Apple en Chine : pourquoi Donald se Trump

Anthony Nelzin-Santos |

« Nous ferons en sorte qu’Apple fabrique ses foutus ordinateurs et gadgets dans notre pays plutôt qu’à l’étranger. » Beaucoup se sont moqués de la dernière sortie de Donald Trump, nouvelle preuve — s’il en fallait encore — de sa bêtise crasse. Mais peu ont expliqué pourquoi sa proposition restera à l’état de promesse électorale, à moins que le candidat à l’investiture républicaine ne change radicalement de programme. Décryptage.

Donald Trump. Image (et image de une) CC Gage Skidmore.
Donald Trump. Image (et image de une) CC Gage Skidmore.

Apple en Chine : le coup de maître de Tim Cook

Lorsque Tim Cook prend la direction des opérations de la société en 1998, Apple vient tout juste d’ouvrir sa boutique en ligne. Il lui faut raccourcir les délais de livraison de machines devant être vendues au prix fort mais produites à moindre coût, sans immobiliser des hommes et des capitaux par le maintien d’un imposant stock. Il ne lui faut pas seulement vendre, mais diminuer le coût des ventes et augmenter sa marge nette.

Bien sûr, Steve Jobs avait commencé le travail en sacrifiant des lignes entières de produits pour libérer des entrepôts poussiéreux et fermer des divisions ruineuses. Mais s’il recrute Tim Cook, c’est pour passer à l’échelle supérieure, alors qu’Apple perd encore 100 millions de dollars par trimestre. Tout frais sorti de six mois à la tête des opérations de Compaq, alors numéro 1 mondial de l’informatique, et de douze ans à la direction de la stratégie nord-américaine d’IBM, Tim Cook va trouver la solution en Chine.

Tim Cook en visite dans une usine Foxconn. Image Apple.
Tim Cook en visite dans une usine Foxconn. Image Apple.

À la fin des années 1990 en effet, il devient plus rentable et surtout plus rapide d’expédier des pièces en Chine pour assemblage, et d’envoyer le produit fini directement au client. S’il conserve quelques plateformes logistiques et deux chaînes d’assemblage dédiées à des configurations spécifiques, Tim Cook ferme rapidement la plupart des installations d’Apple en Amérique du Nord et en Europe.

Il va accompagner — et parfois précéder — toutes les tendances de ce mouvement de délocalisation et de sous-traitance : la froide exploitation d’abord, la mise en place de garde-fous sociaux et environnementaux ensuite, et maintenant la vente à la classe moyenne qui a émergé du boom économique chinois. Le CEO d’Apple voit aujourd’hui les plus hauts salaires des ouvriers locaux rejoindre les plus bas salaires des ouvriers américains, et des entreprises chinoises commencer à délocaliser à leur tour.

Apple en Chine : Shenzhen, la ville-usine

Pour autant, Tim Cook ne prépare pas la relocalisation de la chaîne de production d’Apple aux États-Unis, du moins pas à court ou moyen terme. La Chine accueille la moitié des 700 fournisseurs de la firme de Cupertino, et les lignes d’assemblage géantes de son principal sous-traitant, Foxconn. Celles de l’usine du Longhua Technology Park sont consacrées aux Mac et à l’iPad, celles de l’usine du Guanlan Technology Park sont dédiées à l’iPhone. Cette dernière ressemble à une ville dans la ville, avec son autoroute à huit voies, ses restaurants, ses dortoirs, ses filets anti-suicide.

Cette ville, c’est Shenzhen. Ce petit village de pêcheurs obtient le statut de zone économique spéciale en 1979 : il devient dès lors une interface entre la Chine et le reste du monde, un territoire ouvert sur la mer et les capitaux, le lieu où se rencontrent les sociétés occidentales et les salariés chinois. C’est aujourd’hui une mégapole de 11 millions d’habitants, qui accueille des milliers de sociétés et débouche sur le troisième plus grand port à conteneurs du monde.

Des salariés de Foxconn. Image Apple.
Des salariés de Foxconn. Image Apple.

Cet incroyable développement est le fruit d’une politique systématique et systémique. Des voies d’immigration interne se sont ainsi ouvertes pour « alimenter » Shenzhen en main-d’œuvre saisonnière, et financer le développement des zones agricoles qui la fournissent. La ville est bloquée au Sud par les « Nouveaux Territoires », mais les villages environnants sont progressivement incorporés, et la nature littéralement remodelée pour laisser place à de nouvelles usines.

