Interview Quark : “Nous n'avons pas de demandes pour des licences dans le nuage”

Florian Innocente |
Après l'annonce d'XPress 10 au coeur de l'été, nous avons discuté avec l'éditeur sur la nouvelle version de son application de PAO ainsi que sur les évolutions de ce marché de la PAO. Un secteur qui bouge, avec de nouveaux usages, mais où la production vers les supports papier demeure, encore aujourd'hui, largement majoritaire.



XPress 10 est le fruit de 3 ans de travail, explique Stéphane Dayras, directeur technique Europe. La version précédente logiciel était arrivée en avril 2011. On en connaît les principales nouveautés : réécriture avec le framework Cocoa pour moderniser les fondations du logiciel ; interface sur OS X revue et corrigée ; tout nouveau moteur graphique "Xenon" et de multiples petites améliorations fonctionnelles, dont certaines étaient réclamées depuis des années par les utilisateurs.

Plus conforme aux règles de programmation en vigueur aujourd'hui sur OS X, cette version d'XPress est quasiment déjà prête pour Mavericks. Les cycles de sortie des prochaines versions ne changeront toutefois pas : une majeure tous les 12/18 mois et des correctifs trimestriels.

Interface et productivité



500 boites de dialogue revues dans l'interface, d'autres, supprimées, 1200 icônes redessinées… Quark dit avoir mené un travail de fond pour simplifier certains comportements de son logiciel et l'adapter visuellement aux écrans Retina des derniers Mac.

L'éditeur met en avant des améliorations dans l'organisation de l'espace de travail à l'écran. Avec des palettes que l'on peut aimanter autour de l'écran tandis que le document, au centre, s'ajuste en fonction de ces repositionnements. Même l'incontournable palette d'outils peut être redimensionnée à l'horizontale et rangée dans le groupe des palettes sur la gauche de l'écran. Ce volet sait aussi s'effacer d'un clic pour donner toute la place au document (le mode plein écran d'OS X est aussi présent). Cet agencement des palettes peut être, au besoin, enregistré pour une restauration en cas de modifications.


Nouvel emplacement possible pour la palette d'outils


Parmi les fonctions qui manquaient inexplicablement et qu'XPress propose enfin, on trouve la prévisualisation du document dans la fenêtre d'impression. Un aperçu qui s'adapte au fichier de description de l'imprimante et qui montre les fonds perdus et autres hirondelles.



Quark a changé d'autres aspects et comportements de base de son logiciel : des vignettes de chemin de fer plus grandes et dans lesquelles on circule au clavier ; un import des derniers formats de fichiers Word avec leurs images et leurs liens hypertextes ; le surlignage dans un texte des passages où manquent les polices prévues à l'origine ; l'application d'un style plus rapide puisqu'il suffit de placer le curseur au milieu du texte concerné et de créer le style pour qu'il soit aussitôt appliqué, etc.


Signalement des passages où manquent les bonnes polices



La palette des couleurs est redimensionnable et l'on peut entrer les codes RGB directement, plutôt que des pourcentages


Parmi les autres améliorations à signaler (liste complète chez Quark) : la fermeture automatique des formes réalisées en courbes de Bézier ; la fenêtre de dialogue bloquante à l'écran qui apparaissait lors de la modification des valeurs d'un bloc a été remplacée par divers petits onglets dans la palette des spécifications ; la création de QR Code ou encore l'enregistrement des caractéristiques d'un objet lorsqu'on en fait souvent de mêmes types.



Nouveau moteur graphique


Le gros morceau d'XPress 10 est son moteur graphique - pour l'affichage des images - qui complète les travaux réalisés dans les versions antérieures sur les moteurs de composition et de typographie. Quark remise ainsi d'autres moteurs, comme le JAWS de Global Graphics pour les PDF, au profit d'un développement réalisé par ses équipes.

"Xenon" est identique sur OS X et Windows, il tire parti en premier lieu des caractéristiques matérielles de la machine : CPU, GPU et écran. Même sur un Mac de quelques années avec 2 ou 4 Go de RAM, les performances sont bonnes, nous a assuré Quark (le démonstrateur utilisait un MacBook Pro 17" Core 2 Duo). Les images s'affichent automatiquement dans la meilleure définition en fonction du matériel utilisé.


XPress 9 versus XPress 10


Il n'y a plus à choisir entre une prévisualisation en haute ou basse définition. Dans les documents PDF, les polices, vecteurs et transparences sont respectés. Il n'est plus nécessaire non plus d'aplatir les transparences comme précédemment.


Manipulation d'un PDF


XPress 10 est compatible à partir d'OS X 10.7 (Leopard et Snow Leopard ont été abandonnés) et il n'ouvrira aucun fichier antérieur à la version 7. Quark admet volontiers qu'il a encore une base non négligeable d'utilisateurs qui travaillent sur des versions 5 ou 6 et quelques-uns même sur la robuste 3.31. Mais cette rétrocompatibilité arrêtée à XPress 7 a été dictée par des considérations techniques, explique Stéphane Dayras. La v.7, qui avait déjà profité de plusieurs transformations de fond, avec par exemple son moteur typographique, est assez proche dans son fonctionnement de la v.10. Cette version 10 est actuellement en précommande, avec une disponibilité prévue autour du 16 septembre.

