On devine déjà quel sera le grand sujet de discussion dans les cours de récréation à la rentrée : comment faire pour contourner la nouvelle loi relative aux réseaux sociaux ? Une quête de la faille qui fera sans doute, une fois de plus, la fortune des éditeurs de VPN. S'ils se garderont bien d'évoquer explicitement ce cas d'usage, ils ne manqueront pas de mettre en avant leurs solutions. Quoi qu'il en soit, députés et sénateurs ont fini par s'accorder sur un texte visant à interdire l'accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans.
Le texte, qui doit être définitivement adopté aujourd'hui par le Sénat et l'Assemblée nationale, s'annonce historique à l'échelle du continent. « La France sera le premier pays d'Europe à instaurer une majorité numérique pour mieux protéger nos enfants en ligne », s'est d'ores et déjà félicitée Anne Le Hénanff, la ministre déléguée au Numérique.
Majorité numérique : la France ouvre la voie.
— Anne Le Hénanff (@ALehenanff) July 20, 2026
Je me félicite de l’accord trouvé par les parlementaires en CMP sur l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans.
Demain, la France sera le premier pays d’Europe à instaurer une majorité numérique pour mieux protéger nos…
Un déploiement en deux temps et un « jeton d'âge »
Le coup de vis s'opérera en deux phases : dès l'entrée en vigueur de la mesure, la création de nouveaux comptes sera purement et simplement bloquée pour les jeunes n'ayant pas l'âge requis. S'ensuivra une vaste campagne de vérification de l'ensemble des comptes existants, prévue entre la rentrée de septembre et le 1er janvier.
Car c'est bien là l'un des points névralgiques du dispositif : tous les internautes, mineurs comme majeurs, devront montrer patte blanche et prouver aux plateformes qu'ils ont bel et bien plus de 15 ans. « Les modalités ne sont pas dans la loi mais dans le cadre européen », précise l'entourage de la ministre.
Techniquement, la solution préconisée s'appuie sur le principe du "jeton d'âge anonymisé". En pratique, chaque utilisateur devra justifier de son identité via un document officiel auprès d'un tiers de confiance qu'il soit public, à l'image de France Identité, ou privé comme Docaposte. Ce prestataire générera alors un laissez-passer numérique, garantissant l'âge de l'utilisateur sans pour autant transmettre ses données personnelles aux réseaux sociaux. Voilà qui promet de donner un peu de travail aux développeurs dans les semaines et mois à venir.
Un périmètre large, de TikTok à Roblox
Le champ d'application du texte est vaste, puisqu'il englobe la quasi-totalité des acteurs du marché ainsi que les fonctionnalités sociales intégrées à certaines plateformes. Les suspects habituels comme Instagram, TikTok, Facebook et Snapchat sont évidemment en première ligne, mais YouTube et même les modules d'interaction au sein de jeux vidéo comme Roblox tombent également sous le coup de la loi.
Quelques exceptions subsistent toutefois : WhatsApp échappe au dispositif (à l'exception de sa fonction Chaînes), tout comme les applications à vocation strictement éducative, telles que les encyclopédies ou les outils d'apprentissage du code comme Scratch.
Les smartphones bannis du lycée et l'ombre de l'IA
Et comme une mauvaise nouvelle (du point de vue des adolescents) ne vient jamais seule, les lycéens devront également se préparer à la rentrée à l'interdiction des téléphones portables dans leurs établissements. Ce dispositif, qui a déjà fait ses preuves au collège, sera étendu aux lycées. Ses modalités d'application s'annoncent toutefois un peu plus souples et laissées à l'appréciation des règlements intérieurs. Les élèves en classe préparatoire pourraient, par exemple, conserver le droit d'utiliser leur précieux terminal.
Mais comme c'est souvent le cas en matière de nouvelles technologies, le législateur a toujours une guerre de retard. S'il y a lieu de se réjouir de cette prise de conscience et des décisions politiques enfin actées autour des réseaux sociaux, le prochain grand chantier se dresse déjà devant nous : celui de l'intelligence artificielle générative. Les solutions à la ChatGPT donnent déjà bien des maux de crâne à un bon nombre de professeurs, et c'est assurément là que se jouera la prochaine bataille éducative.













