Apple Silicon : « les Mac resteront les Mac que vous connaissez et que vous aimez »

Anthony Nelzin-Santos |
Club iGen 👑

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Pour la première fois de l’histoire de l’informatique personnelle, une entreprise maitrise entièrement la conception de ses ordinateurs, du système d’exploitation aux processeurs1. Cette entreprise, vous l’aurez compris, c’est Apple. Échaudée par la stagnation des processeurs PowerPC puis Intel, encouragée par le succès des processeurs de l’iPhone, Apple intègrera ses propres puces aux futurs Mac.

Un Mac doté d’un processeur Apple exécute un système GNU/Linux dans une machine virtuelle. Image Apple.

Le Mac devient un iPhone comme un autre

La grande entreprise de refondation de macOS parvient à sa conclusion logique : après avoir revu toutes les couches intermédiaires, Apple ravale la façade avec macOS Big Sur, et reprend les fondations avec une nouvelle microarchitecture. Depuis hier, les architectures x86 et ARMv8-A sont traitées sur un pied d’égalité. Apple devrait présenter de nouvelles machines dotées d’un processeur Intel cette année, et prendre en charge les machines existantes pendant quelques années.

Mais in fine, tous les Mac embarqueront du « silicium Apple ». Apple utilisera le même matériel de la plus petite montre à la plus grande station de travail, mais en proposera différentes « expressions », correspondant à différentes expressions d’un logiciel maintenant largement mutualisé. Le Mac est un iPhone comme un autre, et l’iPad est une Apple Watch comme une autre, en quelque sorte.

La pile technologique des plateformes d’Apple. Même si quelques différences subsistent, les frameworks sont maintenant largement mutualisés. L’interface s’adapte au matériel, telle expérience s’appelant « macOS » et telle autre « iOS ». À gauche : aujourd’hui, les architectures x86 et ARMv8-A sont traitées sur un pied d’égalité. Au centre : dans un futur proche, la part des processeurs Intel va diminuer, et certaines nouveautés seront réservées aux puces d’Apple. À droite : à terme, tous les appareils frappés d’une pomme utiliseront des puces frappées d’une pomme.

Regardez le keynote d’introduction, et vous n’entendrez pas une seule fois le mot « ARM »2. C’est que l’enjeu réside moins dans l’opposition entre les architectures x86 et ARMv8-A que dans les possibilités offertes par les circuits conçus par l’équipe de Johny Srouji (lire : La longue liste à puces d’Apple). Dans un monde où les processeurs sont des « systèmes sur puce », Apple reprend le contrôle de la destinée du Mac.

Les processeurs modernes seraient suffisamment puissants pour réaliser toutes sortes de calculs, mais l’efficacité vaut mieux que la puissance. Les algorithmes modernes peuvent réaliser des tâches extraordinairement pointues, mais les branches logicielles sont moins rapides que les gravures dans le silicium. Apple conçoit des circuits spécialisés parce que ceux qui prennent le logiciel au sérieux doivent fabriquer leur propre matériel.

Certains voudront commenter l’abandon des processeurs Intel, mais il vaut mieux se concentrer sur l’adoption des technologies Apple. Avec la puce A12Z, le developer transition kit hérite ainsi de la secure enclave qui maintient l’intégrité des opérations cryptographiques, et du neural engine qui s’intéresse à l’intelligence artificielle. Surtout, c’est le premier Mac « moderne » dont les graphismes ont été conçus à Cupertino.

Quelques-unes des possibilités offertes. La technologie big.LITTLE permettra d’utiliser les cœurs les plus puissants lorsqu’il faut accélérer les calculs intensifs, mais aussi les cœurs les plus économes lorsqu’il faut économiser la batterie. Les cœurs économes pourront rester actifs en veille, pour maintenir une connexion avec le nuage et toujours récupérer les dernières données. Les nouveaux graphismes permettront d’améliorer la qualité de l’affichage lors de l’utilisation de Sidecar. Le contrôleur d’alimentation devrait être capable de tirer la substantifique moelle de la batterie, grâce à l’expérience accumulée sur iPhone. Enfin parmi d’autres exemples, le processeur de traitement de l’image améliorera la qualité de la webcam sans même changer son capteur. Image Apple/MacGeneration.

Depuis trois ans, et après avoir embauché les meilleurs spécialistes du domaine, Apple conçoit ses propres circuits graphiques. Ce petit détail, presque passé sous le radar, aura de grandes conséquences pratiques. Les futurs Mac possèderont une banque de mémoire unifiée, partagée par le processeur et le circuit graphique, dont les communications seront ainsi accélérées.

