Google aurait abandonné l'idée de créer sa voiture

Nicolas Furno |

Après Apple, Google sera-t-il le suivant dans la liste des entreprises high-tech à avoir abandonné des ambitions de constructeur automobile ? Le géant de la recherche était aussi parmi les pionniers dans le domaine de la conduite autonome et il avait même présenté un premier prototype de Google Car dès 2014. En 2015, l’entreprise avait même créé une filiale spécialement pour construire des voitures. Malgré tout, les plans auraient changé en interne si l’on en croit le très bien informé The Information.

Rendu d’artiste de ce qu’aurait pu être la Google Car (image Google).

À dire vrai, ce n’est pas vraiment nouveau, puisque le directeur de Google X, la branche expérimentale à laquelle appartient la voiture autonome, avait prévenu il y a plus d’un an. Google ne deviendra pas un constructeur automobile, il fournira son savoir-faire et ses services aux constructeurs automobiles, comme Android pour les smartphones. Manifestement, ce n’était pas quelque chose de sûr à l’époque et il y a eu de nombreux débats en interne.

The Information indique ainsi que dans l’équipe de Chauffeur, le nom de la branche dédiée à la conduite autonome au sein de Google, beaucoup parmi les 500 employés voulaient produire une voiture de bout en bout. Avec l’idée qu’en retirant le volant et les pédales inutiles pour une voiture autonome, on pouvait repenser totalement l’intérieur du véhicule pour améliorer le confort des passagers. C’était d’ailleurs l’objectif principal de « koala », le surnom utilisé en interne pour le prototype de 2014.

D’après le site, cette voiture autonome ne devait jamais servir à un projet commercial, mais uniquement pour montrer ce que Google pouvait produire sans avoir à composer avec les contraintes de la conduite traditionnelle. Et aussi percevoir comment un tel véhicule pourrait être jugé à l’usage par les premiers passagers qui ont testé l’une de ces voitures koala. Bridées à 40 km/h, ces petites voitures sympathiques n’ont finalement jamais quitté le quartier de Mountain View où Google est implanté.

L’intérieur de l’un des prototypes koala, sans volant, ni pédale. Deux fauteuil et une console de contrôle minimaliste entre les deux : c’est un véhicule nettement simplifié. Cliquer pour agrandir

Après ce prototype, Google devait décider entre trois options, de la plus difficile à la plus facile : suivre la voie de la voiture conçue en interne avec un tout nouveau modèle ; s’associer avec un constructeur automobile pour construire une nouvelle voiture autonome ; ou signer un partenariat avec un constructeur automobile pour ajouter l’équipement nécessaire à la conduite autonome. C’est cette dernière option qui a été finalement choisie et Google a signé un accord avec Fiat Chrysler pour utiliser un monoplace de la marque.

À l’époque, on pensait que Google cherchait à tester un véhicule de plus grande taille pour compléter son expérience de la conduite autonome. En fait, il s’agissait d’un changement de stratégie selon The Information, qui glisse que les débats en interne ont été intenses. À tel point que le projet Chauffeur a connu plusieurs désistements importants au cours de l’été : Chris Urmson était à la tête du projet, mais il voulait poursuivre la voie de la voiture développée en interne et il a été remplacé par Larry Page.

Le dernier à partir, Bryan Salesky, était à la tête du matériel au sein de Chauffeur et il était sur la même ligne que Chris Urmson. Le message est assez clair si l’on en croit le site : la direction de Google a tranché et le projet s’est éloigné de la conception d’une voiture au profit de projets plus rationnels et surtout plus commerciaux.

C’est cette voiture de Chrysler, le Pacifica, qui représentera désormais les Google Car. Cliquer pour agrandir

L’ambition de Chauffeur serait en effet de répondre à Uber avec un service de voitures autonomes partagées qui serait lancé d’ici à la fin de l’année 2017. C’est le plan, mais Google n’a pas encore testé de voiture fournie par Fiat Chrysler, puisque les premiers modèles devraient arriver en toute fin de cette année. Si tout va bien, des versions modifiées par Google du Pacifica pourraient servir à lancer un service commercial d’ici l’année prochaine.

Reste la question légale, la plus compliquée à régler. Même si Google parvient à lancer un service commercial l’an prochain, il serait extrêmement limité dans un premier temps, sans doute à une seule ville. Chauffeur pourrait se lancer à Austin, au Texas, puisque l’entreprise y a déjà mené des tests. Ou bien du côté de Phoenix, cette fois en Arizona, un autre État ouvert sur le plan législatif. Par ailleurs, les premiers modèles ne seront probablement pas complètement autonomes. Google viserait un niveau 4 d’autonomie, celui où un conducteur est optionnel, mais où le véhicule ne sait pas faire face à n’importe quel cas.

