N'étant plus en mesure de faire la pluie et le beau temps chez TSMC, Apple cherche activement à diversifier sa production de semi-conducteurs. Longtemps considérée comme le client prioritaire, presque unique, du fondeur taïwanais, la firme de Cupertino doit désormais composer avec l'appétit de Nvidia et des autres géants de l'intelligence artificielle.
Dans un contexte géopolitique de plus en plus incertain, et avec la volonté affichée de donner des gages à l’administration de Donald Trump, Apple souhaiterait qu’une partie plus importante de sa production soit localisée sur le sol américain.
Apple et TSMC : l’âge d’or touche à sa fin, l’ère du rapport de force commence
TSMC : Nvidia détrône officiellement Apple
Des discussions exploratoires avec d’anciens partenaires
Dans le domaine ultra-fermé des semi-conducteurs de pointe, les alternatives à TSMC se comptent sur les doigts d'une main. Selon des informations rapportées par Bloomberg, Apple aurait entamé des discussions préliminaires avec Intel et Samsung pour envisager la production des processeurs de ses futurs appareils aux États-Unis.
Si les échanges avec Intel en sont encore au stade embryonnaire, des cadres d'Apple auraient déjà visité le site de Samsung actuellement en construction au Texas. Pour l'heure, aucun contrat n'a été signé et ces démarches restent exploratoires. Apple conserve des réserves légitimes quant à l'utilisation de technologies de gravure différentes de celles de TSMC. Passer d'un fondeur à l'autre n'est pas une simple formalité technique, et Cupertino pourrait fort bien décider, in fine, de ne pas franchir le pas si les garanties de rendement et de performance ne sont pas au rendez-vous.
La nécessité de cette diversification a été indirectement validée lors de la publication des derniers résultats financiers de l'entreprise. Tim Cook a reconnu que le manque de puces pour l'iPhone et le Mac pesait sur la croissance du groupe, admettant une flexibilité de la chaîne d'approvisionnement moindre qu'à l'accoutumée.
Le problème réside dans l'avance technologique de TSMC, qui caracole en tête depuis des années. On ne remplace pas une infrastructure aussi rodée en un claquement de doigts. Pourtant, pour Intel et Samsung, l'enjeu est loin d’être négligeable. Pour le fondeur américain, sous l'impulsion de son nouveau dirigeant Lip-Bu Tan, attirer un client de la stature d'Apple serait une victoire de tout premier plan. Cela validerait sa stratégie de « fondeur pour tiers » après plusieurs faux départs. En prime, un tel partenariat faciliterait les relations d'Apple avec Washington, la Maison-Blanche considérant Intel comme un champion national stratégique.
Ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier
De son côté, Samsung affiche une expérience plus solide, même si le géant coréen reste un lointain second derrière TSMC sur le marché de la gravure de pointe. Décrocher une commande d'Apple serait un adoubement majeur pour sa division de semi-conducteurs, bien que les deux entreprises restent de féroces concurrentes sur le marché des smartphones.
Cette situation est d'autant plus inhabituelle pour Apple que la gestion du risque est inscrite dans l'ADN de Tim Cook. Le successeur de Steve Jobs a toujours détesté mettre tous ses œufs dans le même panier, privilégiant systématiquement le recours à au moins deux fournisseurs pour les composants critiques, comme c'est déjà le cas pour les écrans. Dès 2022, Cook confiait à ses équipes qu'une dépendance à 60 % envers une seule région géographique n'était pas une position stratégique viable. Si Apple collabore déjà avec TSMC sur son usine de Phoenix, la production y reste encore trop limitée pour garantir l'indépendance totale qu'Apple appelle désormais de ses vœux. En attendant, Apple va devoir composer pendant des mois avec les problèmes de pénurie qui touchent nombre de ses produits.











