent surnommée le « Davos des milliardaires ». Loin d'être un événement public, c'est avant tout un carrefour de réseautage privilégié où se croisent les grands patrons de la tech, des médias et de la finance, et où se nouent régulièrement des accords industriels majeurs.

Mais avant de rejoindre les montagnes de l'Idaho, le duo Cook-Ternus avait un autre rendez-vous stratégique à son agenda : un entretien en visioconférence avec Markus Söder, le puissant ministre-président de la Bavière, en présence de Matt Browne, le directeur des affaires gouvernementales européennes d'Apple. Si une rencontre au sommet avec le dirigeant d'un Land allemand peut surprendre de prime abord, elle illustre en réalité un mouvement de fond opéré par la Pomme en Europe au cours de la dernière décennie.

Image : Markus Söder - © Superbass / CC-BY-SA-4.0

Le tropisme allemand d'Apple

À tous les niveaux, Apple a méthodiquement renforcé sa présence outre-Rhin, souvent au détriment d'autres pays voisins. Il faut dire que comparativement à la France ou à l'Italie, l'Allemagne offre à la firme de Cupertino un environnement des affaires particulièrement bienveillant. Les désaccords avec les pouvoirs publics existent, certes, mais ils se règlent généralement par le dialogue et le consensus, plutôt que de se terminer systématiquement devant les tribunaux avec de lourdes amendes à la clé.

Le premier Developer Center européen d

Le premier Developer Center européen d'Apple ouvrira prochainement à Berlin

Cette lune de miel se traduit par des investissements importants. Ce n'est pas un hasard si Apple a choisi Berlin pour installer son tout premier Developer Center européen, un espace pensé pour accueillir les développeurs lors de sessions en présentiel, d'ateliers et de laboratoires d'ici la fin de l'année.

Image : Apple

La Bavière, de son côté, s'est imposée comme le cœur de la R&D d'Apple sur le Vieux Continent. C'est à Munich que trône l'European Silicon Design Center, le plus grand hub d'ingénierie de l'entreprise en Europe. Dédié à la conception de puces, à la gestion de l'énergie et aux technologies sans fil, ce site a d'ailleurs fait l'objet d'une rallonge budgétaire d'un milliard d'euros annoncée en 2023 pour l'ouverture de trois nouveaux centres de recherche.

Sur son site Apple a une page qui fait la promotion de Munich et de la Bavière.

L'ombre du DMA et de l'intelligence artificielle

Personnage politique influent et haut en couleur, Markus Söder n'a pas manqué de capitaliser sur cet entretien pour faire la promotion de sa région. Sur X, le ministre-président s'est félicité de ces « bons échanges » avec la direction d'Apple concernant les investissements continus de la marque en Bavière :

« La Silicon Valley rencontre la Bavière : Apple et la Bavière sont deux marques fortes au niveau mondial. J'ai eu de bons échanges aujourd'hui avec le PDG d'Apple, Tim Cook, et son successeur, John Ternus. La Bavière est considérée comme la Silicon Valley de l'Europe. Nous sommes fiers que des acteurs mondiaux comme Apple, tout comme de jeunes start-ups, investissent et se développent chez nous. À Munich, Apple compte désormais plus de 2000 emplois. »

Mais au-delà des politesses économiques, la publication de Markus Söder met en lumière un enjeu beaucoup plus politique. Le dirigeant bavarois y exprime de vives inquiétudes concernant la surréglementation autour de l'intelligence artificielle et de la protection des données.

Image : Markus Söder

Des propos qui résonnent fortement avec le climat actuel, alors que le lancement de Siri AI est reporté indéfiniment en Europe en raison des incertitudes liées au Digital Markets Act (DMA).

« Bavière dit oui à la technologie et à l'avenir – car cela garantit des emplois et de la création de valeur dans le pays. L'UE doit également garder cela à l'esprit : la surréglementation, par exemple en matière d'IA et de protection des données, ne doit pas nous couper du progrès technologique. Nous voulons façonner l'avenir et ne pas nous contenter de regarder. »

Si Markus Söder ne nomme pas explicitement le Digital Markets Act (DMA), sa pique adressée à Bruxelles est sans équivoque. En pointant du doigt le risque d'une « surréglementation » européenne en matière d'intelligence artificielle, le ministre-président bavarois vend clairement la mèche sur la teneur des discussions. Le calendrier de cette rencontre ne doit d'ailleurs rien au hasard : il y a quelques jours à peine, Tim Cook a en effet tenu une réunion virtuelle avec Henna Virkkunen, l'une des figures clés de la tech au sein de l'Union européenne, afin de trouver une issue au bras de fer autour des fonctions d'IA générative de Siri.

En fin de compte, cet entretien bavarois fait d'une pierre deux coups. Outre l'introduction officielle de son successeur auprès d'acteurs politiques majeurs, Apple cherche activement des appuis pour obtenir un assouplissement, ou du moins une clarification, des règles européennes. L'Allemagne étant la voix la plus influente dans les couloirs de la Commission à Bruxelles, la firme de Cupertino semble y avoir trouvé un allié de poids pour relayer ses inquiétudes face à la pression réglementaire.