40 ans du Mac : souvenons-nous des défauts de Mac OS « classic »

Pierre Dandumont |

Revenons quarante ans en arrière : le Minitel est le summum de la technologie, une fierté française, quand une petite machine qui lui ressemble un peu est lancée en grande pompe avec une publicité signée Ridley Scott. Il s’agit du Macintosh, qui ne porte pas encore le nom « 128K », mais ne va pas tarder à révolutionner le monde de l’informatique. Revenons sur cette époque que les moins de 50 ans n’ont pas connue, mais que vous pouvez aujourd’hui découvrir… et ainsi souffrir comme vos prédécesseurs ont souffert.

Dans un premier article, nous vous avons parlé du System 1.1, qui est (presque) la première version du système d’exploitation des Macintosh, et qui — sur certains points — est finalement assez proche de macOS Sonoma. Pour cet article, nous n’allons pas vous présenter les différentes itérations des (nombreux) systèmes d’Apple, mais revenir sur différentes particularités des versions classiques de Mac OS qui ont (heureusement) disparu. Parce que la nostalgie pour les anciens systèmes peut faire oublier quelques défauts, comme une stabilité (très) perfectible…

Dans la suite, nous emploierons parfois uniquement « Mac OS » pour évoquer les systèmes d’exploitation dits « classiques ». Ce n’est pas totalement exact étant donné que ce nom n’est apparu qu’avec Mac OS 7.6 en 1997, mais l’appellation était déjà courante chez les utilisateurs, même si Apple parlait de « System ».

Un problème d’émulation

Le meilleur moyen de découvrir les arcanes des anciens « System » et autres Mac OS consiste à passer par un véritable Mac. Nous l’avons évoqué dans l’article sur l’émulation du premier Macintosh, les émulateurs de Mac sont en effet assez limités : Mini vMac se restreint au System 6 au mieux, Basilisk II aux Macintosh à base de 68000 et donc à Mac OS 8.1 au maximum, et SheepShaver n’émule que les Power Macintosh, avec des contraintes sur le système d’exploitation (du System 7.5.x à Mac OS 9.0.4). Il y en a d’autres, comme QEMU ou PearPC, mais dans l’ensemble, un problème apparait rapidement : aucun émulateur ne prend en charge tous les systèmes, et ils sont (surtout) remplis de « hacks » pour certaines fonctions. Typiquement, vous ne pourrez par exemple pas simuler proprement un Power Macintosh 6100 et avec System 7.1.2 qui affiche Welcome to Power Macintosh.

Le seul système qui affiche Welcome to Power Macintosh ne peut pas être émulé (source : JournalDuLapin)

Dans l’ensemble, les émulateurs sont donc efficaces pour lancer une application sur un ordinateur moderne, mais ne permettent pas réellement de comprendre comment fonctionnaient les anciens Mac, tant ils sont remplis de modifications, bidouilles et restrictions sur les Macintosh simulés. Dans la pratique, un émulateur posera probablement beaucoup moins de soucis qu’un véritable Mac sur de nombreux points, en partie justement parce qu’il se limite à quelques Macintosh précis et bien documentés : sans cartes d’extension, ROM buggées et autres RAM instables, vous aurez évidemment beaucoup moins de problèmes. Les captures qui suivent viennent d’ailleurs essentiellement de vrais Macintosh.

Un drôle de multitâche

Pour commencer, la gestion du multitâche sur les anciens systèmes peut vraiment sembler étonnante aux personnes biberonnées aux processeurs dotés de dizaines de cœurs et aux UNIX. En effet, les trois premières versions du système d’Apple étaient fondamentalement monotâches. Si vous lanciez MacPaint, il fallait quitter MacWrite : en dehors des « accessoires de bureau », vous ne pouviez exécuter qu’une application à la fois. Si vous vouliez faire du rangement sur une disquette avec le Finder, il fallait donc aussi quitter l’application en cours, par exemple. Notons que cette limitation venait autant du logiciel que du matériel : les 128 ko de RAM du premier Macintosh n’auraient pas permis un multitâche fluide1.

Vous deviez quitter MacPaint pour accéder au Finder (ici dans un émulateur)

Avec le System 4, Apple a lancé le MultiFinder, une solution assez basique pour prendre en charge le multitâche. Dérivée du Switcher d’Andy Hertzfeld, un nom connu chez les amateurs de Macintosh, le MultiFinder implémente du multitâche coopératif dans les systèmes d’Apple, et il évoluera (un peu) avec les versions suivantes, jusqu’à l’ultime Mac OS 9.2.2. Cette solution est réellement un pis-aller : le multitâche coopératif nécessite — comme son nom l’indique — que les applications coopèrent avec le programme qui va les gérer, l’ordonnanceur (ou scheduler en anglais). C’est une très mauvaise idée, car les applications peuvent faire n’importe quoi… et ceux qui ont expérimenté les anciens Mac OS savent que c’est souvent le cas.

