Pourquoi utiliser un NAS ? Pour remplacer iCloud, bien sûr ! La mise en place d’un mécanisme de synchronisation des fichiers, contacts, calendriers, rappels et notes est idéale pour se faire la main avec les systèmes de stockage en réseau. Pour ne rien gâcher, la plupart des fabricants de NAS proposent maintenant leur propre suite bureautique pour rivaliser avec Google Docs Editors et Microsoft Office 365. De quoi se faire son nuage à la maison.
Quels usages ?
Pour commencer cette série, nous allons donc mettre en place les fonctionnalités de base d’un « nuage personnel » :
- synchronisation bidirectionnelle des fichiers avec une intégration dans le Finder (sur macOS) et dans l’application Fichiers (sur iOS et iPadOS) ;
- synchronisation bidirectionnelle des contacts, des calendriers et des rappels avec une intégration dans les applications natives ;
- synchronisation bidirectionnelle des notes ;
- déploiement d’une suite bureautique en ligne.
Vous remarquerez une absence notable, celle des courriers électroniques1. La plupart des fabricants de NAS proposent des serveurs de mail, mais vous ne devriez certainement pas héberger vos courriers vous-mêmes. Les filtres anti-spam des grands fournisseurs n’acceptent pratiquement plus les serveurs indépendants, même lorsqu’ils sont parfaitement sécurisés. Vous devriez donc conserver votre adresse actuelle.
Quel matériel ?
Les Synology DS223, Qnap TS-233, Asustor Drivestor 2 Lite, Ugreen DXP2800 et autres modèles d’entrée de gamme sont tout à fait capables d’accomplir ces tâches basiques. Vous pourriez même vous contenter d’un modèle doté d’un seul disque… si vous aimez perdre des données. Mieux vaut privilégier ces modèles dotés de deux disques : grâce aux systèmes de virtualisation du stockage comme RAID, les données peuvent être dupliquées sur chacun des deux disques, si bien que la panne d’une mécanique peut être rattrapée par l’autre.
Les systèmes de RAID procurent une plus ou moins grande tolérance aux pannes selon le nombre de disques et les techniques employées :
- RAID 0 : les données sont découpées en blocs d’une taille prédéterminée, qui sont écrits consécutivement sur chaque disque, formant ainsi des bandes de blocs (striping). Cette méthode permet de profiter de la capacité totale de l’ensemble des disques, ainsi que d’accélérer les opérations en parallélisant la lecture et de l’écriture des blocs de données, mais n’offre aucune tolérance aux pannes. La perte d'un disque implique la perte de toutes les données. Vous ne devriez pas l’utiliser sur votre NAS.
- RAID 1 : les blocs de données sont copiés à l’identique sur chacun des disques. Cette méthode limite strictement la capacité totale, puisque chaque disque est le parfait miroir des autres, mais offre une grande redondance, puisque les données peuvent être récupérées tant qu’un disque reste opérationnel. La plupart des NAS à deux disques utilisent RAID 1.
- RAID 5 : une méthode utilisant un système de parité pour reconstituer une bande dégradée à l’aide des blocs conservés et d’un tas de calculs. Les blocs de données sont distribués consécutivement, mais la position du bloc de parité change de bande en bande, afin d’assurer une répartition équitable entre les disques. Le calcul de la parité ralentit les opérations et les blocs de parité prennent de la place, mais le volume peut résister à la perte d’un disque. La capacité totale est celle du nombre de disques moins un.
- RAID 6 : une extension du RAID 5 qui utilise un deuxième bloc de parité pour résister à la perte de deux disques. En toute logique, le fonctionnement de RAID 5 demande au moins trois disques et celui de RAID 6 en demande au moins quatre, si bien qu’ils sont généralement réservés aux NAS (semi-)professionnels.
Les systèmes de RAID n’ont qu’un seul inconvénient : ils se prêtent mal au recyclage de disques de différentes capacités. Si vous utilisez un disque de 2 To et un disque de 3 To pour former un volume RAID 1, par exemple, vous ne pourrez pas utiliser plus de 2 To et gâcherez donc le tiers de votre deuxième disque. Les grands fabricants comme Synology et QNAP ont donc conçu leurs propres systèmes « hybrides », qui permettent de mélanger les capacités, au prix d’une petite réduction de la capacité totale de stockage.
