Suites de l'affaire sur l'entente illicite sur le débauchage

Florian Innocente |
Apple et quelques-uns de ses concurrents/partenaires avaient bien convenu d'une politique visant à ne pas débaucher leurs employés respectifs. C'est ce que démontre un document du Département américain de la justice datant de 2010. Apple, Google, Intel, Adobe, Intuit et Pixar avaient trouvé un accord avec le gouvernement en mai dernier, sans reconnaître toutefois leur culpabilité.

adobe

Mais un ex-employé de LucasFilm avait poursuivi ces entreprises pour violation des lois antitrust du fait de l'existence de ce pacte de "non-agression". La semaine prochaine un tribunal de San José doit se repencher sur l'affaire.

Le document rendu public produit quelques extraits de courriers électroniques. Par exemple en mai 2005, l'alors PDG d'Adobe, Bruce Chizen, met en copie Steve Jobs d'un courier interne. Theresa Townsley, la directrice des ressources humaines d'Adobe, y explique à ses subordonnés que les deux PDG sont tombés d'accord pour qu'aucune action de débauchage mutuel ne soit engagée, et cette politique doit s'appliquer à toutes les filiales. Elle fait état au passage d'un recrutement en cours qui doit être interrompu.



Avril 2007, c'est cette fois un courrier interne de Pixar qui stipule qu'un "gentleman agreement" prévient désormais toute tentative de recruter quelqu'un chez Apple, sur le modèle de ce qui a été déjà établi avec LucasFilm. À l'inverse, Ed Colligan, patron de Palm, avait décliné une proposition d'accord de Steve Jobs, mettant également en garde le PDG d'Apple sur le possible caractère illégal de sa démarche.

Ces accords, explique aussi le document, n'avaient pas de limite géographique ni temporelle. Il était aussi prévu que si un employé d'un concurrent se présentait de son propre chef, son employeur serait averti de sa démarche. Il s'agissait de repousser également les candidatures parfaitement spontanées. C'est ce verrouillage organisé dans les opportunités de changement de poste, d'employeur et d'évolution de carrière (voire aussi de salaire) qui ont motivé l'ancien ingénieur de LucasFilm à porter plainte (lire Apple encore inquiétée pour entente illicite).

Sa procédure étant menée dans le cadre d'une class action, s'il elle venait à être jugée favorablement elle pourrait bénéficier à d'autres employés.

Tags
avatar noooty | 
Le pire, pour moi, c'est le pas de limite temporelle... Tu as travaillé il y a 20 ans pour une des boîtes, et être sur liste noire de toutes les autres... Glups... Cela dit, ce truc est interdit en France, mais certaines boîtes le pratiquent... Généralement des grands groupes interdisant ad vitæm eternam des mouvements internes...
avatar Mathias10 | 
En même temps, tout le monde crie au scandale sur les hauts salaires, et ironiquement, tout le monde crie au scandale parce qu'il y a des ententes... Je sais qu'il n'y a pas que l'empêchement de la flambé des salairas mais aussi la non mobilité qui est décriée mais je ne comprend pas pour autant qu'on en fasse tout un plat.
avatar chamo | 
@noooty Non, ce n'est quand même pas ça. On parle ici de [b]débauchage[/b], donc si tu n'es plus dans la boîte depuis 20 ans, ni même depuis quelques mois, rien n'empêche les autres boîtes de te recruter.
avatar rokdun | 
@mathias10 ceux qui ont les hauts salaires et ceux qui sont coincés par cette entente anti-débauchage ne sont pas tout à fait les mêmes...
avatar liocec | 
Ce qui me fait super, super, mais super rire, c'est de trouver des traces de ces accords cachés, de voir que des PDG du niveau de SJ s'envoient par email des documents compromettants sans imaginer que quelqu'un pourrait parvenir en avoir une copie !!!! À croire que SJ et les autres n'ont jamais tapé une ligne de code, ni compris quoi que ce soit à l'informatique...
avatar flette | 
Il y a aussi l'inverse. Les cabinets de recrutement qui systématiquement "chasse" les salariés qui ont 4 ou 5 ans d'ancienneté pour les placer ailleurs. Ce jeu de chaises musicales est leur fond de commerce.
avatar GillesB | 
En France, il existe des clauses de non-concurence qui permettent d'éviter de voir un employé important débauché par un concurrent!
avatar bigham | 
[quote=chamo]Non, ce n'est quand même pas ça. On parle ici de débauchage, donc si tu n'es plus dans la boîte depuis 20 ans, ni même depuis quelques mois, rien n'empêche les autres boîtes de te recruter.[/quote] Si on prend de lire le texte de l'article, on peut lire ceci : "Il était aussi prévu que si un employé d'un concurrent se présentait de son propre chef, son employeur serait averti de sa démarche. Il s'agissait de repousser également les candidatures parfaitement spontanées. " Bref, penser à lire avant de répondre à côté. Je ne jetterai pas le premier menhir car cela m'arrive aussi.
avatar neoantho | 
@ bigham Les deux cas de figure sont différents : le texte fait référence au blocage des candidatures spontanées de personnes qui travaillent toujours chez le concurrent qui en est averti alors que l'autre situation serait celle d'une personne sans emploi au moment de sa candidature.
avatar Feroce | 
"En France, il existe des clauses de non-concurence qui permettent d'éviter de voir un employé important débauché par un concurrent!" En France, je ne sais pas comment ça fonctionne, mais ça existe aussi en Belgique. Sauf que, pour que cette clause soit valable, elle est encadrée, limitée dans le temps, et bien entendu génère en contrepartie une indemnité souvent copieuse. Inutile de dire qu'elle ne fonctionne, en plus de cela, qu'à partir d'une certaine tranche de salaire, et donc est orientée vers les postes à responsabilité. Je me souviens de mon précédent patron qui m'avait mis une clause de 24 mois de non concurrence, sans préciser le montant et la durée de l'indemnité alors que je gagnais au moment de l'embauche royalement 1150 euros net :-) Je l'ai laissé faire, sachant qu'elle ne serait pas défendable en justice. Et je suis parti à mon aise à la concurrence...
avatar thierfeu | 

En France c'est pareil : limitée dans le temps et l'espace géographique dans la limite du raisonnable
L'indemnité est de l'ordre de la moitié du salaire quand la clause est mise en œuvre
Pas souvent appliquée pour la majorité des salariés car ça coute cher

CONNEXION UTILISATEUR