Concrètement, cela voudrait dire que les voitures de Chauffeur se limiteraient à une zone bien précise, et une zone « facile ». Les rues très accidentées de San Francisco ou très encombrées de Manhattan ne conviendraient pas, par exemple. En outre, le climat doit être sec (les capteurs actuels sont vite perturbés par la pluie), mais pas trop chaud non plus pour éviter la surchauffe. Pour finir, Google envisagerait même de laisser un chauffeur dans les voitures pour respecter les législations en place…

Voici ce que « voit » une Google Car. Cliquer pour agrandir

Google est peut-être l’un des acteurs les plus avancés sur le marché, mais même lui n’est pas prêt de lancer une voiture vraiment autonome. Néanmoins, ce que l’entreprise cherche avant tout, c’est de collecter des données et lancer un service de voitures partagées à la Uber, aussi limité soit-il, aussi peu autonome soit-il, est un excellent moyen de faire rouler ses capteurs.

Récupérer un maximum d’informations et faire rouler des véhicules sur un maximum de kilomètres est le seul moyen de mener à l’autonomie complète. Google l’a bien compris, mais ce n’est pas le seul : c’est aussi l’ambition principale d’Uber et même Tesla a suivi cette voie. Le constructeur pionnier de l’électrique se prépare aussi à l’autonomie totale avec un nouveau matériel nettement plus sophistiqué. Néanmoins, les fonctions ne sont pas activées et pour le moment l’autopilote se contente d’enregistrer ce qui se passe et d’envoyer les données à Tesla.

L’objectif du constructeur d’Elon Musk est de procéder au premier trajet autonome entre les deux côtes des États-Unis d’ici à la fin de l’année 2017. La même date qui aurait été choisie en interne par Google, ce qui n’est sans doute pas un hasard.

avatar teejay | 

Citation : En outre, le climat doit être sec (les capteurs actuels sont vite perturbés par la pluie), mais pas trop chaud non plus pour éviter la surchauffe. Pour finir, Google envisagerait même de laisser un chauffeur dans les voitures pour respecter les législations en place…

Je suis plié en deux, quelle fumisterie ce système. Qui va laisser rouler des merdes pareilles qui ont un potentiel de dangerosité si important !!!

avatar Hoooti | 

@teejay

Je me pose la même question avec les vieux de plus de 80ans au volant...
/troll

avatar House M.D. | 

@Hoooti

On est d'accord, quand je vois des petits vieux prendre des rues à contre-sens, et bien d'autres erreurs, ou des jeunes tellement absorbés par leur SMS qu'ils ne regardent pas ce qui se passe en roulant, je me dis que finalement les voitures autonomes sont peut-être plus sûres, même à leur stade actuel de développement...

avatar Manubzh | 

oh ce commentaire XD, c'est tellement vrai en plus...

avatar ddrmysti | 

C'est ce que je me disais, ça fait une plombe qu'on entend parler des google car, de leur sécurité, des millions de kilomètres avalés sans accident, que c'est le futur. Sans parler des mecs sur les forums qui nous insultes parce qu'on a une voiture et qu'on a pas le même mode de vie qu'eux qui leur permet de n'utiliser que des transports en commun, montrant les voitures autonomes comme l'avenir et que bientôt ils n'y aurait plus que les abrutis qui auraient encore une voiture, etc…

Et là on nous dis qu'en réalité ces voitures ne sont capables de se conduire seules que dans des situations faciles…

Bah les extrémistes des transports en commun vont devoir patienter encore quelque temps avant de voir l'hégémonie du monde tel qu'ils voudraient l'imposer…

avatar hautelfe | 

Je n'ai pas compris le lien entre monde des extrémistes des transports en commun et les Google Car.
Ils imaginent des bus sans conducteur ?

avatar ddrmysti | 

Rapport à une discution il y a quelque temps où des mecs insultaient ouvertement les personnes possédant une voiture en disant que s'ils ne s'en passaient pas c'est juste qu'ils ne voulaient pas faire un petit effort, et que de toute façon d'ici pquelque temps le concept même de voiture personnelle allait disparaitre, remplacé par ce genre de voiture autonome et partagées.

Mais au delà de tout ce que l'abandon pur et simple de la voiture personnelle poserait comme problèmes pour beaucoup, on dirait que leur fantasme d'un monde sans voiture risque de devoir attendre quelques décennies.

avatar Hideyasu | 

@teejay

C'est sur que si on réuni toutes les conditions, elle va pas rouler longtemps la voiture ...

avatar Dr. Kifelkloun | 

@teejay Je suis plié en deux, quelle fumisterie ce système. Qui va laisser rouler des merdes pareilles qui ont un potentiel de dangerosité si important !!!

