Le web, source d’obsolescence trop souvent ignorée

Anthony Nelzin-Santos |

Nous recevons régulièrement des courriers de lecteurs furieux de ne pouvoir installer telle ou telle application sur leur vieille bécane, ou de ne pouvoir synchroniser leur iPhone flambant neuf avec leur vieil iTunes. Nous commençons à recevoir des courriers de lecteurs confrontés à des problèmes d’affichage de tel ou tel site, quand ils veulent bien s’afficher du moins. Le fait est que le web, plus encore que les applications, est un terrible facteur d’obsolescence.

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Prenez le cas de ce lecteur qui nous a contactés au mois de mars, tout penaud devant notre nouvelle maquette, qu’il qualifiait de « fouillis d’images et de texte », et pas seulement parce qu’il voulait faire du mauvais esprit. Puisque sa machine sous Mac OS X Snow Leopard fonctionne très bien par ailleurs, il n’avait aucune raison de mettre en doute sa configuration, et plus particulièrement sa version dépassée de Safari.

Une configuration donnée peut être utilisée pendant des années, des décennies même. On trouve encore des Quadra au pied de machines-outils, des Power Mac G3 derrière des traceurs, des iMac G5 connectés à des interfaces musicales : ces machines font partie d’un environnement de travail qui ne change pas et n’a aucune raison de changer tant qu’il fonctionne parfaitement.

Mais le web, lui, change tous les jours ou presque. Un vieux navigateur ne comprend rien des dernières évolutions des normes HTML et CSS, et ne peut répondre aux exigences des dernières évolutions du TLS. Des machines autrefois parmi les plus puissantes du monde peinent désormais à afficher des pages web lestées de dizaines de scripts, sans parler des « webapps » les plus complexes.

Certains mettront à jour leur machine, parfois à contrecœur, d’autres en achèteront une nouvelle. Mais sans même le vouloir, encore faut-il le pouvoir ! De fait le mois dernier, près de 5 % des lecteurs de MacGeneration utilisaient toujours une version antérieure à OS X Mountain Lion, la dernière version portant le nom d’un grand félin.

Mac OS X Snow Leopard reste le « vieux » système le plus populaire, encore utilisé par 2 % des lecteurs. Un peu plus de 300 personnes nous consultent depuis une machine à processeur Power PC, c’est-à-dire une machine vieille d’au moins douze ans. (Nous avons aussi eu une connexion depuis une machine à processeur 68K. Chapeau au lecteur concerné.)

La quasi-totalité des machines utilisant des versions ultérieures à OS X Mountain Lion peuvent être « ramenées » vers macOS High Sierra, et avec lui les dernières versions des navigateurs. Mais avec macOS Mojave, Apple va procéder au premier écrémage depuis longtemps, et éliminer les machines produites avant 2012. Les développeurs, notamment ceux de navigateurs web, finiront par suivre le mouvement.

Notre lecteur sous Mac OS X Snow Leopard peut toujours remplacer Safari 5.1.10 par Firefox 47, qui prend en charge quelques-unes des dernières nouveautés majeures de la « plateforme web ». Mais cela ne fait que repousser l’échéance, notamment en matière de prise en charge des dernières normes de sécurité et de chiffrement. Le web, qui a longtemps pallié les manques d’un Mac OS X naissant, est aujourd’hui son principal facteur d’obsolescence.

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#web
avatar Wolf | 

Obsolescence et 12 ans dans la même phrase... couillu !

avatar fte | 

@Wolf

Les pyramides sont là depuis combien de temps ?
Les peintures rupestres remontent à 40´000 ans...

12 ans n’est long que pour un capitaliste.

avatar Le docteur | 

@fte

Le capitalisme est lui-même en situation d’obsolescence, mais la télé ne le sait pas.

avatar fte | 

@Le docteur

La télé est obsolète. C’est pour ça qu’elle ne le sait pas.

avatar occam | 

@fte

Bonne chance aux futurs historiens pour reconstruire par le menu notre époque.

Je suis en train de réapprendre mon linéaire B pour un workshop myceno-crétois dans quelques mois, et l’absurdité de la situation me frappe : il est plus aisé de reconnaître individuellement les quelques cinq douzaines de scribes de Cnossos, 3400 ans plus tard, que d’accéder aux sites les documentant, mis en ligne par des collègues il y a quelques années, et plus jamais remaniés, sur des serveurs devenus — le plus souvent, rendus — obsolètes.

avatar fte | 

@occam

"Bonne chance aux futurs historiens pour reconstruire par le menu notre époque."