DesignPad



Cette annonce d'XPress 10 ne s'est pas accompagnée d'une refonte de l'application DesignPad pour iPad [gratuite]. On a déjà parlé à quelques reprises de ce logiciel de (très petite) PAO sur iGeneration. Nos critiques sur son interface pas franchement léchée et ses limitations fonctionnelles n'ont pas soulevé de protestations particulières chez nos interlocuteurs. Elle a servi de galop d'essai pour son éditeur et il est prévu qu'elle évolue (la dernière mise à jour n'est pas ancienne, elle date de mai). D'autres développements sont prévus sur iOS, mais sans plus de détails sur leur nature.



Tarifs et cloud



XPress demeure un logiciel onéreux et cette version n'a rien changé, la 10 coûte 1400€ HT (1120€ avec la promotion en cours) et 449€ en mise à jour (359€ en promotion). Lorsqu'on fait remarquer que ces niveaux tarifaires n'ont guère évolué à la baisse au fil des années, Quark renvoie d'abord vers les évolutions qualifiées d'importantes réalisées sur son logiciel, comme l'App Studio pour générer du contenu en direction des tablettes et liseuses. En clair, on paye cher, mais le logiciel progresse régulièrement de façon significative.

D'autre part, Quark assume son positionnement de fournisseur de solutions d'entreprise vers des PMI/PME et grands comptes. Dans ce contexte, les prix ne sont plus considérés au niveau des licences du logiciel, mais dans le cadre d'offres plus globales.

Pour autant, Stéphane Dayras insiste sur le fait que les indépendants et les structures de quelques personnes seulement ne sont pas oubliés. L'éditeur évoque à ce titre les promotions proposées aux utilisateurs restés sur des versions 6 pour passer sur la 9 au prix d'une mise à jour, et bénéficier de la 10 dans la foulée.

« On continue les deux lignes "desktop" et "entreprise" » précise Stéphane Dayras « avec autant d'efforts pour les uns que pour les autres. Aujourd'hui, on se rend compte que beaucoup de graphistes et de clients en général apprécient de revenir sur XPress pour différentes raisons. Il y a la dominance d'Adobe qui commence à agacer des gens, comme nous-mêmes avons agacé du temps de notre hégémonie. Des gens commencent à avoir le même ressenti, des clients que nous croisons nous le disent.

Puis il y a la politique tarifaire d'Adobe avec le cloud où des clients, surtout en entreprise, considèrent cela comme une épée de Damoclès avec des mises à jour qu'ils sont obligés de faire, des licences globales qu'ils doivent acheter même s'ils n'ont pas l'utilité de tous les logiciels. Ils apprécient d'avoir un acteur comme nous qui offre encore de la licence pleine et standard, à l'unité, pour des postes de travail
 ».


Face à la solution Creative Cloud d'Adobe, Quark dit « complètement assumer » sa différence et l'a martelé par mail auprès de ses clients après l'annonce d'Adobe. Il n'y a pas de volonté aujourd'hui, chez Quark, d'imposer ce modèle à ses clients de petite taille, tandis que cela reste une simple option pour les entreprises.

« Je côtoie tous les types de grands comptes et, de manière surprenante, mais pourtant réelle, je n'ai jamais eu de demandes pour un modèle de type cloud pour les licences des postes de travail. Aujourd'hui, dans les services informatiques, les gens préfèrent gérer leurs licences avec des licences classiques. C'est le cas du moins en ce qui nous concerne, sachant que l'on n'a pas la même nature de portefeuille logiciel qu'Adobe »


Le "print" reste devant le numérique



Alors que les tablettes se banalisent et que la presse papier ne va pas bien, Quark observe une présence toujours très forte de l'activité "print" parmi sa clientèle « Au niveau stratégique, même si l'on a diversifié les canaux de sortie vers le numérique avec le web puis les smartphones et tablettes, cela reste une proportion très réduite face au print, et ce, sur tous les comptes, petits ou très gros. Quand on les voit pour la première fois, ils veulent tous faire du web et du mobile. Mais le print reste la part la plus importante de l'activité, et de loin. » Ce qui n'empêche pas la recherche d'économies en optimisant et en automatisant la production de contenus, en particulier avec des supports comme des catalogues, rapports financiers ou brochures.

Ce poids encore fort du papier s'explique aussi par la difficulté qu'ont les groupes de presse à trouver le bon modèle économique pour la création et la diffusion en numérique, ajoute Quark. D'autres entreprises, par exemple Peugeot, Airbus ou Vuitton qui sont parmi ses clients et qui produisent du contenu commercial, marketing ou financier, vont en revanche plus vite dans l'utilisation des plateformes numériques (iPad, iPhone ou autres supports).

