Oubliez l’intelligence artificielle, place désormais à la « superintelligence ». C'est la marotte du moment de Donald Trump, qui cultive un penchant notoire pour rebaptiser les lieux ou les concepts à sa guise. En troquant un terme jugé anxiogène pour un vocable plus conquérant, le président américain espère bien dédiaboliser une technologie qui inquiète de plus en plus ses concitoyens. Pour sceller ce tournant sémantique, la Maison-Blanche a réuni le gotha du secteur.
Le plan de table publié dans la foulée parlait de lui-même : le président américain s'est affiché aux côtés de Jensen Huang, le patron de Nvidia, et d’Elon Musk. Un placement stratégique qui semble entériner le réchauffement des relations entre Donald Trump et le patron de Tesla. Autour de la table, tout le monde était présent à commencer par Dario Amodei, Greg Brockman (OpenAI), Mark Zuckerberg, Lisa Su (AMD) ou encore Sanjay Mehrotra (Micron). Tout le monde était présent, à l'exception notable de la célèbre coopérative fruitière. John Ternus, le nouveau patron d'Apple, et Tim Cook, désormais préposé aux délicates relations avec l'administration Trump, n'étaient tout simplement pas à la table.
Une constitution sans les contraintes
À l'issue de cette réunion au sommet, l'hôte de la Maison-Blanche a annoncé que les dirigeants s'étaient entendus sur une série d'engagements volontaires. Concrètement, les géants du secteur s’engagent à collaborer avec des auditeurs indépendants pour s’assurer que leurs modèles fonctionnent conformément aux intentions de leurs concepteurs. Le texte prévoit également de garantir que ces outils ne puissent pas pirater ou pénétrer des systèmes tiers de manière imprévue. Donald Trump n'a pas boudé son plaisir face à ce qu'il a lui-même qualifié d'accord historique : « C'est presque comme une constitution, d'une certaine manière. Les personnalités les plus puissantes du monde l'ont signée, et je l'ai signée en tant que président. C'est véritablement une forme de protection. » Reste que, comme souvent avec ce type d’engagement d'autorégulation, le document repose avant tout sur la bonne volonté des signataires, sans levier coercitif immédiat.
La grogne autour des centres de données
Derrière les sourires de façade sur le perron de Washington, un autre dossier brûlant s’est invité au menu : la prolifération galopante des centres de données. Ces infrastructures indispensables à l’entraînement et au déploiement des modèles d'IA cristallisent une fronde citoyenne croissante à travers les États-Unis. En cause, une consommation électrique exponentielle, l'explosion des factures d'énergie pour les riverains et l'empreinte environnementale globale sur les territoires. Le dossier prend une tournure éminemment politique pour les républicains à l'approche du scrutin parlementaire de début novembre.
Interrogé sur le risque électoral d'un soutien inconditionnel à ces méga-usines de serveurs, Donald Trump a assuré que les entreprises du secteur sauraient amadouer les riverains : « Ces entreprises grandes, puissantes, très riches et très intelligentes vont apporter des contributions massives aux communautés locales. » Une promesse qui suffira difficilement à calmer les esprits : selon un sondage national Reuters/Ipsos mené fin septembre, près de 73 % des Américains estiment que l'industrie n'en fait pas assez pour prévenir les dérives sociétales de l'IA, et 55 % des sondés préconisent même un ralentissement délibéré de son développement. Il n’est pas certain que toutes ces annonces suffisent à rassurer les Américains, à quelques semaines des élections de mi-mandat.
Source :













