Suite aux annonces de Nvidia hier, beaucoup se demandent si l’industrie du PC va connaître son fameux « moment M1 ». L'espoir de voir débarquer sur le marché de nouvelles machines offrant un véritable bond de performances, capable de donner un coup de fouet salvateur aux ventes d’ordinateurs, est palpable.
Nvidia RTX Spark : Apple Silicon a-t-il enfin un vrai concurrent sur PC ?
Les marchés financiers, en tout cas, semblent y croire. Dans un climat plus volatil que jamais, l’action ARM bondissait de plus de 15 % tandis que celle de Nvidia s’appréciait de 6 %. À l’inverse, l’ancien monde faisait grise mine : Intel et AMD reculaient respectivement de 4,6 % et 1 %. Ces mouvements sont certainement un tantinet exagérés, tant le marché du PC ne pèse plus grand-chose face à l'insatiable appétit des data centers pour soutenir le boom de l’intelligence artificielle.
Il faudra toutefois patienter encore quelques mois pour juger des mérites réels de cette nouvelle puce RTX Spark, Nvidia s'étant montré assez avare en détails techniques lors de sa présentation. L’architecture Apple Silicon va-t-elle enfin avoir du fil à retordre ?
Un face-à-face en demi-teinte sur le processeur
Sur le papier, l'architecture a de quoi intriguer. Nvidia combine un processeur central Grace (sous architecture ARM) doté de 20 cœurs, un circuit graphique Blackwell RTX fort de 6 144 cœurs CUDA et des cœurs Tensor de cinquième génération. Le tout peut s'appuyer sur 128 Go de mémoire unifiée et une interconnexion maison NVLink-C2C assurant une bande passante massive (600 Go/s) entre les composants. Cependant, au-delà des déclarations dithyrambiques du caméléon sur la puissance brute de sa puce, il convient de la confronter directement aux solutions d'Apple.
En l'absence de données officielles, il faut se tourner vers un test de performances apparu sur Geekbench en juin 2025. Repérée à l'époque par Wccftech avant d'être retirée, cette fuite concernait un prototype nommé N1x, qui préfigurait logiquement l'annonce d'aujourd'hui. Cadencée à 2,81 GHz, cette puce affichait un score de 3 096 points en simple cœur et 18 837 points en multicœur.
À première vue, le résultat n'a rien d'ébouriffant lorsqu'on le met en perspective avec l'offre d'Apple. Un MacBook Pro 16 pouces équipé d'un "vieux" M3 Max culmine déjà à près de 21 000 points en multicœur. Pire encore pour Nvidia, la génération actuelle remet violemment les pendules à l'heure : un M5 avec ses 10 cœurs dépasse les 17 000 points, tandis que le M5 Max à 18 cœurs s'envole autour des 30 000 points en multicœur, avec des performances en simple cœur écrasantes (plus de 4 200 points). Sur le strict plan du processeur central, devoir aligner 20 cœurs pour faire à peine jeu égal avec des puces Apple nettement moins dotées n'est pas particulièrement impressionnant. Bien que ce test N1x date d'un an et s'appuie sur une version de présérie, les délais incompressibles de fabrication laissent supposer que l'architecture finale n'a pas dû être bouleversée entre-temps.
L’IA et la finesse de gravure comme juges de paix
Outre les réserves inhérentes à l'usage d'un prototype, le véritable problème de ce banc d'essai est qu’il est profondément incomplet. Les outils comme Geekbench font la part belle au CPU, or, historiquement, l'expertise de Nvidia réside dans les puces graphiques. Le test sera autrement plus intéressant pour Apple lorsqu'il s'agira d'observer le comportement de ses Mac face à la référence incontestée des GPU.
Lors de sa grand-messe, la direction de Nvidia a d'ailleurs lourdement insisté sur les capacités en intelligence artificielle de la RTX Spark, s'appuyant sur un écosystème logiciel déjà extrêmement robuste pour en exploiter le moindre transistor. C’est sans doute là que se situe le nerf de la guerre à court terme. À l'instar du marché du PC gamer qui a explosé il y a quelques années, la demande pour des ordinateurs capables de faire tourner de lourds modèles d'IA en local est de plus en plus forte. Sur ce segment, les contraintes de budget sont souvent secondaires pour les professionnels. Apple a d'ailleurs pu le constater avec le succès presque inattendu des Mac mini et Mac Studio, qui se défendent remarquablement bien à ce petit jeu de la puissance brute.
NVIDIA says app compatibility won’t be a concern on its ARM-based RTX Spark PCs.
— Shishir (@ShishirShelke1) June 1, 2026
At Computex, Jensen Huang said these PCs can run “every application Windows has ever run.”
Windows on Arm has traditionally relied on emulating x86 apps, which has occasionally led to compatibility… pic.twitter.com/wvv4qg5hqs
Enfin, un dernier point risque de s'avérer très inconfortable pour Apple. On l’a souvent répété : Nvidia est devenu le plus gros client de TSMC depuis quelques mois. Pour la première fois depuis bien longtemps, un concurrent direct pourrait être en mesure de commercialiser des ordinateurs bénéficiant de procédés de gravure plus performants que ceux réservés à Apple. Un scénario tout simplement inenvisageable il y a quelques années encore, et qui doit très certainement donner des sueurs froides aux dirigeants de Cupertino.