Vuitton va ainsi diffuser tous ses contenus, PDF et fichiers audio et vidéo vers une flotte d'un peu plus de 7000 iPhone et iPad. Airbus publie son magazine interne sous forme numérique en plusieurs langues 20 fois par an au lieu de 4 fois précédemment. « Mais aujourd'hui nous avons très peu de clients qui ne veulent faire que du numérique ». En 2013, la PAO poursuit sa mue, mais la révolution est lente.

Sur le même sujet :
- QuarkXPress 10 entièrement avec Cocoa
- Adobe lance des formules Creative Cloud à 25€ pour une seule application

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avatar puff | 
Bien MacGé ;-)
avatar Madalvée | 
Merci pour ces précisions. Je n'ai pas souhaite-é profiter des tarifs mises à jour et j'attendrai que mac CS6 meure de vieillesse pour repasser à Xpress. Le gros problème actuel est qu'il n'existe pas de formation sur XPress excepté les très bonnes conférences en ligne qui restent basiques.
avatar cferland | 
Puis il y a la politique tarifaire d'Adobe avec le cloud où des clients, surtout en entreprise, considèrent cela comme une épée de Damoclès avec des mises à jour qu'ils sont obligés de faire, des licences globales qu'ils doivent acheter même s'ils n'ont pas l'utilité de tous les logiciels. Ils apprécient d'avoir un acteur comme nous qui offre encore de la licence pleine et standard, à l'unité, pour des postes de travail ». Mais, c'est n'importe quoi!!!!!! J'espère que les gens ne vont pas tous croire ce que M. Quark nous dit!
avatar Madalvée | 
@cferland Bein si, je le reçois comme ça, c'est comme si chez Europcar tu viens louer une voiture et on t'oblige à louer toute la flotte…
avatar Francis Kuntz | 
1. A 1400€ HT, ouai ils peuvent "assumer", c'est juste quasi 5 ans de cloud single App chez Adobe tout en ayant les mises a jour incluses. (2 ans pour la suite complete). 2. Comment c'est possible d'avoir totallement refait l'UI et qu'elle ressemble encore a une interface des annees 90. Sans deconner. Bref, tous les gens qui ralent avec le cloud on vraiment des soucis sur la facon de gerer leurs charges...
avatar ricounet | 
Et l'outil tableau, toujours pas d'évolution ?... :(
avatar zearnal | 
@cferland : Avec son offre cloud, Adobe nous tiens par les cou....lles. T'es obligé de payer tous les mois, si t'arrêtes, du jour au lendemain, t'as strictement plus rien. Plus possible de reprendre le travail déjà réalisé. Dans le cas d'Xpress, tu payes cher (ok) mais tu as la licence "à vie" (tant que le matos permet de faire tourner le soft, d'où les "). Au moment de faire son choix, un patron intelligent (donc celui qui ne s'arrête pas uniquement au montant de la facture) y réfléchira quand même à deux fois.
avatar Jamseth | 
“Nous n'avons pas de demandes pour des licences dans le nuage” Sans doute parce qu'ils n'ont plus de clients ?
avatar Lucier_lenlen | 
@Francis Kuntz L'offre par abonnement d'Adobe est de mon point de vue une bonne évolution (si les MAJ suivent). Toutefois, cela ne saurait masquer les défauts et aberrations de certains produits Adobe et cette offre présente un risque de voir cette hégémonie d'Adobe renforcée au risque que la qualité ne suive. C'est bien la qu'est le risque et non dans les coûts.
avatar sekhmet | 
Comme il le disent, il y a encore des clients sur l'excellent Xpress 3. va faire ça avec une licence cloud que tu paye chaque mois ! en tout cas, ça fait plaisir de voir que cet éditeur historique semble sortir de nouvelles versions qui sont véritablement revue en profondeur...
avatar Datavinn | 
HOnnêtement, comme une madeleine de Proust, il me tente bien. Mais dans la réalité, indesign est partout. Comment partager ses fichiers sources si vous êtes le seul sur xpress ? En tout cas, je salut leur effort ! Qui sait un jour...
avatar Seccotine | 
@ Francis Kuntz Pour l'interface, je ne comprend pas non plus... Ils auraient pu repenser le tout en visant un maximum une interface dans une seule fenêtre. Ils ont gardé leur multiple palettes, mode lancée par Adobe, alors que c'était vraiment une mauvaise idée... Enfin je suppose qu'ils voulait d'abord tout réécrire en gardant une interface qui ne dérouterait pas les anciens clients, mais qui sont peut-être déjà parti vers InDesign ou simplement à la retraite :D
avatar stantheflasher | 
“Nous n'avons pas de demandes pour des licences dans le nuage” Les utilisateurs ADOBE ne l'ont pas demandé non plus, on leur impose, c'est là la nuance Quand on voit l'énergie qu'ils dépensent pour nous faire croire du bien fondé de leur stratégie, forcément on se dit qu'il y a un loup ! Qu'ils laissent le choix, et ils verront que seulement une faible minorité migrera vers l'offre Cloud - et en dehors de l'aspect prix, c'est surtout le principe qui dérange ! Puisse quark ne pas aller dans cette voie !

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