Israël, l’autre terre promise d’Apple

Anthony Nelzin-Santos |

La probable venue de Tim Cook à Herzliya, au nord de Tel-Aviv, offre une occasion de rappeler l’importance de l’industrie informatique israélienne. Apple a tardé à rejoindre la centaine de ses concurrents déjà installée en Israël, mais il s’agit déjà de sa première présence hors de ses bases américaines. Il faut dire que l’endroit regorge d’ingénieurs de talent, qui ont fondé plus d’une cinquantaine de sociétés cotées au NASDAQ et des dizaines de start-ups que les géants du web s’arrachant. Au point de parfois ressembler à une seconde Silicon Valley.

Dans les locaux d'Apple à Herzliya. Image GSM Israel.
Dans les locaux d'Apple à Herzliya. Image GSM Israel.

La Silicon Wadi, deuxième Silicon Valley

Israël consacre près de 4 % de son PIB à la recherche et au développement — seule la Corée du Sud fait mieux. Le pays peut ainsi se prévaloir de compter le plus grand nombre de diplômés universitaires per capita dans le monde, et le nombre le plus élevé de start-ups technologiques hors des États-Unis. Le quart de la population active travaille dans des domaines techniques, une particularité inscrite dans l’histoire même du pays : la diplomatie israélienne aime à rappeler les mots de David Ben Gourion, qui disait que « la recherche scientifique [est] un facteur central […] de la vie d’un peuple civilisé ».

Un facteur soutenu par l’effort de guerre, évidemment, mais pas seulement : la recherche agronomique et le génie civil ont été érigés en conditions même du développement du pays, tout comme la recherche médicale et pharmaceutique assure le futur de ses forces vives. Quoi que l’on pense de la politique israélienne, il est indéniable qu’elle a permis l’émergence d’une ingénierie de pointe, comme les besoins de l’armée américaine ont posé les bases de ce qui est devenu la Silicon Valley.

Le Matam, à Haïfa. Image officielle.
Le Matam, à Haïfa. Image officielle.

Le parallèle ne s’arrête pas là : comme la Silicon Valley s’est structurée autour de Stanford, la Silicon Wadi est alimentée par le Technion, l’Institut Weizmann, et d’autres grandes universités. Cette vallée n’a toutefois de vallée que le nom — la « scène » israélienne s’organise plutôt autour de points chauds comme Tel-Aviv, Ra’Anana et Herzliya, Rehovot et Rishon, ainsi que Haïfa. Jérusalem elle-même accueille une demi-douzaine de parcs technologiques.

Motorola s’est installée dans la région dès les années 1960 : elle y a notamment développé le processeur 68030 des Macintosh SE/30 et PowerBook 140. IBM s’y est établie dix ans plus tard, et y compte désormais trois centres de recherche, dont son plus grand en dehors des États-Unis. Plus récemment, Google y a développé quelques-unes des fonctions les plus importantes de son moteur de recherche, à commencer par la « saisie semi-automatique ».

Un haut lieu de l’industrie des semi-conducteurs

Parmi les sociétés de premier plan présentes en Israël, on pourrait aussi citer Microsoft, Samsung, Dropbox, HP, Dell, Qualcomm, ou encore Cisco. Mais la plus importante est sans aucun doute Intel, qui n’est rien de moins que le premier employeur privé du pays. Le fondeur y a conçu ses principales puces mobiles, y fabrique les processeurs Haswell, et devrait bientôt y disposer de la première usine capable de graver en 10 nm.

Intel a entraîné dans son sillage une myriade de spécialistes des semi-conducteurs, aujourd’hui très réputés… et très courtisés. Amazon a encore tout récemment acheté Annapurna Labs, qui développait en toute discrétion des puces puissantes et économes à destination des data-centers. Une acquisition très spécialisée qui en rappelle une autre : celle d’Anobit, au tout début de l’année 2012, par Apple.

Anobit était déjà un partenaire privilégié de la firme de Cupertino : elle ne l’a pas achetée pour se réserver sa production de contrôleurs mémoire, mais d’abord et avant tout pour établir une tête de pont en Israël. Les fondateurs et les principaux cadres d’Anobit sont vite partis, suivis par une cinquantaine des 200 salariés de la société. Réorganisée et recentrée, Anobit a servi de cœur au développement du « campus Maskit », celui-là même que Tim Cook doit venir inaugurer.