Je donne un cours sur les supports d’informations utilisés par les humains depuis l’aube de l’Homo, supports volontaires - comme les cavernes et peintures rupestres - ou involontaires comme des pierres taillées ou polies, ou fabriqués de toutes pièces dans ce seul but - papyrus, SSDs -.

L’ambiance générale est sombre, bien involontairement. La durée de vie des supports et la résilience de l’information ont chutés dans les mêmes proportions que leur capacité a augmenté. La quantité d’informations perdues ou à haut risque de l’être augmente chaque année, de plus en plus rapidement.

Mais tout n’est pas noir. Dans le même temps de plus en plus d’informations sont conservées, sauvegardées, choyées. L’amnésie de notre époque n’en sera probablement pas une. La note finale reste positive, optimiste.

Je comprends bien ton propos cependant.

avatar occam | 

@fte

"Je donne un cours sur les supports d’informations utilisés par les humains depuis l’aube de l’Homo"

Excellent.
Un tel cours serait d’une grande utilité aux non-historiens, pour leur permettre de se replacer en perspective.
Imaginons un instant que, par accident, une archive de GitHub ou un repository de CRAN soit le seul ensemble de documents demeuré lisible de notre époque. (J’ai fait l’expérience avec des informaticiens, à Leiden, après leur avoir fait visiter l’exposition consacrée aux fouilles de Ninive et compulser le catalogue des tablettes de la Bibiothèque d’Assurbanipal.) Réaction amusée : « So there is actually a case — one case — for self-documenting code... »

avatar une fleur | 

Vous avez une façon bien équivoque de considérer l’information. Vous confondez avec une étrange facilité l’information au sens mathématique (cas du SSD) et l’information au sens sémiotique (cas de la peinture). En outre, vous caractérisez l’information en substance lorsque vous affirmez qu’elle se quantifie et se conserve, à rebours du discours des épistémologues de ces vingt dernières années. Ce faisant, vous reprenez beaucoup de la doxa mythique, cela se ressent d’autant plus que vous osez vous aventurer dans le registre prophétique.

Le contenu de votre enseignement s’entend nécessairement plus nuancé, j’appelle néanmoins votre attention sur ces quelques points.

avatar fte | 

@une fleur

Vous vous méprenez. Je ne donne pas un cours traitant d’information. Je parle de supports. Il y a déjà bien assez à en dire pour ne pas adresser en plus cette question des natures d’information.

avatar une fleur | 

Il n'est de telle séparation entre le « support » et l'information — à moins de continuer à prétendre que l'information est une substance qui serait distincte de son réceptacle comme l'âme le serait du corps. Vous ne pouvez que traiter d’information en proposant un cours sur les supports d’information. Vos choix pédagogique sont respectables dans la mesure des contraintes qui vous sont imposées, ils ne vous empêchent pas d'être lucide sur l'idéologie qu'ils propagent de façon latente.

avatar Bigdidou | 

@une fleur

"à prétendre que l'information est une substance qui serait distincte de son réceptacle comme l'âme le serait du corps."

Non, mais on peut choisir de parler de l'un distinctement de l'autre. C'est le cas de l'âme et du corps, en tout cas (enfin, si je me souviens bien de mes cours d'anatomie) ;)

Sinon, toute cette complexification de l'information sui demande de plus en plus d''énergie pour être fabriquée, véhiculée, conservée et consultée, est c bien raisonnable ?
Est-ce que ne va pas aller vers une resimplification, comme on a abandonné les enluminures ?

avatar fte | 

"Il n'est de telle séparation entre le « support » et l'information"

Au niveau le plus élémentaire de l'information, la réponse à cette question nous est à ce jour inconnue, et peut-être que la réponse nous sera à jamais inconnue.

Selon le principe holographique, l'univers entier, pour un observateur extérieur, peut être complètement décrit par l'observation de l'information à la surface de l'univers (son horizon des événements). Le principe holographique fort dit que l'intérieur existe et exerce une influence sur l'horizon, qui lui-même sera observé par un observateur extérieur. Le principe holographique faible au contraire dit que l'intérieur n'existe pas, seul un horizon intangible existe et est observable, fait de pure information. Dans les deux cas, l'information existe bel et bien et est observable, indépendamment de l’existence de l'intérieur de l'horizon. Gerard T'Hooft.

Il faudrait franchir un horizon des événements (d'un trou noir) pour peut-être découvrir la réponse, sans moyen de communiquer cette information de l'autre côté de l'horizon.

