Le bras de fer entre l'Europe et Google continue. L'entreprise américaine vient de procéder à plusieurs ajustements de son moteur de recherche afin de satisfaire le régulateur européen. Mountain View se veut alarmiste : selon elle, ces changements vont « dégrader l'expérience utilisateur ». Ils représentent « la plus forte baisse de la qualité de service » qu'ait connue le moteur de recherche au cours de ses 29 ans d'histoire, a déclaré un responsable de Google à Reuters.

Bruxelles a infligé en juillet une amende de 460 millions d’euros à Google pour avoir favorisé ses propres services dans les résultats de recherche. Le Digital Markets Act (DMA) interdit en effet aux « contrôleurs d’accès » de réserver un traitement de faveur à leurs produits face à ceux de la concurrence. La Commission reprochait notamment à Google de mettre davantage en avant ses propres services dans les domaines du shopping, des hôtels, des transports ou encore du sport.
Pour entrer dans les clous, Google revoit donc la présentation de certaines recherches en Europe. Lors d’une recherche d’hôtel, de vol ou de restaurant, les comparateurs et autres moteurs spécialisés pourront désormais apparaître tout en haut de la page, devant les établissements concernés. Le carrousel regroupant hôtels, compagnies aériennes ou restaurants sera repoussé plus bas et perdra certaines informations pratiques, comme les prix en temps réel. L’ordre de ces différents services restera déterminé par l’algorithme de Google.
Google assure que personne n’y gagne vraiment. L’entreprise affirme que ses précédents ajustements imposés par le DMA ont déjà entraîné une baisse de 30 % du trafic de réservation gratuit et direct vers des entreprises européennes. Elle dit également avoir testé ses nouveaux résultats auprès de millions d’utilisateurs en Europe, avec un niveau élevé d’insatisfaction à la clé : certains auraient notamment dû reformuler leurs recherches pour trouver ce qu’ils cherchaient. Bruxelles présente de son côté ces mesures comme un moyen de rééquilibrer les conditions de concurrence, le DMA interdisant justement à Google d'utiliser son moteur pour accorder un traitement préférentiel à ses propres services.
Les plus taquins rappelleront que Google se débrouille très bien tout seul pour saborder son propre produit : dès 2024, l'entreprise promettait de redresser la barre en faisant le tri dans les contenus de mauvaise qualité et les spams. Elle a récemment ajouté des réponses par IA qui, selon une extrapolation, pourraient donner des millions de mauvaises réponses par heure. Gros utilisateur de moteurs de recherche pour le travail, cela fait maintenant quelques années que je suis passé à Kagi sans regret. Sans forcément mettre la main à la poche, beaucoup semblent eux aussi chercher une porte de sortie : selon les chiffres communiqués par DuckDuckGo, les installations de son application ont nettement bondi aux États-Unis dans la foulée de la dernière Google I/O, avec un pic de 69,9 % en glissement hebdomadaire sur iOS.













