Il y a quinze ans, presque jour pour jour, Steve Jobs foulait la scène de la WWDC pour y animer son tout dernier keynote. Aujourd'hui, l'histoire bégaie : c'est au tour de Tim Cook de tirer sa révérence, marquant un nouveau jalon décisif dans l'histoire d'Apple.
Siri pourrait presque être le fil rouge qui relie ces deux époques. En juin 2011, il n’était pas encore question de l’assistant d’Apple, mais son code devait déjà se planquer dans les recoins d’iOS 5. Difficile de penser à l’époque que cette technologie si prometteuse deviendrait l’un des boulets de l’ère Tim Cook.
Une approche transversale
En bon maître de cérémonie, Tim Cook a rapidement passé le relais à ses lieutenants pour détailler la feuille de route logicielle. Et la première véritable surprise de cette édition réside dans la forme. Fini le traditionnel passage en revue, OS par OS, des nouvelles fonctionnalités. Craig Federighi a préféré adopter une approche transversale en divisant les annonces en trois chapitres distincts : les améliorations pour les plate-formes, la sécurité et la confidentialité, et enfin, l'incontournable duo Apple Intelligence et Siri.
Comme on pouvait s'y attendre, la Pomme a corrigé les excès de Liquid Glass. macOS a été particulièrement mis en avant, comme si le constructeur cherchait à se faire pardonner l’intégration un brin maladroite de cette nouvelle interface l'an dernier. Symbole de ce mea culpa : Apple s’est sentie obligée d'annoncer fièrement l'harmonisation de l'arrondi des fenêtres pour toutes les applications Mac. Que ce détail purement cosmétique doive faire l'objet d'une annonce en grande pompe en dit long sur le chantier qu'il a fallu mener en coulisses.
Apple va permettre d'ajuster Liquid Glass avec iOS 27, macOS 27 et les autres
Des optimisations à tous les étages
Baptisé Golden Gate, macOS 27 bénéficie, à l'instar d'iOS et d'iPadOS, d’optimisations en profondeur. Du processeur au réseau, Apple promet un système beaucoup plus réactif, avec des animations accélérées et un sentiment de fluidité omniprésent. Sur iPhone et iPad, le lancement des applications s'annonce 30 % plus rapide. Reste à voir si, dans la vraie vie, Numbers parviendra enfin à ouvrir un document partagé sans nous laisser le temps de descendre prendre un café.
Sur le plan technique, le gestionnaire des tâches du processeur a été revu de fond en comble pour maximiser les performances, un mécanisme pensé pour redonner un coup de fouet aux anciennes machines. C’est d’ailleurs l’une des excellentes surprises de la soirée côté compatibilité : si macOS tire cette fois un trait définitif sur l'ère des Mac Intel, iOS 27 continuera, pour sa part, de tourner vaillamment sur l’iPhone 11. Par contre, Apple a fait un gros ménage sur watchOS 27 ne supportant que très peu de modèles existants.
Les premières bêtas d’iOS 27 et macOS Golden Gate 27 disponibles pour les développeurs
macOS Golden Gate 27 est uniquement compatible avec les Mac Apple Silicon
watchOS 27 largue déjà la Series 9 et la première Apple Watch Ultra
Des fondations flambant neuves pour la recherche
Apple s'est enfin décidée à s'attaquer à un chantier de longue haleine : la fonction recherche a été revue de fond en comble. Que ce soit au sein de Spotlight, de Photos ou de Mail, l'ensemble repose désormais sur de toutes nouvelles fondations, communes à iOS, iPadOS et macOS Golden Gate. Le moteur d'indexation, pointé souvent du doigt dans Photos et Mail, a été entièrement rebâti avec une double promesse : vitesse et fiabilité. Vivement la rentrée !
Le contrôle parental passe à l'âge adulte
C'est peut-être la nouveauté la plus inattendue de cette présentation, mais elle s'inscrit pile dans l'air du temps. À l'heure où les gouvernements du monde entier accentuent la pression sur les géants de la tech pour encadrer l'usage des écrans chez les plus jeunes, Cupertino revoit sa copie de fond en comble. Exit le contrôle parental à l'ancienne, souvent perçu comme une usine à gaz punitive. Apple introduit un véritable système de « comptes pour enfants » bardé de nouvelles fonctionnalités.