Bref, elle est conçue comme un nœud vers lequel arrivent les ouvriers et les pièces détachées, et duquel repartent les produits finis. Apple présente un nouvel iPhone ? Des dizaines voire des centaines de milliers de jeunes arrivent des terres, et travaillent jusqu’à l’épuisement pendant quelques semaines, avant de repartir. Les appareils sont assemblés « en flux tendu » avec une main-d’œuvre recrutée « juste à temps », un modèle d’une efficacité redoutable et d’une rentabilité incomparable.

Apple en Chine : et ailleurs !

Mais un modèle qui n’est pas extensible à l’infini — la croissance de Shenzhen ralentit, les flux migratoires se grippent, les salaires augmentent. On voit s’organiser un mouvement de délocalisation interne à la Chine : sous la pression d’Apple notamment, Foxconn s’installe au plus près des « réservoirs » de main-d’œuvre, et conçoit des usines plus modestes et plus robotisées. Certains iPhone sont ainsi assemblés à Chengdu, au pied du plateau tibétain, d’autres à Zhengzhou, dans le centre du pays, d’autres encore à Taiyuan, dans le nord.

On ne peut pas comprendre l’importance de ces chaînes d’assemblage sans comprendre l’importance de l’industrie asiatique. Si elle s’approvisionne auprès de 300 entreprises chinoises, Apple compte 130 fournisseurs au Japon, 36 à Taïwan, 13 à Singapour, une cinquantaine en Thaïlande, en Malaisie, au Viêt-nam, aux Philippines et en Indonésie. Des fournisseurs responsables de la production des écrans et des châssis, des puces mémoire et des SSD, des accessoires et des étuis…

Laudit dune usine dun fournisseur chinois dApple. Image Apple.
L’audit d’une usine d’un fournisseur chinois d’Apple. Image Apple.

La liste des fournisseurs d’Apple décrit le monde industriel moderne : à l’Europe et aux États-Unis la conception de certains des composants les plus complexes et les plus secrets ; au Japon, à la Corée du Sud et à Taïwan celle des écrans et des puces flash. L’Asie du Sud-Est permet de fabriquer le tout à bas coût, la Chine construit ce qu’il manque et — surtout — assemble le tout avant de le renvoyer.

Ce schéma grossier souffre évidemment d’exceptions : Foxconn s’est implantée au Brésil pour servir le marché sud-américain émergent sans souffrir des politiques protectionnistes, et les configurations personnalisées des Mac sont finalisées chez Quanta en Californie ou dans la dernière usine que possède Apple en Irlande pour ne pas perturber la production des configurations standard.

Mais ces exceptions semblent confirmer la règle : non seulement Apple n’a pas l’intention de partir de la Chine, mais elle tend à y renforcer sa présence. La Chine n’est plus seulement une usine, mais aussi un centre de développement, dans lequel la firme de Cupertino a ouvert un imposant campus. La question n’est donc plus celle de la relocalisation des capacités industrielles — elle devient celle de la concurrence des éducations supérieures.

Apple en Chine : des emplois qui ne reviendront pas

Trump se bat pour des emplois qui « ne reviendront pas », comme le disait justement Steve Jobs. Plus récemment, Tim Cook exposait très clairement les raisons du succès chinois, en mettant l’accent sur la conception même des usines :

La Chine a mis un accent énorme sur ses capacités de production. […] Les États-Unis, au fil du temps, ont commencé à ne plus avoir autant de ces profils [d’ouvriers et de salariés de l’industrie]. Je veux dire par là que vous pourriez prendre tous les outilleurs ou ajusteurs américains et vous pourriez certainement les réunir dans cette pièce où nous sommes. En Chine, il vous faudrait plusieurs stades de football. Cela a été un objectif pour eux, un objectif de leur système éducatif, et c’est la réalité aujourd’hui.

Des composants indispensables sont (encore) conçus et fabriqués en Amérique du Nord et en Europe — les vitres des appareils iOS dans le Kentucky, leurs processeurs au Texas, leur accéléromètre en Allemagne, certaines petites puces en France. À en croire le Progressive Policy Institute, le développement et la commercialisation d’applications iOS financent 1,4 million d’emplois aux États-Unis et 1,2 million en Europe.

La formation de salariés de Foxconn. Image Apple.
La formation de salariés de Foxconn. Image Apple.

