Apple a donc revu à la hausse les tarifs d'une bonne partie de son catalogue la semaine dernière. Et il y a fort à parier que la tendance se confirme à la rentrée avec la présentation de la nouvelle gamme d'iPhone. Est-ce pour autant la fin de l'histoire ? Rien n'est moins sûr.
Le spectre grandissant de la rupture de stock
L'analyste Ming-Chi Kuo apporte un éclairage particulièrement intéressant sur la situation actuelle. Il revient notamment sur l'intense lobbying mené en coulisses par la direction d'Apple pour s'approvisionner en mémoire vive auprès du fabricant chinois CXMT. L'objectif premier de la Pomme n'est pas tant de tirer les prix vers le bas en s'appuyant sur un partenaire supplémentaire, mais bel et bien de s'éviter de graves pénuries.
Hausse des prix : Apple fait du lobbying pour s'approvisionner en RAM chinoise
D'après les dernières vérifications de l'analyste sur les chaînes de production, la pression sur les épaules d'Apple a changé de nature : le problème n'est plus seulement l'explosion des coûts, mais un gouffre grandissant du côté de l'offre. Sur l'ensemble de la capacité de production de mémoire allouée à l'électronique grand public en 2026, on estime que 15 à 20 % de la production sera réorientée vers les centres de données en 2027. Et cette part pourrait encore grimper.
Conséquence directe de cette tension sur la mémoire LPDDR : les commandes réelles d'Apple pour sa future puce A20 (prévue entre la fin 2026 et le début 2027) pourraient être inférieures de 10 à 20 % par rapport à l'objectif initial. Kuo tempère toutefois en précisant qu'une partie de cette baisse pourrait aussi s'expliquer par une tendance d'Apple à gonfler artificiellement ses propres carnets de commandes.
Tim Cook, le diplomate en chef
Le dossier est d'autant plus complexe que CXMT a reconnu, dans le cadre de son introduction en bourse, que sa capacité de production était déjà largement inférieure à la demande locale en Chine. Autrement dit, même si le lobbying d'Apple finit par porter ses fruits, cela ne suffira ni à faire chuter les coûts de manière significative, ni à combler totalement le manque d'approvisionnement. Mais face à un déséquilibre mondial qui se creuse, Cupertino n'a pas d'autre choix que de sécuriser la moindre source alternative.
Cette urgence explique pourquoi Apple se montre beaucoup plus proactive aujourd'hui qu'elle ne l'était lors de son évaluation de YMTC en 2022. À l'époque, il s'agissait surtout de faire baisser les coûts de la mémoire flash NAND. Avec CXMT, c'est la survie même des stocks de DRAM qui est en jeu.
Ming-Chi Kuo insiste sur un atout de poids dans la manche d'Apple : Tim Cook en personne. Le patron est l'un des rares dirigeants de la tech à pouvoir encore louvoyer avec agilité entre Washington et Pékin. Il est donc crucial de régler cette épineuse question avant qu'il ne tire sa révérence. Même si ces efforts diplomatiques échouent, ils permettront de montrer au marché que l'entreprise a tout tenté, mais s'est heurtée au mur de la politique américaine. De quoi faire passer un peu plus facilement la pilule d'une énième hausse de prix ou de délais de livraison à rallonge auprès des clients.
Vers des concessions techniques inimaginables il y a encore quelques mois ?
Car si la pression continue de s'accentuer, Apple n'aura d'autre choix que de demander un nouvel effort financier aux consommateurs. L'entreprise est toutefois pleinement consciente du danger qu'une nouvelle flambée des prix pourrait représenter. Heureusement, elle a encore un peu de temps pour revoir l'architecture de ses futurs produits et limiter la casse matérielle.
Ainsi, l'iPhone 18 attendu pour l'année prochaine pourrait devoir se contenter de 9 Go de RAM. Jusqu'à présent, les bruits de couloir tablaient plutôt sur 12 Go, un bond en avant qui lui aurait permis d'exploiter confortablement en local le tout dernier modèle d'intelligence artificielle de la marque. Il ne serait donc pas si étonnant de voir Apple faire des concessions techniques il y a encore peu inimaginables.
L’iPhone 18 devrait passer de 8 Go de RAM à la quantité folle de 9 Go
Dans son malheur, Apple a eu le nez creux en faisant de 2026 une année « Snow Leopard ». Cette pause salutaire, dédiée à l'optimisation en profondeur de ses systèmes d'exploitation, lui offre de précieuses marges de manœuvre logicielles pour compenser ces carences matérielles. Reste que l'évolution de la marge brute sera plus que jamais scrutée à la loupe : ce sera l'indicateur clé pour les analystes dans les trimestres à venir.
La RAM coûte aussi cher qu’en 2010
Pour bien saisir l'ampleur de la situation, une simple statistique donne le vertige : la crise actuelle de la mémoire vient d'effacer seize années de baisse continue. D'après les chiffres compilés par l'université de Stanford, et rapportés par Frandroid, le prix du gigaoctet de RAM est tout bonnement revenu à son niveau de 2010.
Aujourd'hui, la DDR5 (la génération la plus récente sur PC) gravite autour des 13 dollars le gigaoctet. C'est exactement le tarif auquel s'échangeait la DDR3 en octobre 2010. Et encore, il s'agit là du plancher du marché de détail, et non de la moyenne des contrats à grande échelle.
Ce bond spectaculaire marque un coup d'arrêt brutal après des décennies de chute ininterrompue. Pour rappel, le creux de la vague avait été atteint très récemment : en août 2024, le gigaoctet de DDR4 s'échangeait contre une misère (0,89 $), tandis que la DDR5 se négociait encore autour des 2,75 $ début 2025. Une époque d'abondance qui semble désormais bien révolue.













