Alors que la flambée des prix des Mac bat son plein sur fond de crise de la mémoire, Apple cherche évidemment à diversifier ses approvisionnements et regarde du côté de la Chine. Une manœuvre qui se heurte au lobbying intense de Micron, le seul grand fabricant américain de puces mémoire, bien décidé à protéger ses marges et son industrie avec l’aide de l’État américain.
Le gouffre de l'intelligence artificielle
Pour comprendre cette bataille de couloirs rapportée par le Wall Street Journal, il faut regarder du côté des serveurs. La demande insatiable des centres de données pour entraîner les modèles d'intelligence artificielle a siphonné les capacités de production mondiales. Résultat : certains prix de la mémoire ont plus que quadruplé en un an. Il s'agit d'une inflation inédite qui a déjà forcé Apple à augmenter les tarifs de ses récents Mac et iPad de 100 à 700 euros à la fin du mois de juin.
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Habituée à faire la pluie et le beau temps sur les chaînes d'assemblage, la firme de Cupertino se retrouve aujourd'hui privée de son pouvoir de négociation face aux trois titans du marché que sont Samsung, SK Hynix et Micron. Pour desserrer cet étau financier, Tim Cook et ses équipes pressent l'administration de Donald Trump d'autoriser l'achat de puces auprès des firmes chinoises ChangXin Memory Technologies (CXMT) et Yangtze Memory Technologies (YMTC).
L'argument d'Apple réside dans le fait que diversifier ses fournisseurs lui permettrait d'alléger la pression sur les composants et, in fine, de réduire la facture pour les consommateurs américains.
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Le mur Micron
C'est là que Micron entre en scène. Seul véritable poids lourd américain du secteur de la mémoire, le fabricant de puces mémoire s'oppose farouchement à l'initiative de Cupertino. Son patron, Sanjay Mehrotra, a formellement averti les membres du gouvernement qu'ouvrir la porte à des entreprises chinoises massivement subventionnées détruirait l'industrie nationale. Pour appuyer son propos, il n'hésite pas à dresser un parallèle avec l'effondrement passé de la sidérurgie américaine qui a pâti de très nombreuses délocalisations en Asie.
L'inimitié entre les deux géants de la tech ne date pas d'hier. Avant de diriger Micron, Sanjay Mehrotra était à la tête de SanDisk, où il entretenait déjà des relations particulièrement froides avec Apple. Aujourd'hui en position de force avec des marges brutes dépassant les 80 %, Micron prend sa revanche et pointe du doigt les pratiques de son client. Le fabricant estime que si le marché est en pénurie aujourd'hui, c'est en partie parce qu'Apple a profité de la précédente baisse du marché en 2023 pour imposer des prix d'achat extrêmement agressifs, dissuadant à l'époque les fournisseurs d'investir dans de nouvelles lignes de production.
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Une équation politique à multiples facteurs
Pour faire passer la pilule, Apple propose de cantonner ces puces chinoises aux seuls appareils destinés aux marchés étrangers, préservant ainsi techniquement le marché américain. Le dossier reste néanmoins très sensible sur le plan diplomatique : le Pentagone classe CXMT et YMTC parmi les entreprises liées à l’armée chinoise, tandis que YMTC figure également sur la liste noire du département du Commerce. Apple avait d'ailleurs déjà tenté de certifier la mémoire de YMTC pour ses iPhone en 2022, avant de faire machine arrière face à la pression politique.
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Le président Trump se retrouve ainsi coincé entre deux de ses grandes priorités économiques : préserver le pouvoir d'achat des consommateurs américains et relocaliser la production de semi-conducteurs sur le sol national pour limiter la dépendance à l'Asie, l'argument massue de Micron.
Pour s'attirer les faveurs du Bureau ovale, les deux entreprises multiplient les gages de bonne volonté. Pendant qu'Apple brandit son programme de 600 milliards de dollars d'investissements aux États-Unis, Micron promet d'investir 250 milliards de dollars sur le territoire et débloque au passage 250 millions pour s'aligner sur un projet de comptes d'épargne pour enfants soutenu par l'administration. Une pure guerre d'influence dans laquelle le grand gagnant dictera, au bout du compte, la conception et le prix de nos prochains appareils.













