Le constat est implacable : il ne reste quasiment plus aucun composant informatique qui échappe à la crise provoquée par le boom de l’intelligence artificielle. Si les tensions ont d’abord concerné les accélérateurs IA et les GPU haut de gamme, la mémoire vive et le stockage ont rapidement suivi le mouvement.
Désormais, même certains processeurs commencent à subir les contrecoups de cette frénésie, les grands fondeurs privilégiant de plus en plus les puces destinées aux centres de données et aux infrastructures IA. Une tendance que Lisa Su, la patronne d’AMD, évoquait récemment en soulignant le rôle grandissant des CPU dans les nouvelles charges de travail liées à l’intelligence artificielle. Une véritable aubaine pour AMD, idéalement positionné sur les segments CPU et GPU, et dont l’action a bondi de 77 % en un mois.
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Cependant, cette ruée vers l’IA ne fait pas que des heureux et provoque des ondes de choc sur d’autres pans de l’industrie. Les fabricants de cartes mères se retrouvent aujourd’hui en première ligne. Selon un récent rapport de Digitimes, les principaux acteurs taïwanais s’attendent à une forte chute de leurs expéditions en 2026, victimes collatérales de cette crise des composants.
La mécanique est simple et cruelle. La rareté de la RAM, couplée à une inflation généralisée, a tout bonnement douché les ardeurs des consommateurs désireux de monter ou de mettre à jour leur propre machine. Par effet de ricochet, les cartes mères s'accumulent dangereusement sur les étagères. Les conséquences comptables sont rudes. Fin 2025, Asus et trois autres poids lourds du secteur avaient déjà dû revoir leurs ambitions à la baisse. Malgré ces ajustements, la chute n'a pas pu être enrayée. Asus n'a ainsi réussi à écouler que cinq millions de cartes mères au cours du premier semestre 2026, s'accrochant à un objectif global (et déjà dégradé) de dix millions d'unités pour l'année.
Dans les faits, ces volumes de ventes sont considérés en interne comme calamiteux. Ils marqueraient le point le plus bas pour Asus depuis la scission de l'entreprise en 2008, s'affichant même en deçà des chiffres catastrophiques enregistrés lors de la première année de la pandémie de Covid-19. La situation n'est guère plus reluisante chez son grand rival MSI, qui tablait initialement sur onze millions d'expéditions en 2026 et devrait finalement péniblement atteindre le cap des 8,4 millions. Cette baisse prolongée de la demande pourrait finir par entraîner une réduction importante de la production chez plusieurs équipementiers.
La stratégie de la terre brûlée d'Apple
Dans ce contexte de grande tension sur les chaînes d'approvisionnement, la stratégie d’Apple est d’une efficacité redoutable. La Pomme multiplie les commandes massives pour s'accaparer autant de composants que possible. Cette boulimie répond à un double impératif : garantir une production fluide pour ses produits, tout en asséchant méthodiquement le marché. Une manœuvre redoutable qui permet de sécuriser ses arrières tout en laissant ses concurrents se débattre avec les miettes et les retards de production.