Quand on voit le nombre de morts et blessés sur les routes françaises, il devrait juste y avoir un devoir d'humilité... Hier encore un gamin de 4 ans s'est fait massacrer par un chauffard qui a pris la fuite. Çhaque année des milliers de vies sont enlevées ou brisées, des familles sont endeuillées, et toit tu parles de "potentiel de dangerosité si important" pour ces voitures. Totalement pathétique !

avatar poco | 

Ca vieindra, mais pas au rythme de ces personnes qui travaillent sur des projets totalement dématérialisés comme Google.

On entre dans la vraie vie, avec des législations frontalières (et non plus une jungle transfrontalière comme ils en ont l'habitude), de l'industriel, du sécurisé (un bug informatique sur un moteur de recherche ou un OS bureautique c'est pas les mêmes conséquences qu'un bug sur le système de pilotage d'un véhicule autonome et là on ne supporte pas que les clients soient les béta-testeurs)…

L'industrie c'est aussi des lourds investissements qui se font sur une durée incompatible avec les cycles connus des GAFAs. C'est une gestion du personnel qui n'a rien à voir non plus etc…

Bref, Google ou Apple faisant une voiture c'est comme Mercedes ou Renault se mettant à faire un moteur de recherche ou des iPhone.

Seul Elon Musk a une âme d'industriel pour se lacner dans ces projets. C'est un Ingénieur à la Eiffel ou à la Louis Renault et encore son projet Tesla a du mal à décoller et il n'est pas dit qu'il ne doive s'allier avec un vrai constructeur historique quand ces derniers vont se lancer massivement dans la course. Porsche en a fait la démonstration récemment.

avatar narugi | 

@poco

Je partage votre point de vue. Faire un téléphone ce n'est pas faire une voiture sans vouloir manqué de respect aux ingénieurs.

avatar poco | 

Ce sont tous des ingénieurs mais dans différents métiers.

avatar lolo57 | 

En même temps si Apple ou Google voulait faire des voitures il leur serait extrêmement facile de faire un gros chèque pour s'acheter un constructeur. Renault c'est 25 Milliard d'euros, une paille.
Le problème est simplement financier, le secteur automobile dégage de petites marges, et cela n'intéresse ni Apple ni Google.

avatar ecosmeri | 

@lolo57

Petite marge? Pas sur.

Quand tu vois que tu peux acheter des bagnoles avec 25% de remise assez facilement ( sachant qu'il est interdit de vendre a perte) c'est qu'il doit encore y avoir de la marge...mais je me trompe peut être.

Dalleur il faudrait également distinguer le marge du constructeur et celle du concess

avatar poco | 

La marge constructeur (càd avant la marge du vendeur) est très petite en comparaison de ce que les GAFAs connaissent et les risques industriels sont énormes, les besoins en capitaux très lourds, et l'horizon sur la rentabilité des capitaux investit est lointoin...

avatar marenostrum | 

smartphone ou voiture c'est pareil, sauf que le smartphone n'est pas autonome. comme eux cherche à faire avec la voiture.

même Gaddafi il a fait une voiture. mais c'était pas autonome. une voiture, train, avion, etc, tout le monde peut le faire mais pas autonome. c'est le dernier mot qui est irréalisable. parce que il faut inventer une intelligence artificielle, que l'homme peut pas le faire, parce qu'il est sot lui même. l'intelligence lui manque déjà.

avatar k43l | 

"Seul Elon Musk a une âme d'industriel"

Ouais doucement quand même. Je dirai surtout qu'il a commencé par le commencement... Créer un processus industriel pour construire des voitures.

Ca parait bête mais si on passe pas par là, je vois comment on veut faire sa voiture sur schéma en passant à l'industrialisation direct. Le savoir faire s'achète (la masse d'ingénieur que ce soit Apple ou Google qu'ils ont engagés) mais il faut aussi l'acquérir par la pratique.
Et il est certain qu'ils ont sous estimé cette dernière.

avatar zxspectrum | 

@k43l

Avec une imprimante 3D ?
?

avatar VinceVN | 

Phoenix, c'est pas plutot en Arizona?

avatar Nicolas Furno | 
@ VinceVN : oups, corrigé, merci !
avatar VinceVN | 

J'admire la maniere de retourner la phrase... :)

avatar Nicolas Furno | 
@ VinceVN : c'est un métier ! ?
avatar BeePotato | 

« Les rues très accidentées de San Francisco ou très encombrées de Manhattan ne conviendraient pas, par exemple. »

Notons que question encombrement, les rues d’Austin ne sont pas mal non plus.

« mais pas trop chaud non plus pour éviter la surchauffe. »

Ah. Là, du coup, je ne suis pas sûr qu’Austin et Phoenix soient de bons coins pour se lancer. :-)

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