L'Apple Shop de l'aéroport Ben Gourion, à Tel Aviv. Merci Yohann.
L'Apple Shop de l'aéroport Ben Gourion, à Tel Aviv. Merci Yohann.

Si ce campus est appelé à devenir la principale « base » d’Apple en Israël, ce ne sera probablement jamais la seule : la firme de Cupertino semble vouloir s’installer au plus près des bassins de recrutement à travers le pays. Ainsi, elle n’a pas hésité à s’installer dans la ville voisine de Ra’anana pour y recruter les ingénieurs débarqués par Texas Instruments. Elle y possède maintenant l’une des toutes meilleures équipes spécialisées en intégration à très grande échelle, qui a gagné ses lettres de noblesse avec la petite merveille qu’était — et est encore — l’Apple A7.

Un futur plein d’intelligence artificielle

Plus au nord, Apple s’est aussi installée au Matam, le grand parc technologique de Haïfa où l’on trouve aussi IBM, Google, Microsoft et Intel. Un ancien de Big Blue formé au Technion dirige d’ailleurs, avec l’ancien directeur de la filiale israélienne de Texas Instruments, un lieu devenu le centre névralgique de la conception et du contrôle qualité des processeurs d’Apple. Haïfa et Herzliya se partagent aujourd’hui les dizaines d’offres d’emploi dans le domaine des semi-conducteurs publiés par la firme de Cupertino.

Des offres d’emploi qui mentionnent régulièrement un domaine auquel on associe rarement Apple : la vision artificielle. Il ne faut pas oublier que la firme de Cupertino a acheté PrimeSense, dont les technologies peuvent avoir une utilité bien au-delà du simple cadre ludique du Kinect. Apple ne s’intéresse peut-être qu’aux capteurs CMOS de la société — mais si elle s’intéresse aussi à la vision artificielle, Israël est là encore un lieu d’intense recherche.

Tim Cook rencontre le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à Cupertino, en mars 2014. Image officielle.
Tim Cook rencontre le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à Cupertino, en mars 2014. Image officielle.

Google travaille sur le sujet, et de manière plus générale sur l’apprentissage automatique et l’intelligence artificielle, à Haïfa et Tel-Aviv. Intel quant à elle fondé le Collaborative Research Institute for Computational Intelligence, à cheval sur le Technion et l’Université de Jérusalem, pour travailler notamment sur la vision artificielle et les agents intelligents. De nombreuses start-ups israéliennes et une demi-douzaine de laboratoires universitaires défrichent le terrain, présentant leurs résultats dans une conférence annuelle à Tel-Aviv.

Les processeurs des iPhone et les contrôleurs des SSD des Mac auraient pu être développés à Cupertino, à Austin, ou ailleurs. Il ne fait toutefois aucun doute que le vivier de talents israéliens a considérablement augmenté les capacités d’Apple en la matière : elle aurait tort de se priver d’y puiser, alors que tous ses concurrents le font. Si Tim Cook va seulement maintenant officialiser la situation, la sortie d’Apple hors de ses murs cupertiniens n’est plus une hypothèse. À présent que l’on évoque une voiture autonome et la vision artificielle, c’est plutôt une partie de son avenir.

avatar falemaster | 

Waw ce titre ...

avatar Skittou | 

+1

avatar Boud | 

Totalement d'accord .... D'ailleurs je me demande bien c'est quoi la première.

avatar yohann22 | 

J'en reviens tout juste ce matin, je vous ai envoyé une photo du 1er Apple Store officiel d'Israël

avatar Siilver777 | 

Titre excellement bien trouvé, et l'article est très complet, on en apprend des choses. Je ne savais pas que l'A7 provenait des R&D israeliennes d'Apple par exemple, ou les SDD des Mac, ou la future usine 10nm d'Intel… Il semble que l'innovation est désormais plus présente en Israël qu'aux USA.

avatar Stardustxxx | 

Le Pentium Core a été developpé par Intel Israel, une réponse a la catastrophe Pentium 4.

avatar R1x_Fr1x | 

"Catastrophe Pentium 4" ?? Jamais de toute ma vie je n'ai été aussi beau, aussi puissant, aussi charismatique que le jour où j'annonçais à mes potes avoir un PC sous Pentium 4.... Inoubliable... le dernier proc à m'avoir fait cet effet était le 486 SX.... maintenant nos iPhone sont même plus puissant que ces PC :) c'est fou, qu'est-ce que ça passe!

avatar jb18v | 

ben le P4 est quand même une fuite en avant qui a simplement permis de grimper en fréquence sans repenser l'architecture et la consommation, c'était peut être puissant mais pas du tout équilibré comme les processeurs de génération Core et suivants ;)

avatar Stardustxxx | 

Une fuite en avant bloquée par des contraintes physiques (la fréquence et la dissipation thermique).