Si relocalisation des capacités industrielles il y a, elle se fait à grand renfort de robots et de techniques de pointe, comme le montre l’exemple de la chaîne de fabrication du Mac Pro. En voilà, un enjeu politique, économique, et social ! Foxconn ambitionne de mettre en service des centaines de milliers de robots, non pas seulement pour abaisser ses coûts de production, mais parce que le gouvernement chinois veut former plus longuement une partie de la jeunesse plutôt que de l’envoyer dans les usines.

Donald Trump veut quand même forcer Apple à fabriquer « ses foutus ordinateurs » aux États-Unis ? Cela lui demandera de changer son programme du tout au tout, d’abandonner le libéralisme en faveur d’un interventionnisme musclé, et d’oublier ses théories racistes pour mieux voir les aspects macro-économiques des migrations. Il devra aussi réussir là où d’autres plus subtils ont échoué, en débloquant le débat sur le financement de la rénovation des infrastructures et la réforme du système éducatif, sans quoi rien de tout cela ne sera possible.

Pendant ce temps, les usines chinoises continueront à tourner à plein régime, et les capitaux chinois continueront d’affluer dans les pays voisins qui prennent progressivement le relais. En parallèle, les universités et les instituts chapeautés par l’État continueront à former des dizaines de milliers d’ingénieurs par an, avec comme mission de rivaliser avec les meilleures entreprises occidentales dans la conception de composants de pointe… et de robots.

« Rendre leur grandeur » aux États-Unis et concurrencer la Chine, c’est plaider pour une transformation radicale du système éducatif et des structures économiques américaines. Un programme sans doute trop ambitieux pour un candidat qui n’a d’autre opinion que le populisme et d’autre ambition que le pouvoir.

avatar MrMeteo | 

Magnifique titre !

avatar karayuschij | 

Bof… un jeu de mot facile très (trop) usé…

avatar heret | 

moui, il est aussi fin qu'un éléphant...

avatar karayuschij | 

Dans la presse en ligne à chaque fois qu'un article parle de D Trump les commentaires sont toujours pleins de jeux de mots à propos d'éléphant (l'emblème des Républicains aux USA) et de trompes… (Un éléphant ça trompe énormément… etc…)
Donc rien de vraiment nouveau et/ou génial dans se titre…
Au contraire ça sent le réchauffé (et le manque d'imagination).

avatar bugman | 

@heret :
Normal ! Un éléphant ça Trump énormément !

avatar C1rc3@0rc | 

C'est un milliardaire populiste, animateur TV et un vieux routard de la politique. Il connait tous les rouages des media, a une parfaite maitrise des mafia, sait comment amuser le peuple americain,.. De plus il est l'heritier d'une longue lignée d'exploiteurs et de promoteurs immobilier qui n'avaient pas grand chose a apprendre d'un Rockefeller...

Donc ses competences politiques sont parfaites pour se faire élire au USA. Son seul vrai challenge va etre de resister au rouleau compresseur de la dynastie Bush, mais sinon il est le plus presidentiable!

Faut aussi se rendre compte que les USA c'est pas un pays, c'est une constellation d'Etats, de villes et de zones ayant chacun leurs interets, leurs politiques, leurs lois (ou absence de lois), qui sont profondement egocentriques. Des qu'on s'eloigne des grand metropoles, on retombe dans des zones dont le seul droit c'est celui du sheriff et des fermiers rois sur les hectares.

Se faire elire a la tete de ce pays, c'est savoir parler aux interets divergents d'une majorité tout en sachant eviter de se mettre a dos les minorités signifiantes...
Bref etre un populiste habile et un menteur professionnel est le seul gage de réussite pour etre a la tete de ce pays.

avatar MisteriousGaga | 

Je suis allé lire cette News juste parce que le nom de celle ci m'a fait éclater de rire !

avatar ET42 | 

MacG vous êtes en forme ces derniers temps

avatar reborn | 

tout le monde fabrique en Chine, Microsoft et cie..