Bref. L'information existe, elle est observable. La réalité existe peut-être. Ou peut-être pas.

Je laisse les idéologies à ceux que ça intéresse.

avatar une fleur | 

Certes, et vous parlez cette fois d'information mathématique, qui effectivement, est quantifiable, observable, etc. Ce que je crois comprendre que vous n'entendez pas c'est que physiciens et mathématiciens n'incluent pas dans la définition de l’information sa dimension signifiante. Cela est chose connue et nécessaire.
Mais dès lors que vous traitez de l'information comme culture — et c'est votre cas puisque vous en faites l’histoire des supports — la notion sémiologique est déterminante. De dire que l’information est universellement observable à ce niveau est faux.

avatar fte | 

@une fleur

Je ne saisis pas où vous voulez en venir.

Je l’ai clairement dit, je donne un cours traitant de supports. Il n’est pas nécessaire ni, dans ce cas, pertinent de traiter la question de l’information. Il est question de technologies.

Vous aurez en outre compris je pense que j’ai un background de physique et d’ingénierie (et non de mathématiques ou philosophie). Si donc je devais aborder cette question de l’information, je le ferais selon les axes qui m’intéressent en premier lieu : de la physique quantique, de l’informatique, des thermodynamique et entropie.

Dans le même ordre d’idées, j’enseigne l’A à Z des données informatiques (informatique, information - automatique), valeurs, types, places, structures interne et externe, propriété, format ou autres attributs, sans non plus m’étaler inutilement sur cette question de l’information, fut-elle holographique ou non.

Je n’aborde pas non plus la question que notre univers pourrait être une simulation informatique, que nous n’avons pas de preuve du contraire, qu’il y a statistiquement plus de chances d’être une simulation, ni que les programmes que nous exécutons créent peut-être des univers.

Bref. Qu’essayez-vous de dire ?

avatar une fleur | 

Un questionnement critique est adressé à l'égard de votre cours*, dont sont interrogés les ressorts scientifiques. Votre angle d'étude ne vous met pas à l'écart d'une connaissance notionnelle de votre sujet et d'une attention épistémologique.
Votre choix de restriction thématique demande d'autant plus de discernement conceptuel ; l'on pourrait douter à présent que vous l'ayez. Lorsque que vous professez la continuité historique entre les « supports » — le terme est en lui-même sujet à controverse — de l'information, lorsque que vous parler de « technologies » pour caractériser ces supports, vous admettez un certains nombres d'idées qui sont, sinon fausses, très discutées par les sciences contemporaines.

Je comprends désormais que vous soyez agacé par cet échange ; je me suis permis des raccourcis en supposant chez vous la compréhension de certaines notions, cela a pu créer une dissension. Si vous souhaitez, brièvement, lever un voile sur ces arguties je vous recommande la lecture d'Yves Jeanneret, Y-a-t-il (vraiment) des technologies de l'information ? — discutable en plusieurs points mais toujours pertinent.

*Entendu : fragment thétique mis en exergue dans ces commentaires.

avatar fte | 

@une fleur

"lorsque vous établissez une équivalence entre l'information sociale et l'information mathématique"

Je n’établis rien de tel. J’ai essayé de vous dire que je ne parle pas d’information. Ce détail semble vous échapper.

"Je comprends désormais que vous soyez agacé par cet échange"

Mais non. Je ne suis pas agacé. (Pas encore.) Je ne comprends pas votre démarche cependant. J’essaie.

Vous assumez, vous supposez beaucoup, mais surtout vous n’écoutez pas ce que je dis.

Vous parlez de questionnement critique de mon cours. C’est toujours bienvenu. Mais vous n’avez pas suivi ce cours, vous ne savez pas à qui il est destiné, vous ignorez qui je suis, et votre questionnement porte sur un sujet qui n’est pas traité. Vous êtes hors sujet, je m’efforce de vous le dire depuis plusieurs messages.

Si vous souhaitez discuter des choix pédagogiques, bien volontiers. Mais pour ce faire, il faut caractériser le triangle de Houssaye et définir les objectifs d’apprentissage appropriés selon la taxonomie de Bloom. Toute discussion est vaine sans ces éléments pédagogiques essentiels. Vous avez déjà démontré que vous ignorez tout des trois sommets du triangle pédagogique.