Le « vieux » circuit graphique de l’Apple A12Z gère d’ores et déjà deux écrans ProDisplay XDR, ses successeurs n’auront aucun mal à faire oublier les circuits intégrés par Intel. Reste une seule inconnue : Apple compte-t-elle rivaliser avec les cartes dédiées, ou bien a-t-elle prévu d’adapter son architecture aux cartes additionnelles, pour les besoins des stations de travail ?

Une transition ordonnée

En attendant d’obtenir une réponse à cette question, Apple tient à rassurer les développeurs et les utilisateurs, et assurer la continuité de l’esprit du Mac. Le message est clair, « les Mac resteront les Mac que vous connaissez et que vous aimez », explique Andreas Wendker. Le vice-président de l’ingénierie logicielle déroule un catalogue, comme un programme pour les futurs développements :

Ils feront tourner les mêmes applications professionnelles puissantes, ils offriront les mêmes API, ils laisseront les utilisateurs créer plusieurs volumes avec différentes versions du système d’exploitation, ils laisseront les utilisateurs démarrer depuis un disque externe, ils prendront en charge les pilotes de périphériques, et ce seront de formidables machines UNIX pour les développeurs et la communauté scientifique qui pourront utiliser leurs logiciels favoris.

Rosetta assure que les applications actuelles, compilées pour les processeurs Intel, tourneront sur les futures machines sans la moindre modification. Avec la compilation anticipée, les applications distribuées par le biais de l’App Store ou sous la forme de paquets sont « traduites » lors de l’installation, et les autres au premier lancement. Seules les applications utilisant des systèmes de compilation à la volée seront traduites dynamiquement.

Universal permet de concevoir des fat binaries, compilées pour les architectures x86 comme ARMv8-A, pour éviter les pénalités inhérentes au processus de « traduction » de Rosetta. Cette technique est éprouvée : elle a été utilisée lors de la transition des processeurs PowerPC vers les processeurs Intel, et pour le maintien de la compatibilité avec les systèmes 32 bits lors de l’adoption de l’architecture x86-64.

Apple assure que la plupart des applications peuvent être adaptées « en quelques jours », et que les projets les plus complexes demandent seulement « quelques semaines » de travail. Toutes les applications intégrées au système, et les applications professionnelles comme Final Cut et Logic, ont déjà été adaptées. Pour faciliter la transition, Apple assiste les principaux projets open source, et travaille avec Unity pour les graphismes comme Parallels pour la virtualisation.

Documents by Readdle, une application iOS tournant sous macOS Big Sur. Image Apple/MacGeneration.

Les applications natives, qu’elles aient été conçues avec AppKit ou SwiftUI, ou même portées depuis l’iPad avec Catalyst, sont concernées. Mais les futurs Mac dotés d’une puce Apple seront capables de faire tourner les applications iOS sans le moindre changement… et sans la moindre optimisation. Oh, Apple insiste. Les applications Mac devraient être développées avec AppKit ou SwiftUI, et les applications iOS devraient être adaptées avec Catalyst.

Sauf que le loup est dans la bergerie : « nous prévoyons de proposer les applications iPhone et iPad dans le Mac App Store », explique Ali Özer, directeur des frameworks Cocoa. Les choix des développeurs détermineront la trajectoire de la plateforme, qui pourrait bien être réduite au plus petit dénominateur commun.


  1. Seule IBM s’était approchée d’une telle intégration avec les ThinkPad 800, commercialisés entre 1994 et 1998, dotés d’un processeur PowerPC 603 et capables d’utiliser les systèmes OS/2 Warp et AIX. Mais les processeurs PowerPC étaient conçus dans le cadre de l’alliance AIM avec Apple et Motorola, et ces machines étaient aussi vendues avec Windows NT et Solaris. ↩︎

  2. Il est prononcé dans le state of the union, plus particulièrement dédié aux développeurs, mais uniquement pour parler de la « traduction » des instructions. ↩︎

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avatar totoguile | 

Super article !

Je trouve interessant le virage pris par Apple. Lors de la transition PPC ver x86, le but était de séduire les utilisateurs windows. Ici, tout est fait pour rassurer et amener les utilisateurs iPhone/iPad vers le Mac.

avatar Paul Position | 

@ totoguile

Le but était tout simplement d'avoir des macs rapides... Windows c'était une sorte de cerise sur le gâteau.

avatar melaure | 

Mauvaise nouvelle alors, je les déteste ces macs actuels figés soudés qui sont les pires de toute l’histoire de la pomme. Non a l’ordinateur kleenex de luxe !!!

La transition vers ARM pas de problème mais si c’est pour les mêmes briques !