Une idée du multitâche sous Mac OS 9 : dans le coin de l’écran, vous pouviez voir la liste des applications lancées, dont le Finder.
avatar Sica | 

Mac se/30… mon premier mac perso. C’est sur qu’il a été redémarré un paquet de fois, et que la chasse aux extensions était un jeu exigeant… mais au moins, on maîtrisait la bête 😉

avatar horatius | 

Ah, la bombe, les conflits d’extension, les multiples redémarrages, et ramdoubleur :-)

avatar Kolof | 

Ma première expérience avec un Mac : MAO en 1985 (dans le studio). À l'époque on n'enregistrait que les données MIDI, donc aucun problème de puissance ou de mémoire. Tant et si bien que d'ailleurs, les Atari ST sortis quelque temps après faisaient aussi bien le job, à une fraction du prix (et avec l'interface MIDI intégrée). Par contre dans les deux cas il fallait un arsenal de machines externes (synthétiseurs, sampleurs, boîtes à rythmes, console de mixage, etc.) pour donner vie aux projets musicaux. Et un magnétophone multipistes (à bandes) si l'on avait des voix, des guitares etc. à ajouter.

Aujourd'hui on fait tout avec l'ordinateur : enregistrements audio, mixage, mastering, et c'est dans ce contexte que les Mac se montrent vraiment supérieurs au Côté Obscur de la Fenêtre.

avatar lepoulpebaleine | 

@Kolof

« les Mac se montrent vraiment supérieurs au Côté Obscur de la Fenêtre. »

Je suis un vrai macophile et je déteste Windows.
Mais certains amis musiciens font de la MAO sous Windows et cela ne pose aucun problème.

Du moment où on a une bonne interface audio (Focusrite, Universal audio, Motu, RME, Audient, j’en passe et des meilleures) avec évidemment des drivers stables et une bonne STAN (Ableton Live, Cubase, Logic Pro, Studio One, Pro Tools, etc), je crois que l’on peut travailler sérieusement, sous Windows.

avatar Brice21 | 

@lepoulpebaleine

"et une bonne STAN (Ableton Live, Cubase, Logic Pro, Studio One, Pro Tools, etc), je crois que l’on peut travailler sérieusement, sous Windows."

Logic Pro sous Windows ?

avatar lepoulpebaleine | 

@Brice21

Oui, pardon, petite erreur 😅

avatar imrfreeze | 

Merci pour cette remontée de souvenirs !! Ça m'a vraiment rappelé quand j'étais gamin, j'adorais regarder les extensions charger au démarrage. Revoir aussi le tableau de bord TCP/IP et le gestionnaire d'extension !
Il y a curieusement une habitude que je n'ai pas perdu encore aujourd'hui : lorsque je veux écrire une note, je me surprends encore à aller dans le Pomme !

avatar Mac1978 | 

Le Multi-Finder, la mémoire non protégée et les bombes qui nous faisaient perdre ce qui n’était pas sauvé dans les autres applications.

J’ai peine à croire qu’on acceptait ça

avatar pakal | 

et les plantages à répétition 🔁

avatar koko256 | 

Le système non préemptif... j'avais un app qui finissait immanquablement par faire planter le Mac (le bloquer pas la bombe) et du coup j'avais une "préférence" jamais enregistrée. J'ai fini par redémarrer exprès le Mac pour qu'elle soit enfin enregistrée dans les system prefs.

avatar Phiphi | 

Les affres du pseudo multitâche, on les a aussi largement subis avec Windows 3.1. On nous avait installé des IBM PC AT avec émulation 3270 essentiellement parce qu’il était devenu de plus en plus commun et bien plus pratique d’echanger des disquettes avec nos clients plutôt que des bandes magnétiques.
Et puis sont venus le courriel, et la possibilité de faire un peu de bureautique sans passer par le secrétariat.
Pendant très longtemps le premier suspect d’un plantage était « tu as voulu faire tourner plusieurs programmes en même temps ? » et l’argument de choc : les secrétaires ont des Mac, ça ne fait qu’une chose à la fois, c’est pour ça que ça marche bien !
Et puis un jour je me suis offert un Psion.
Ensuite à chaque fois qu’on me disait qu’un ordinateur personnel ne pourrait JAMAIS faire plusieurs choses à la fois correctement je faisait la même petite démo avec le Psion.
- Je lançais un fichier musical. Ce n’était pas génial, mais c’était de la vraie musique, pas comme sur le haut parleur interne d’un PC.
- Puis j’ouvrais une session de terminal, et la musique était imperturbable.
- J’ouvrais un texte, et basculait plusieurs fois du terminal au texte en faisant des copier coller, et toujours la musique, sans à coup.
- Je fermais le terminal pour changer de câble. (C’était LA contrainte, un seul câble de connexion car une seule prise) et je branchais si possible l’imprimante, sinon le téléphone.
- Et je balançais soit l’impression, soit un fax, sans que la musique n’en soit toujours le moins du monde affectée.
- Éventuellement, en parallèle, j’ouvrais une grosse feuille de tableur et en provoquait le long recalcul, alors que l’imprimante continuait à cracher, toujours en musique.

