L’arrivée de Nvidia sur le terrain d’Apple et de ses puces Mx apparaît soudaine, mais en filigrane, c’est très différent. Non seulement la réflexion date déjà de plusieurs années en arrière entre Satya Nadella (Microsoft) et Jensen Huang (Nvidia), mais en plus ce dernier a des attentes précises, quoique très « rêve d’adolescent » : recréer par sa puissance les intelligences artificielles les plus connues de l’univers cinématographique, comme le rapporte The Verge.

L’image est certes poussée, mais derrière il y a toute une réflexion : ce que sera l’informatique d’ici quelques années. Et l’idée n’est pas si aberrante, avec une référence à Star Trek très poussée, prenant en exemple la scène où l’ingénieur en chef de l’équipe, revenu dans le passé, se met à parler à une souris en pensant qu’elle allait lui répondre comme le fait l’ordinateur de bord de l’Enterprise. Ce n’est pas l’idée de supprimer toutes les autres interfaces, c’est surtout celle de voir la commande à la voix devenir si efficace qu’elle en devient prépondérante sur toutes les autres, devenant naturelle.
Ce n’est pas la seule idée mise en lumière par Jensen Huang d’ailleurs, celui-ci imaginant un futur proche où l’ordinateur principal serait accessible de n’importe où :
Si je veux parler à mon ordinateur portable aujourd’hui, je dois attendre d’arriver à la maison. Dans le futur, si je veux que mon ordinateur fasse quelque chose pour moi, j’ai juste à lui envoyer un message sur WhatsApp. J’ai juste à dire « R2-D2, fais cette manipulation sur la présentation PowerPoint, slide 17. Cette image n’est pas à la bonne taille ou le titre est erroné. Ça ne devrait pas être écrit CX9 mais CX10. R2-D2 ouvre le PowerPoint, le modifie, l’exporte en PDF et me l’envoie. Vous imaginez ça ? Cool non ?
Et pourquoi avoir tant de puissance à disposition sur un ordinateur personnel alors que le cloud peut déjà le faire ? Le point défendu par le CEO de Nvidia semble d’une logique simple :
Vous ne voulez pas qu’absolument tout passe par le cloud, parce que si vous pouvez le faire faire à votre ordinateur, ça devient gratuit. Pourquoi louer une télévision ? Vous allez l’utiliser tous les jours. Pourquoi louer un lave-vaisselle, alors que vous l’utiliserez peut-être une fois par semaine ? En revanche, pourquoi louer un réfrigérateur ? Parce que vous l’utiliserez tous les jours. De la même manière, pourquoi louer un assistant IA ? Parce que vous l’utiliserez, lui aussi, tous les jours.
Et le patron de Nvidia pense aussi, bien entendu, au contrôle des données personnelles et à l’absurdité d’envoyer des données à traiter pour ensuite les récupérer :
Quoi, utiliser Claude pour contrôler mon ordinateur ? Ça va pas non ? C’est absurde ! Je veux mon R2-D2 ! Je veux qu’il complète certaines tâches pendant que je suis en déplacement. Si je pars en keynote, et que j’ai un bout de code à finir… J’ai une idée ? J’appelle R2-D2, tous les fichiers sont déjà sur mon ordinateur, tous les outils sont présents aussi, il a juste à faire le boulot. Vous ne pouvez pas faire ça avec Claude Code dans le cloud.
Les idées sont intéressantes sur le papier, Nvidia a probablement les capacités nécessaires pour apporter la puissance utile à cet usage, reste cependant un élément que Jensen Huang ne contrôle pas, et c’est là qu’intervient Microsoft pour Nvidia : c’est à l’entreprise de Redmond, et aux divers partenaires, de créer l’environnement logiciel capable de donner vie à cette vision du CEO de Nvidia.
Nvidia RTX Spark : Apple Silicon a-t-il enfin un vrai concurrent sur PC ?
Reste un autre souci : le coût. La première version de Spark, avec ses 128 Go de RAM, est capable de faire fonctionner un agent IA avec 120 milliards de paramètres. Suffisant pour réaliser les rêves de Jensen Huang ? Probablement pas encore, ou pas de manière fluide. Et un ordinateur doté de ce type d’architecture ira probablement flirter avec les 3 000 dollars, de l’aveu même de Jensen Huang.
Dans un premier temps, le RTX Spark sera probablement décliné dans une version moins puissante, avec 16 Go de RAM, et sera décliné dans toute une gamme afin de toucher un maximum de public aux attentes différentes. Mais tout ceci n’est que le début :
Les N2X et N3X sont déjà prévues, et le N1X est appelé ainsi car il existe une version plus légère appelée N1. Nous allons étendre la gamme. Nous allons prolonger cette architecture pour un sacré bout de temps.
La plus grande surprise, au final, n’est peut-être pas de voir Nvidia arriver avec des processeurs IA très puissants, mais plutôt de la voir arriver aux mêmes conclusions qu’Apple : l’IA personnelle n’est pas, loin de là, amenée à rester cantonnée au cloud de manière définitive et exclusive. Elle doit au contraire se rapprocher de l’utilisateur, et s’intégrer dans l’appareil qu’il utilise, ou au moins dans un appareil personnel interrogeable à distance, plutôt que de passer par des serveurs distants n’appartenant pas à l’utilisateur.
Nvidia pourrait donc devenir le plus grand concurrent à terme d’Apple dans le domaine de l’intelligence artificielle personnelle. Mais le pari est a beaucoup plus de variables qu’à Cupertino : quand l’Apple Park compte sur lui-même et uniquement ses propres technologies (à terme, une fois émancipée de Google), Nvidia semble vouloir s’appuyer sur un partenariat de long terme avec Microsoft. L’avenir sera-t-il une redite du combat Apple vs Wintel, cette fois-ci sous la forme d’une lutte Apple vs WinVidia ?