Rien a attendre de bon du coup ...

avatar Hugualliaz | 

@melaure

Pas nécessairement, la fiabilité des appareils iOS n’est plus à démontrer ! Cela peut-être très intéressant par rapport aux Mac qui finissent souvent par rencontrer un problème plus ou moins important.

En revanche, ce qui m’interroge c’est la durabilité : est-ce que ces ordinateurs pourront tourner pendant 10ans ou auront une vie plus courte que nos appareils iOS...

avatar Sindanárië | 

@melaure

Hormis le Mac pro, et l’iMac, tout va devenir sur le modèle iPad / iPhone donc tout soudé compact. Le macmini et les laptops suivront ce modèle jusqu’à disparaître pour laisser la place à un super iPad pro. Le Macpro avec les évolutions en miniaturisation et refroidissement basculeront vers un format proche d’un gros mini... L’Apple Tv fusionnera avec le home pod et fera routeur / nas tout en un... l’iPhone disparaîtra au profit de tout dans la watch qui aura des lunettes connectées associées pour avoir une interface plus complète !
Tout vas à la miniaturisation et la mobilité inéluctablement, et tous les appareils seront identiques sur le hardware, les options et l’évolution se feront par abonnement qui débrideront les capacités dans le hardware !
Tu veux plus de ram, de stockage, de puissance de calcul ou d’affichage : tu payes in-app et c’est activé à la demande, à l’abonnement! Comme chez Adaube et Tesla, déjà mais aussi sur le hardware

avatar Malouin | 

@Sindanárië

Cette fascination pour le chaos et cette prétention à connaître l’avenir m’interroge toujours...

avatar YetOneOtherGit | 

@melaure

Ce sera peut-être l’occasion de te voir partir vers d’autres cieux au lieu de continuer à souffrir face à des offres qui ne sont pas pensées en fonction de tes désires 😎

avatar harisson | 

@melaure

En plus de ça, le mac fixe et soudé va se transformer en iDevice par l'intermédiaire des apps.

avatar YetOneOtherGit | 

@harisson

"va se transformer en iDevice par l'intermédiaire des apps."

Assertion qui me laisse assez dubitatif.

Je ne vois pas en quoi le fait de pouvoir faire tourner nativement de app iOS rapprocherait les usages du Mac de ceux d’un iPhone.

C’est un bénéfice corollaire, pas un game changer, de mon point de vue.

Au final qu’a tu peur de ne plus pouvoir avoir comme usage sur les Mac ?

avatar fte | 

@YetOneOtherGit

"Je ne vois pas en quoi le fait de pouvoir faire tourner nativement de app iOS rapprocherait les usages du Mac de ceux d’un iPhone."

D’un iPhone, probablement réducteur. D’un iPad... hum.

L’avantage est que pour un dev, développer une app pour 100 mio d’ iPad/Phone tournera aussi sur les quelques millions de Mac qui traîneront, avec un minimum d’effort.

Tout comme développer avec Electron permet de déployer sur Windows et ses milliards de machines, et sur les autres systèmes anecdotiques sans effort, dont macOS.

Les utilisateurs s’adaptent à ces applications venues d’ailleurs et ne respectant pas les coutumes locales. Au moins on a ces apps. C’est mieux que de ne pas en avoir...

Voilà pourquoi les usages se rapprochent d’iOS. Ou s’éloignent de macOS plutôt. Il n’y a plus de création d’apps macOS (dans le sens pensées et développées pour macOS en premier ou seul).

avatar YetOneOtherGit | 

@fte

"Voilà pourquoi les usages se rapprochent d’iOS. Ou s’éloignent de macOS plutôt. Il n’y a plus de création d’apps macOS (dans le sens pensées et développées pour macOS en premier ou seul)."

Le marché de la création d’app majeurs sur ordinateur personnel est très peu actif depuis longtemps déjà.

C’est pour ça que je te parlais d’usages.

La plus grande part du marché est monopolisée par quelques acteurs avec des solutions en natif.

Ce que vous appelez l’ioisation de MacOS n’est que la continuation par d’autres moyens d’un mouvement général sur toute les plateformes : les applications développées avec des solutions issues des technologies web tel Electron.

On a clairement une segmentation de l’offre avec les quelques applications « lourdes » historiques en natif et de plus en plus de « nouveaux » usages reposant sur des technologies cross-plateforms.

A titre personnel je préfère largement que ce type d’application soit basées sur iOS que sur Electron et non je ne vois pas en quoi cette possibilité changerait les usages et les réalités actuelles.

avatar fte | 

@YetOneOtherGit

"et non je ne vois pas en quoi cette possibilité changerait les usages et les réalités actuelles."

