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Apple cherche de la mémoire en Chine, mais le compte n’y est pas

Nadim Lefebvre

vendredi 28 août 2026 à 14:45 • 27

AAPL

La demande en puces pour l'intelligence artificielle a fini par saturer les capacités de production de mémoire dans le monde entier. Dans ce contexte de RAMpocalypse, Apple chercherait à se rapprocher de deux fabricants chinois, Changxin Memory (CXMT) et Yangtze Memory (YMTC), pour diversifier ses sources d'approvisionnement. Une manœuvre qui, sur le papier, pourrait rassurer les observateurs inquiets pour les futurs stocks de RAM des Mac et iPhone. Dans les faits, selon un rapport de DigiTimes relayé par Wccftech, l'affaire ressemble surtout à un jeu d'équilibriste géopolitique dont les retombées concrètes resteront limitées.

Image Liam Briese (Unsplash)

Sécuriser les approvisionnements, pas baisser les prix

La ruée vers les puces destinées aux centres de données d’IA générative absorbe une part croissante des lignes de production de mémoire, au détriment de la DRAM et de la NAND destinées au grand public. Résultat, l’approvisionnement en DDR5 et LPDDR5 se tend, y compris pour des acteurs écoulant énormément de volumes comme Apple.

La RAM chinoise ne devrait pas faire bouger les prix… mais réduire les risques de pénurie

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De fait, Cupertino chercherait activement à importer des composants issus des chaînes chinoises, malgré les réserves de Washington. Un sommet entre Donald Trump et Xi Jinping prévu en septembre 2026 pourrait faire évoluer la position américaine et ouvrir la voie à des approvisionnements jusque-là difficiles.

L’approvisionnement en mémoire est désormais un enjeu (géo)politique avant tout. Image Maison-Blanche

Cependant, il faut garder en tête que diversifier ses fournisseurs ne revient pas à échapper au manque d’offres sur le marché. CXMT et YMTC sont eux-mêmes engagés dans une course effrénée aux capacités de production, quitte à avancer leurs calendriers industriels de plusieurs mois. Autrement dit, même en s'ouvrant à la Chine, Apple resterait tributaire d'un marché mondial où l'offre peine à suivre la demande et ce mécanisme alimente évidemment les hausses de tarifs.

Hausse des prix : Apple fait du lobbying pour s

Hausse des prix : Apple fait du lobbying pour s'approvisionner en RAM chinoise

Jamais assez de mémoire

D'après DigiTimes, CXMT et YMTC n'auraient en réalité aucune intention de fournir Apple en grandes quantités. L'objectif recherché serait avant tout un argument commercial : devenir fournisseur certifié d'Apple sert de preuve que la qualité de leur DRAM et de leur NAND Flash a rattrapé celle des fabricants internationaux, un argument à faire valoir ensuite auprès d'autres clients occidentaux.

Apple continue à tester la mémoire chinoise de CXMT dans les Mac et iPhone

Apple continue à tester la mémoire chinoise de CXMT dans les Mac et iPhone

Les chiffres de capacité confirment cette lecture. Pour répondre à ses seuls besoins sur le marché chinois, Apple aurait besoin d'à peine 6,6 % de la capacité de production de CXMT. Un volume qui paraît minime, mais qui reste difficile à obtenir : les lignes de production du fabricant chinois tourneraient déjà à 95 % de leur capacité et ce jusqu'en 2027, entièrement réservées par d'autres clients. Même en cas d'accord, Apple n'obtiendrait donc les volumes espérés ni en 2026 ni en 2027.

Le vrai terrain de jeu des fabricants chinois se situerait plutôt du côté des centres de données nord-américains. YMTC écoulerait déjà sa mémoire NAND via des assembleurs tiers, qui la glissent discrètement dans des disques SSD destinés aux entreprises, une manière de contourner en partie les contraintes géopolitiques qui pèsent sur le fabricant. CXMT emprunterait un chemin similaire, en faisant certifier ses produits auprès de petits fournisseurs cloud américains et canadiens. Le marché grand public resterait en revanche moins exposé à ces restrictions que les infrastructures de cloud et les centres de données, qui restent un terrain dangereux, YMTC figurant toujours sur la liste noire du Département du Commerce américain. Encore une fois, le sommet entre les présidents américain et chinois en septembre pourrait alléger ces restrictions.

Une puce 3D Nand de YMTC. Image YMTC

De son côté, Apple n'a plus vraiment le poids qu'on lui prête. L'essor de l'IA générative a rebattu les cartes : les fabricants de mémoire consacrent une part croissante de leurs capacités aux produits destinés aux centres de données, réduisant mécaniquement la marge de manœuvre des clients grand public comme Apple. Micron, fabricant américain de mémoire, aurait tout intérêt à voir Washington limiter l'accès d'Apple aux fournisseurs chinois, l'entreprise faisant partie des principaux bénéficiaires potentiels de cette situation. D’ailleurs, la situation est similaire avec TSMC où Apple a perdu sa priorité au profit de Nvidia. Les approvisionnements d'Apple en deviendraient presque une monnaie d'échange dans le bras de fer diplomatique entre Washington et Pékin, davantage qu'un simple enjeu industriel.

Apple et Micron s’écharpent à la Maison Blanche autour des puces mémoires chinoises

Apple et Micron s’écharpent à la Maison Blanche autour des puces mémoires chinoises

Quoi qu'il arrive, la Chine gardera le cap sur son objectif d'autosuffisance dans les semi-conducteurs, avec certaines projections estimant que les fabricants locaux pourraient couvrir plus de 50 % de la demande chinoise en mémoire d'ici fin 2027 ou 2028, avec ou sans l'aval d'Apple. La demande est si grande en mémoire en Chine et dans le monde, que les fondeurs chinois grandiront avec ou sans Apple.

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