Ce n’est pas vraiment un problème, puisque la capacité des disques durs atteint maintenant 30 To, quand les forfaits iCloud+ plafonnent à 12 To. Au prix actuel de l’abonnement d’Apple, c’est-à-dire 59,99 € par mois, un système d’entrée de gamme équipé d’une paire de disques de 12 To sera rentabilisé en moins de dix-huit mois. Autant dire qu’un NAS vous permettra de faire de sacrées économies, même en perdant un peu de place à cause des données de parité des systèmes de RAID avancés.
Comment faire ?
Cerise sur le gâteau : la mise en place de la synchronisation des fichiers, contacts, calendriers, rappels et notes est triviale. Quand ces fonctionnalités ne sont pas intégrées au système d’exploitation du NAS, elles peuvent généralement être installées en deux clics avec un gestionnaire de paquets. Ainsi chez Synology, le « Centre de paquets » comporte :
- Synology Drive Server, qui installe tout ce qu’il faut pour utiliser le service de synchronisation des fichiers Synology Drive ;
- Synology Contacts, qui permet de synchroniser son carnet d’adresses dans l’application Contacts ;
- Synology Calendar, qui permet de synchroniser son agenda dans l’application Calendrier et ses tâches dans l’application Rappels ;
- et Notes Station, qui permet de synchroniser vos notes.
L’application Synology Drive est nécessaire pour faire le lien entre vos appareils et votre NAS, mais l’espace de stockage s’intègre directement au Finder sur macOS et à l’application Fichiers sur iOS/iPadOS. Vous retrouverez toutes les fonctionnalités auxquelles vous êtes habitué, à commencer par la synchronisation à la demande, appelée « optimisation du stockage » par Apple. Vous gagnerez aussi des fonctionnalités qui manquent cruellement à iCloud Drive, comme la possibilité de mettre en pause la synchronisation.
Comme Dropbox et les autres systèmes du genre, Synology Drive synchronise ses données dans son propre dossier à la racine de votre dossier utilisateur. Mais comme iCloud Drive, il peut aussi synchroniser les dossiers Bureau et Documents si vous prenez la peine de créer deux nouvelles « tâches de synchronisation ». Vous pourrez alors constater que vous pouvez synchroniser n’importe quel dossier, aussi bien de manière bidirectionnelle que sous la forme d’une sauvegarde vers le NAS ou d’une recopie depuis le NAS.
Synology Calendar utilise une bonne vieille connexion CalDAV, et Synology Contacts une connexion CardDAV, que vous pouvez configurer dans la rubrique Comptes internet des Réglages système. Ce n’est pas aussi rapide que de cocher une case dans les réglages iCloud, certes, mais ce n’est pas bien difficile non plus, et puis cela vous permet d’utiliser d’autres applications que celles d’Apple si vous le souhaitez.
Malheureusement, Note Station repose encore sur l’ancienne architecture logicielle de Synology. C’est donc une application à part entière, que vous devez installer sur tous vos appareils, plutôt qu’un système de synchronisation. Certains fabricants proposent des applications similaires, comme Qnap avec Qsync, mais seule Synology propose une suite complète. Ce n’est pas toujours un avantage : Synology Office, la suite bureautique du fabricant taïwanais, est indissociable de Synology Drive.
Or OnlyOffice s’est imposée comme la suite bureautique auto-hébergée par excellence, qui peut être installée en deux clics sur les NAS de Qnap et Asustor. Open source et gratuite pour une utilisation domestique, elle peut être utilisée aussi bien dans le navigateur que dans des applications pour macOS et iOS. Pour ne rien gâcher, vous pourrez lui ajouter des fonctionnalités avec une foultitude de plug-ins et l’intégrer à de nombreux services avec un catalogue de connecteurs.
Avec toutes ces fonctionnalités, votre NAS n’a plus rien à envier aux meilleurs services de cloud. À un détail près : au moment où vous quittez le périmètre de votre réseau domestique, vous perdez l’accès à votre NAS et vos données. Le prochain volet de cette série sera donc consacré à la mise en place d’un système d’accès à distance.
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Nous parlerons des photos et des vidéos personnelles dans un prochain article. ↩︎




