Temps d’écran gère désormais le quotidien de manière beaucoup plus finaude. Le système fait enfin le distinguo entre la semaine et le week-end, et permet de ventiler le temps imparti selon la nature des activités (réseaux sociaux, jeux, divertissement). Pour les parents à bout de nerfs, Apple a même intégré des boutons salvateurs permettant de mettre l'appareil sur pause immédiatement.
Bien sûr, la Pomme ne perd pas le nord et met en avant la possibilité d'attribuer un appareil dédié à chaque enfant. Mais la vraie plus-value réside dans l'arsenal d'outils présentés : des filtres capables de détecter à la volée les contenus sensibles envoyés ou reçus, et un suivi bien plus granulaire. Pour muscler ce dispositif, Apple déploie de nouvelles barrières explicites, notamment de nouveaux outils pour lutter activement contre l'exposition à la pornographie. Par ailleurs, la sécurité sort du cadre strict du web pour s'attaquer aux messageries : le système exigera désormais l'autorisation expresse d'un parent dès qu'un enfant tentera d'entrer en relation avec un nouveau contact non répertorié.
La grande force de cette refonte réside également dans sa progressivité. Ce nouveau contrôle parental est conçu pour évoluer dynamiquement avec l’âge des enfants, relâchant la bride à mesure qu'ils grandissent. Pour concevoir cette approche qu'elle veut la plus aboutie possible, Apple s’est entourée d'un panel de spécialistes de l'enfance et de médecins. Pour autant, Cupertino se garde bien de faire de l'ingérence : la solution se veut un outil d'accompagnement, laissant systématiquement le dernier mot aux parents, qui restent les seuls maîtres à bord pour gérer le quotidien de leur foyer.
Pour s'assurer que ces garde-fous ne restent pas cantonnés aux applications maison, Apple ne s'est pas contentée de mettre à jour les réglages d'iOS 27 et de macOS Golden Gate. La firme de Cupertino fournit aux développeurs tiers toute une panoplie de nouvelles API. Une ouverture indispensable pour que les applications de l'App Store puissent, elles aussi, intégrer nativement ces mécanismes de protection et de respect de la vie privée
Le discours offensif d’Apple sur l’IA
Offensive, Apple a indéniablement cherché à l’être sur le front de l’intelligence artificielle. La Pomme s’est posée en donneuse de leçons, taclant au passage toutes ces sociétés qui cherchent à intégrer l’IA à toutes les sauces, sans la moindre réflexion et avec une pudeur toute relative concernant les données de leurs utilisateurs. Comme à son habitude, Apple a plaidé pour une intelligence artificielle au service exclusif de l'utilisateur, respectueuse de la vie privée et fonctionnant, autant que faire se peut, en local.
Pourtant, le constructeur a dû faire une concession de taille en reconnaissant que ses nouveaux modèles ont été mis au point, en partie, avec l'aide de Gemini de Google. Cette citation explicite du concurrent de Mountain View peut surprendre, mais au vu des relations actuelles avec OpenAI, il faut sans doute y voir un message subliminal adressé à son (nouveau) meilleur ennemi.
Apple officialise une refonte de l'architecture d'Apple Intelligence grâce à Gemini
Des modèles plus performants et mieux intégrés : voici, en substance, le message de la firme avant d'entrer dans le vif du sujet. Cette nouvelle génération de modèles locaux s'annonce bien plus puissante, promettant d'améliorer drastiquement la dictée vocale ainsi que la compréhension du langage naturel et des images. En parallèle, pour pallier les limites du traitement local, c'est un modèle général fourni par Google qui se chargera d'apporter les informations piochées sur le web.
Le modèle local pour Apple Intelligence nécessite un Mac M3, un iPad M4 ou un iPhone 17 Pro ou Air… et 12 Go de RAM
La découverte (tardive) du chatbot
Sur scène, l’enthousiasme débordant des cadres d’Apple s'est parfois avéré un brin gênant. Certes, les fonctionnalités présentées sont alléchantes, mais il flottait comme un air de déjà-vu. Difficile de ne pas y voir une redite du Siri présenté deux ans plus tôt, qui promettait déjà d’analyser tout ce qu'il se passait sur votre écran.
La véritable information, c’est qu’Apple a finalement « découvert » ChatGPT entre-temps et a décidé d'intégrer un chatbot au cœur de ses logiciels, à sa propre sauce. Avec la nouvelle Siri AI App, vous pouvez désormais interroger l’IA partout, à n’importe quel moment, le tout sous le sceau sacro-saint de la confidentialité. Ne boudons cependant pas notre plaisir : c’est bien cette intégration viscérale au plus profond des systèmes d’exploitation qui rendra ce combo redoutable au quotidien.