—> Alors je pouvais expliquer le « multitâche PRÉEMPTIF » et les sécurités qui devaient y être associées pour que plusieurs programmes ne puissent pas se perturber les uns les autres. (Et que donc chez Microsoft, vraiment, ils n’étaient pas sérieux.)

(À l’époque, les Mac, j’en avais vu, mais quasiment pas touchés.)

avatar hledu | 

Connu aussi le multi-tache non preemptif en développement Windows 3 en C, avec les API du SDK. Le cœur de chaque application devait être la boucle qui permettait en permanence d’attendre un message du système… Et surtout de ne pas passer trop de temps à faire autre chose ! 😊. Un petit mieux avec le passage au C++ et les classes d’objet fournies par Microsoft (les MFC) qui masquaient un peu les choses pour le développeur. C’était le bon temps! 🤪

avatar socotran77 | 

J'ai perdu tous mes cheveux à réinstaller le système et trouver la cause des plantages ! Entre internet en rtc qui décrochait et les bombes d'Apple

avatar amonbophis | 

Un vrai sentiment de nostalgie : en repensant aux extensions qui se chargent, au pic de stress quand la bombe apparaît, ou encore à cette interface grisée, ce ne sont pas des sentiments négatifs qui reviennent mais un état de flottement qui survient.
Ce n’était pas mieux avant, mais cela fonctionnait tant bien que mal….

Souvenir de mon powermac g3 beige 266mhz, overclocké (je ne sais plus à combien, il fallait faire avec le bus) avec carte d’enregistrement vidéo (en 240p) et les extension voodoo qui se chargeaient (voodoo 3000), sous macos8.5 que je trouvais la meilleure version de macOS

avatar melaure | 

C’est bien de rappeler que sous Amiga OS quand on formattait une disquette on gardait la main !

Après il faudrait faire la même liste des points forts des systèmes classiques. Par exemple un simple copier coller du système sur un autre volume et hop il est bootable. Pas de clonage compliqué.

Et si vous renommez votre dossier système en toto, le Mac bootera quand mème car ce sont les infos en ressources qui comptent, pas le nom. Sur PC, renommez C:\Windows en C:\toto, c’est mort !!!

avatar raoolito | 

@melaure

L'amiga OS etait vraiment en avance !!!

avatar Albator1138 | 

@ Pierre Dandumont

Merci pour cette superbe madeleine de Proust !! :-)

avatar zfil | 

Ce qui était cool quand même c’était la possibilité de pas mal bidouiller et personnaliser ..
Je ne souviens plus de son nom mais j’avais un utilitaire qui bidouillait les ressources pour appliquer des themes sur toutes l’interface.

Sinon en terme de mauvais souvenirs je pense que le système 7.6 était vraiment une des pires version pas stable ca crashait tout le temps…

avatar Derw | 

@zfil

ResEdit ?

avatar Sebc62 | 

@zfil

Kaleidoscope

avatar gaurejac | 

Bien réglé, ça tournait bien (et c'était des systèmes efficaces et peu gourmands)

Mais oui, 1000 fois oui...la stabilité c'était pas ça.

Bon la moindre instabilité matérielle (G3 blancs bleus...) ou sur le bus SCSI et c'était tout qui s'écroulait...

et il y a eu le paroxysme des 7.5.2 sur mac à bus PCI, ou alors l'exception culturelle française des macOS 8.5 à 9 Fr sur HFS+ (et quand les clients avaient installé des versions française et US des conversions encodage texte..)
"TheThing" qui revenait d'ailleurs à chaque passage d'heure d'été à heure d'hiver !!

Pour le "déverminage" des extensions et TdB je me rapelle que je les classais dans le "gestionnaire d'extensions" par produits, et que je commençais par démarrer avec que les extensions du système, puis je rajoutais petit à petit en coloriant les icones avec une couleur de famille à chaque fois que c'était validé.

