Tester le nouveau système d'exploitation pour ordinateurs portables de Google sans avoir à acheter une machine dédiée est désormais techniquement possible sur Mac. La développeuse Skylar Taylor-Barrick a mis au point gbos-vm, un outil permettant de faire tourner Googlebook OS dans une machine virtuelle sur les Mac équipés d'une puce Apple Silicon. Si la prouesse technique a le mérite d'exister, le projet relève davantage du bricolage pour curieux que d'une solution véritablement exploitable au quotidien.
Contrairement à un simple émulateur générique, le script s'appuie sur la véritable image de restauration du Dell XPS Googlebook, un système bâti sur Android 17 pour l'architecture ARM64. Puisque l'ordinateur de Dell embarque une puce Snapdragon X partageant cette même architecture Arm, le système peut s'exécuter directement via l'hyperviseur de macOS sans nécessiter de lourde émulation processeur, ce qui exclut de fait les anciens Mac Intel.
Un pont graphique entre Vulkan et Metal
Le principal défi de ce portage résidait dans la prise en charge de l'accélération matérielle, indispensable pour rendre l'interface fluide et faire fonctionner le navigateur Chrome. Googlebook OS repose en effet sur l'API graphique Vulkan et sur des mécanismes de partage de mémoire propres à Linux, totalement absents de macOS.
Pour contourner cet obstacle, le projet s'appuie sur QEMU (via les composants d'UTM) et traduit les appels Vulkan vers l'API Metal d'Apple grâce à la couche MoltenVK. La développeuse a également dû bricoler la gestion de la mémoire partagée et réaligner les données des textures côté Mac pour éviter les corruptions visuelles. Pour le faire démarrer hors de son matériel d'origine, le script remplace par ailleurs la partition vendor propre à Dell par des pilotes virtuels issus du projet open source Cuttlefish de Google.
De son propre aveu, Skylar Taylor-Barrick n'est pas une spécialiste de la programmation graphique : elle explique sur Reddit avoir largement mis à contribution plusieurs modèles d'intelligence artificielle (GPT 6 Astra, DeepSeek 4.1 Flash et Claude Opus 5.5) pour assembler les différentes briques logicielles du projet.
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Une usine à gaz réservée aux curieux
Si vous espériez remplacer macOS ou travailler dans cet environnement, il faudra passer votre chemin. Au-delà d'une utilité pratique assez floue sur un Mac disposant déjà de Chrome et d'un système complet, la machine virtuelle souffre de nombreuses limitations : l'affichage est bridé à 60 images par seconde, le Bluetooth plante au démarrage à moins de simuler une puce radio factice via l'émulateur Android, l'audio est capricieux et la gestion du curseur de la souris reste expérimentale.
La sécurité est également sacrifiée dans l'opération. L'absence de puce de sécurité matérielle oblige le système à se rabattre sur des implémentations purement logicielles pour le chiffrement, tandis qu'un processus lié au module TPM plante en boucle en arrière-plan. La créatrice du projet déconseille donc formellement d'y connecter un compte Google principal contenant des données sensibles.
Pour les développeurs ou les bidouilleurs qui souhaitent malgré tout jeter un œil aux entrailles du successeur de ChromeOS, le projet est disponible sur GitHub. L'installation, automatisée via le script ./install.sh, reste exigeante : elle réclame un Mac Apple Silicon avec au moins 16 Go de RAM, une soixantaine de gigaoctets d'espace disque libre, Homebrew, les outils en ligne de commande de Xcode ainsi que le SDK et le NDK Android. Sur un MacBook Pro M5, la compilation prend environ cinq minutes pour un premier démarrage en 45 secondes. Un joli défi technique en somme, surtout utile pour prouver que c'était faisable.