Apple dévoile un nouveau Siri beaucoup plus malin carburant à l'IA
Pour illustrer l’intérêt de Siri, certaines démos étaient pour le moins étonnantes. Le responsable simulant un intérêt soudain pour la Coupe du Monde s’est attardé sur le prometteur Brésil-Maroc, puis a subitement demandé à l’assistant d’Apple de lui lister les plats typiques de ces deux pays, avant de lui faire générer la liste de courses détaillée pour se lancer dans une recette. Étonnant…
L'IA s'invite dans les moindres recoins
Outre ce chatbot, Visual Intelligence fait le grand saut et débarque enfin sur Mac. Derrière cette appellation, on trouve des fonctions très pragmatiques pour le quotidien — comme le partage de l'addition — mais surtout la possibilité d’analyser une image ou un PDF à la volée pour générer des actions concrètes. Les outils de rédaction, de leur côté, montent en gamme : ils sont désormais capables d’adapter dynamiquement votre ton et votre style d'écriture en fonction de votre interlocuteur. Pratique pour éviter les impairs avec son patron ou ses beaux-parents.
Seul bémol, et l'histoire se répète inlassablement chez Cupertino : ce Siri sous stéroïdes sera, dans un premier temps, exclusivement réservé aux anglophones. Apple promet l'arrivée rapide de nouvelles langues, mais il faudra sans doute s'armer d'un peu de patience avant de pouvoir converser dans la langue de Molière.
Avant de refermer ce copieux chapitre logiciel, Apple a balayé, pêle-mêle, une myriade de petites nouveautés saupoudrées d'intelligence artificielle :
- Safari : Le navigateur maison gagne un regroupement d'onglets piloté par l'IA et pourra vous alerter, en langage naturel, du moindre changement repéré sur une page web. Plus bluffant, il sera possible de concevoir une extension en la décrivant simplement avec des mots de tous les jours. Enfin, le gestionnaire intégré franchit un cap : il pourra désormais se charger de mettre à jour vos mots de passe à votre place.
- Domotique : Les caméras de sécurité gagnent en jugeote et sont maintenant capables de générer des descriptions textuelles de ce qu'il se passe à l'image. En parallèle, l'application Maison vous épargnera les avalanches d'alertes grâce à des résumés intelligents de vos notifications.
- Productivité : L’application Téléphone devient plus contextuelle : appelez un service client (comme une compagnie aérienne) et l'interface affichera spontanément les informations pertinentes glanées dans vos mails ou vos notes. Côté automatisation, la création de Raccourcis pourra enfin se faire sur une simple description textuelle. Enfin, l'application Messages permettra de transformer n'importe quel échange en note ou en tâche en un clin d'œil, histoire de ne rien laisser passer.
La douche froide européenne en guise de conclusion
Si Tim Cook a bien pris soin de faire ses adieux en bonne et due forme pour son ultime tour de piste en tant que CEO, la séquence émotion a été passablement éclipsée par la douche froide administrée quelques instants plus tôt par Craig Federighi. Le patron du logiciel a en effet officialisé la mauvaise nouvelle que tout le monde redoutait en silence.
À cause du DMA, Siri AI passera purement et simplement son tour sur iOS 27 et iPadOS 27 dans l'Union européenne. Heureusement qu'il nous restera le Mac pour essuyer les plâtres... Plus sérieusement, Craig Federighi n'a pas caché sa rancœur, se disant « profondément déçu » de priver les utilisateurs européens de ces nouveautés à l'automne. Le dirigeant a sèchement renvoyé la balle dans le camp de Bruxelles, fustigeant le refus des régulateurs de s'engager de manière constructive sur des solutions préservant la sécurité et la vie privée des utilisateurs. Résultat des courses : Apple n'a, à ce stade, pas le moindre calendrier à communiquer pour une sortie européenne sur iPhone et iPad.
Siri AI : disponible en anglais uniquement à la sortie, et pas de date pour l'UE 🆕
On pourra toujours se rassurer (ou pas) en constatant que la Pomme se heurte exactement au même mur réglementaire en Chine. Il n'empêche : entre le départ historique de son patron et ces bras de fer législatifs assumés au grand jour, rarement un keynote d'ouverture de la WWDC aura revêtu une telle dimension politique.