On avait aussi d'autres joyeusetés :
- le dossier "partage de fichiers" qui s'encombrait de centaines voir milliers de fichiers correspondant à chaque support externe monté et ralentissait le démarrage
- le fichier "AppleSharePDS" qui mémorisait des serveurs à monter qui n'existaient plus et empêchait le démarrage
- des corruptions de fichiers préférences dont parfois ceux liés à OpenTransport ou les logs de connexion PPP ou Remote Access qui faisaient plusieurs Mo
- les Norton Utilities trop vieux qui corrompaient tout
- le pilote des models USB ADSL raie manta...

Donc bon, le bon vieux temps oui et non !!

avatar Celeri | 

Quel utilisateur d'anciens Mac pourrait avoir oublié les fameuses erreur "Type 11" dont l'origine pouvait être à peu près tout et n'importe quoi ?

Avec le recul que j'ai aujourd'hui, je ne peux que me rendre compte à quel point Mac OS était loin d'être parfait, et j'ai passé des heures à gérer mes extensions/TdB pour identifier les conflits plantogènes. J'ai aussi zappé un nombre incalculable de fois ma PRAM en espérant que ça résolve miraculeusement un problème quelconque (spoiler : c'était non dans 99% des cas). J'ai énormément pesté devant le système d'allocation mémoire manuelle qui imposait souvent d'augmenter la mémoire allouée à des applications, car la valeur par défaut ne suffisait pas à la faire fonctionner correctement. Et j'en oublie...

Mais à côté de ces problèmes, que de souvenirs agréables ! C'est sur Mac que j'ai découvert l'informatique, à une époque où personne n'en parlait dans mon collège, puis au milieu de fans de PC dans mon lycée. J'étais heureux d'ignorer les soucis liés aux fichiers CONFIG.SYS et AUTOEXEC.BAT. J'étais fier de pouvoir dessiner mes propres icônes pour mes dossiers/disques/documents, en couleur, avec ColorPaint. Je bidoullais comme un fou des piles HyperCard avec du code facile à lire et un résultat graphique très sympa quand mes copains ne pouvaient faire que des programmes en mode texte. Je jouais à des jeux SVGA quand ils étaient bloqués au VGA tout moche avec des sons horribles (Prince Of Persia, SimCity 2000, Myst...). J'adorais aussi récupérer de sons de jeux ou d'applis via ResEdit pour en faire des sons d'alerte ou de démarrage... Des choses qui ne sont pas forcément très productives en soi, mais qui me donnaient l'impression de faire de l'informatique selon mes envies, de manière intuitive et créative.

Donc non, en effet, ce n'était clairement pas mieux avant... Mais c'était malgré tout tellement bien — en tout cas pour un ado dont le boulot ne dépend pas de sa machine !

avatar zypic | 

Mon premier Mac, en 1993 c’était un PC sous NeXTStep version 3.3.
Le suivant, c’était une NeXT Station Color, rachetée d’occasion. Que du bonheur, un avion de chasse, une puissance phénoménale, des applications de ouf.
Un tableur multidimensionnel (Improv/Quantrix = 12 dimensions, plus de cinq ans ou 10 avant qu’une solution approchante n’arrive sur Excel) incroyable à l’époque.
Jamais de ralentissement, sauf quand il n’y avait quasiment plus de place sur le disque dur, donc plus de place pour le swap…

avatar Emile Courrier | 

Les conflits d'extensions... Que de souvenirs ! Mais bon, sans dire que c'était mieux avant (ça ne l'était pas), toutes ces joyeusetés, qui pour une bonne partie des MacUsers de l'époque faisaient partie de la courbe d'apprentissage du Mac (J'ai commencé sur Performa 460), étaient particulièrement fréquentes au moment du système 7.5 (celui de la transition 68K / Power PC) et se sont estompées avec le système 8 (surtout avec Mac OS 8.6) et les plantages étaient rares avec Mac OS 9.2.2, la dernière version...
Et certaines fonctionnalités, qui n'existent plus, me manquent : par exemple, j'étais un grand fan (certains ici vont hurler 😝) de Kaléidoscope, au point d'éditer même, à partir de thèmes existants, mon terme personnalisé (Aaaaah, ResEdit !). Sur MacOS X, il y a eu quelques tentatives de personnalisation de l'interface, mais le système était devenu beaucoup plus compliqué, et les changements parfois abrupts d'Apple ont rapidement découragé les développeurs... Du coup, un petit peu de nostalgie est là...

avatar Aimable | 

Ça me donne envie d’aller redémarrer mon power mac g4 sous Mac OS 9!

avatar melaure | 

Exactement, je me souviens de tas de bonnes choses sur les OS classiques. D’ailleurs qui d’autres a proposé un gestionnaire d’extension qui permet d’activer/désactiver sans désinstaller et de manière graphique par un simple click dans ces âges anciens ?

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