Maintenant je vais aller lire l'article :)

avatar benji2227 | 

"Ses théories racistes.." ? Arrêter l'immigration illégale et assurer l'immIgration honnête c'est raciste..? Cela se fait dans tous les autres pays sauf aux US. Sommes nous tous des racistes..? ;)
Vouloir encourager l'emploi pour les afro-américains c'est raciste...? Dire que les hispaniques sont des gens formidable mais condamnant l'immigration ILLÉGALE c'est raciste...?
MacG.. Remettez en cause sa théorie sur l'emploi en chine OK, mais dites pas qu'il est raciste car c'est précisément ce qu'il n'est PAS.
Pour preuve il a bcp de supporters y compris des noir s et hispaniques.

avatar backfromcharly33 (non vérifié) | 

@benji2227 :
Tout à fait raison. Moi tout le monde le traite de raciste alors que j'ai une amie qui fait un couscous formidable. En plus mon chien est noir et ma femme de ménage portugaise.
;-)

avatar Bigdidou | 

@benji2227 :
Google est votre ami.
Recherchez donc : "Donald Trump propos racistes"
Puis "Donald Trump propositions intelligentes"
:D

avatar dito | 

@benji2227 :
Vouloir interdire le territoire américain aux musulmans, c'est du racisme anti musulman

avatar benji2227 | 

@dito :
Il a dit "temporairement jusqu'à qu'on comprenne la haine actuelle". Et cela ne concerne pas les musulmans américains.

avatar karayuschij | 

Ça n'a rien à voir avec le racisme. Être musulman n'a rien à voir avec une race ou une autre, arrêtez de continuellement faire des amalgames !

avatar marenostrum | 

en réalité c'est pas l'islam qui est mal vu mais les arabes.

avatar karayuschij | 

Arabe n'est pas une race non plus…

avatar marenostrum | 

au 19 ème siècle le mot Race était synonyme de Peuple (avec raison). quand les pays (les peuples) étaient plus isolés, ça avait plus de sens que maintenant. ce mot est devenu même tabou.
mais Algérien n'est pas une race (mais nation). arabe par contre c'est plutôt une race qu'autre chose.
par ex. il y a beaucoup plus de différence en apparence entre un français, italien ou espagnol et un russe ou finlandais, que entre un algérien et un marocain ou tunisien.
pour moi chaque peuple c'est une race en fait.

avatar Average Joe | 

De quel Français ou italien parle-tu ? Joël, un des amis de mon père est provençal. Il s'est parfois fait arrêter par les flics parce qu'ils lui trouvent un air d'Arabe. Arabe ou pas, c'est un méditerranéen. Il y a différentes sortes de Français, du coup parler de peuple ne signifie pas grand chose non plus. De même, au Maghreb il y a des Kabyles qui ont du sang nordique dans les veines, cela se voit (cheveux blonds ou roux, yeux bleus, etc.) et ils ont souvent peu en commun avec leurs compatriotes, pas toujours la même religion (les Amazigh sont anti-musulmans et même anti-Arabes, vus comme leurs colonisateurs) ni la même langue (tous ne parlent pas arabe).

avatar C1rc3@0rc | 

+1
D'autant qu'il n'y a pas 1 islam mais plusieurs.
Et l'on peut rajouter a cela que le plus grand pays islamique c'est l'Indonésie, donc des asiatiques et pas des arabes!

Aprés il faut comprendre que les USA sont quand meme un des tres rares pays ou la profession de foi est rappelée sur chaque billets (in God we trust), et si en face on a une religion antagoniste considérant sa loi comme au-dessus des lois nationales, ben on peut comprendre ce type de propos (en rajoutant que des imams extremistes considerent les USA comme l'empire de Satan)...
Bref Trump n'a pas beosin d'adresser ces propos aux sympathisants du KKK pour etre populaire.
C'est donc pas du racisme, meme pas de la xenophobie, c'est du marketing.

avatar DarKOrange | 

@benji2227 :
Ta TV est bloquée sur Fox News ?

avatar benji2227 | 

@fluxus :
On voit que tu ne suis pas la campagne présidentielle, car souvent CNN traite mieux Trump que Fox News. Trump représente l'anti-establishment, celui qui ne se fait pas contrôler par les donateurs comme une marionnette. Or Fox fait partie de cet establishment.

avatar Hideyasu | 

@benji2227 :
Nan mais dire que tout les musulmans du Naw Jersey sautait de joie devant le World Trade Center, et vouloir interdire l'entrée des musulmans aux USA, ca c'est raciste.

avatar marenostrum | 

c'est pas une race le musulman. eux qui veulent les interdire ou les battre, les voient comme un camp ennemi tout simplement. avant les musulmans les ennemis d'occident étaient les communistes de l'est.

avatar byte_order | 

@marenostrum

Les communistes tout court, y compris sur leur propre territoire.

Pages

CONNEXION UTILISATEUR