Quand tu annonces que le Pentium 4 est prévu pour fonctionner jusqu'a 10 GHz, et qu'en pratique il n'est pas capable de dépasser 3.8 GHz, c'est un échec cuisant ;)

avatar melaure | 

Une belle et grosse daube à coté du PowerPC ... je faisais du calcul distribué à cette époque et le G4 mettait de telles baffes au P4 ...

avatar Boud | 

En théorie, en pratique la daube c'était le PowerPC. Cela dit le P4 aussi est resté extrêmement théorique, mais finalement ils étaient tous les deux nuls.

avatar Adama | 

Des talents, il y en a partout lorsque l'état met les moyen dans le moteur populaire qu'est l'éducation

avatar lmouillart | 

"Un facteur soutenu par l’effort de guerre, évidemment, mais pas seulement"
Oui enfin c'est pas du tout neutre en terme de développement de très haute technologies, l’influence est de tout premier ordre. Notamment car l'index de militarisation du pays est le plus élevée du monde : http://gmi.bicc.de/index.php?page=ranking-table?year=2013&sort=index_desc

avatar Lolo2000 | 

Faites moi un jeux de mot avec Haïfa!

avatar Lolo2000 | 

Haïfa chaud ici en!

avatar Alberto8 | 

Modéré : HS

avatar eliel | 

@phoenix

Ah oui ? Pkoi donc ?

avatar brasco | 

Pays de partage et de renOuveau?? Looooooooooool

avatar phoenixback | 

@brasco :
Sisi tu as bien lu haha

avatar eliel | 

@oomu :
Ce n'est pas le lieu pour une discussion politique sur Israël, mais juste de manière brève, les religieux orthodoxes les plus extrêmes ne sont ps du tout ceux qui sont pour l'établissement d'implantations en territoires disputés.

avatar R1x_Fr1x | 

lol, "territoires disputés" mais évidemment ce n'est pas le lieu pour faire de la politique hein ;) mais "territoires disputés"

avatar eliel | 

Oui territoires disputés est la correcte dénomination d'après le droit international, car ces territoires n'ont jamais appartenu par le passé à un état souverain et qu'ils sont tombé dans le giron d'israel suite à une guerre gagné par cette dernière.

Maintenant je sais que de nombreux journalistes, pour des raisons idéologiques qui sont les leurs vont utiliser le terme de territoire occupé, toutefois cela ne vas pas changer la situation juridique et histoire de ces territoires.

Si vous souhaitez en apprendre d'avantage je vous propose un lien assez objectif qui rassemble les différents lexiques qui existent sur ce conflit, en plus l'auteur est une journaliste que j'ai eu le plaisir de connaitre en vrai à Jérusalem, et qui est non juive et pas foncièrement de droite (dans le sens pro-israélien), si ca peut vous rassurer sur l'impartialité de l'article :p

Lien de l'article :

http://www.slate.fr/story/46595/israel-palestine-guerre-mots-colonie-imp...

Sur ce, bonne journée à tous ;)

avatar dand17 | 

@Aimstar95C : Désolé de dire mais c'est totalement faux ce que tu dis ....

Sinon par rapport à l'article cela fait depuis longtemps qu'Israel est à la pointe des centres de recherches, d'ailleurs à partir de septembre prochain je vais faire un stage et une formation chez CISCO à Netanya à coté de Tel-Aviv.

avatar thesupertimal | 

Moi je dis félicitations au système de formation en Israël. Et puis en France, on devrait plutôt se demander pourquoi les Intel and Co. ne sont pas suffisamment intéressés par nos centres R&D pour venir dépenser leurs $ chez nous.

avatar Laurent S from Nancy | 

Quid du speech d'Hollande sur la recherche lors des premiers jours de son investiture...

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