Les outils modifient les pratiques, les évolutions d’outils forcent des évolutions des pratiques.

Les outils changent. Les pratiques suivront. Ça s’est produit ainsi, ça se produit ainsi, ça se produira ainsi.

On pourrait même poser l’hypothèse que l’outil transforme plus que les pratiques, il transforme l’humain. Utilisons-nous des outils à main parce que nous sommes bipèdes, où sommes-nous bipèdes parce que nous utilisons des outils à main ?

avatar YetOneOtherGit | 

@fte

"Les outils modifient les pratiques"

Je trouve que tu as une guerre de retard, les application non native constitue déjà une part dominante des nouvelles offres logicielles ayant du succès ces dernières années.

Je continue à ne pas voir en quoi cette annonce change particulièrement la donne.

Quelles sont les offres majeurs en terme de PDM apparues ses dernières années sur W10 ou MacOS qui soient en natif ? C’est marginal depuis longtemps.

À te lire on croirait que le marché du logiciel natif sur ordinateur personnel est florissant en dehors des quelques majors historiques.

Ce qui n’est absolument pas le cas.

avatar fte | 

@YetOneOtherGit

"Je trouve que tu as une guerre de retard"

Oh je sais. Mais tellement de gens ici en particulier ou ailleurs ne se sont pas encore rendu compte du phénomène...

avatar YetOneOtherGit | 

@fte

Rien d’insultant dans mon propos, j’ai juste le sentiment que nous ne partageons pas la même vision de l’état du marché.

Toutes plateformes confondues tu vois ces dernières années une activité florissante de nouvelles propositions d’app native ?

Je suis très loin d’être un thuriféraire des horreurs de type electron mais force est de constater que la plus grande part des nouveautés à succès de ses dernières années ayant rencontré un réel succès commercial reposent sur des approches de ce genre.

avatar fte | 

@YetOneOtherGit

"Rien d’insultant dans mon propos"

Je n’y avais même pas pensé.

avatar fifounet | 

@fte

"Tout comme développer avec Electron permet de déployer sur Windows et ses milliards de machines, et sur les autres systèmes anecdotiques sans effort, dont macOS."

🤪🤢

avatar fte | 

@fifounet

"🤪🤢"

Enfin quelqu’un qui remarque ce commentaire perfide. 🤣

avatar YetOneOtherGit | 

@fte

"Enfin quelqu’un qui remarque ce commentaire perfide. 🤣"

Relis mes propos, l’envie de vomir devant cette horreur y est intégrée 😫

Mais hélas je crois que tout un pan des nouveaux usages à succès reposes et reposera sur ces approches.

C’est pourquoi je disais que je préfère largement une app iOS tournant sur MacOS que tous ces frammework basés sur des technologies webfront et l’immonde JS. 😉

avatar fifounet | 

@YetOneOtherGit

"Mais hélas je crois que tout un pan des nouveaux usages à succès reposes et reposera sur ces approches."

Oui mais pour garder espoir, dans le même style, heureusement que HTML5 a eu raison de cette bouse immonde qu’était Flash

avatar YetOneOtherGit | 

@fifounet

Au regard de l’économie du secteur, je n’ai que peu d’espoir 😩

avatar fte | 

@fifounet

"Oui mais pour garder espoir, dans le même style, heureusement que HTML5 a eu raison de cette bouse immonde qu’était Flash"

Flash est devenu une bouse immonde, gourmande, instable, trouée comme de l’emmental... mais Flash, héritier de Director, héritier d’Hypercard, était un bel outil, efficace, puissant. (ActionScript était à mon avis encore pire que JavaScript, mais c’est une autre histoire.) Tellement mal utilisé...

Note les trackers et ads du web d’après Flash ne font guère de faveur à HTML5/JavaScript.

Les deux technologies indépendamment de leurs qualités ou défauts sont détournées pour des usages malicieux.

Je ne regrette pas Flash, qu’on se comprenne bien. ;)

avatar YetOneOtherGit | 

@fte

"ActionScript était à mon avis encore pire que JavaScript, mais c’est une autre histoire."

Et pas mal de dev in name only Action Script ce sont reconvertis en front JS 🤢

avatar fte | 

@YetOneOtherGit

"Et pas mal de dev in name only Action Script ce sont reconvertis en front JS 🤢"

Plein de gens ont perdu leur gagne-pain avec la disparition de Flash... il a bien fallu se reconvertir.

J’en connais. Ce n’était vraiment pas marrant pour eux.

avatar YetOneOtherGit | 

@fte

Et je vois venir une nouvelle vague de dégâts sur l’intégration web et le front « mécanique  »

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