Vous parlez de ce qui vous manque.

avatar webHAL1 | 

@fte
« Mais vous n’avez pas suivi ce cours, vous ne savez pas à qui il est destiné, vous ignorez qui je suis, et votre questionnement porte sur un sujet qui n’est pas traité. Vous êtes hors sujet, je m’efforce de vous le dire depuis plusieurs messages. »

C'est juste frappant quand on lit le message de "une fleur" : il/elle se permet de juger ton cours sans jamais l'avoir suivi et en n'ayant que des informations extrêmement limitées sur celui-ci. Il y a un côté irréel, du style "je débarque et je te dis que tu enseignes mal ; je ne le suppose pas, je l'affirme". On croirait lire du Yacc. 🙄

avatar fte | 

@webHAL1

"Il y a un côté irréel"

C’est bien le moins dérangeant. Je croise une faune diversifiée, l’irréel ne m’étonne plus.

J’essaie par contre vraiment de comprendre la démarche, et je n’y arrive pas.

L’approche pédagogique est toujours critiquable. Il n’y a pas de vérité absolue en pédagogie, le questionnement doit être permanent. Je l’accueille avec curiosité et je le recherche activement.

Mais pour poser les bonnes questions, il faut avoir quelques, euh... informations importantes : enseignant, étudiants, sujet, soit le triangle pédagogique. Il suppose trop sur le premier, ignore totalement le deuxième, et se focalise sur un sujet non traité pour le troisième. Dès lors la critique n’a aucun sens car ne reposant sur rien. Me reprocher de ne pas parler du cycle de l’azote n’aurait pas moins de sens.

Il doit bien y avoir un sens à sa démarche...

avatar une fleur | 

« Je n’établis rien de tel. J’ai essayé de vous dire que je ne parle pas d’information. Ce détail semble vous échapper. »

Là est le cœur de l’incompréhension.
D’une part, ne niez pas le fait que l’information fait partie intégrante de notre sujet. C’est uniquement parce qu’ils véhiculent de l’information que les « supports » nous intéressent. Autrement vous feriez un cours sur les tables et les étagères. Parler des supports de l’information c’est parler de l’information et, plus que cela, la caractériser ; voilà mon argument.
D’autre part, je regrette d’avoir été si affirmatif dans la phrase que vous citez ; cette équivalence n’est posée qu’à un niveau hypothétique et latent, lorsque vous reliez à une même essence les peintures rupestres, les papyrus et les SSD.

À vrai dire, la critique se limite en deux points :
- la remise en question de la thèse de votre premier commentaire, présentée comme un produit dérivé de votre cours ;
- l’exploration et la remise en question des hypothèses qu’elle implique nécessairement.

Si j’ai pu présumer du reste par la marge, c’est une erreur — je ne prétends qu’à la querelle byzantine. J’entends bien interroger une partie restreinte — peut-être même périphérique — de votre cours, celle que vous avez mise au jour ici, et vous pouvez disqualifier cette discussion par holisme. Cela écarte le débat de ce qui m’y intéresse, s’il s’agit donc pour vous d’un argument essentiel je ne m’y étendrais pas plus.

avatar fte | 

@une fleur

"C’est uniquement parce qu’ils véhiculent de l’information que les « supports » nous intéressent."

Précisément. Des porteurs.

L’information n’est, je l’ai expliqué, pas le sujet, et n’est pas abordée.

Il y a cependant trois aspects cruciaux : que l’objet étudié nous soit parvenu, ait porté de l’information, et que cette information soit récupérable - donc copiable - au moins en partie.

La nature de l’information est sans objet ici, ni notre capacité à l’interpréter ou la qualifier. Il suffit de reconnaître son existence. Ce travail a été fait par d’autres.

Vous semblez penser que l’interprétation de l’information est nécessaire pour qualifier un support. Ce n’est pas le cas.

La pierre de Rosette était reconnue comme porteuse d’information avant Champollion. Il en va de même pour Gobleki Tepe dont on ignore la raison d’être aujourd’hui, sans que ça diminue son intérêt ni sa qualité de porteur d’information.

Les supports sont des sujets d’étude pour eux-mêmes, intéressants de part leurs attributs.

avatar MacGyver | 

ouais, enfin, je voulais me commander une pyramide et le fabriquant m'a dit etre a cours de main d'oeuvre... c'est de l'obsolescence cachée

avatar lepoulpebaleine | 

@MacGyver

On t’a menti ! C’est l’architecte en chef Sir Jonanotep Ive qui a mit son veto sur les pyramides. Il ne supporte pas les points anguleux.
Et il a ajouté que la position de l’encoche risquait de poser problème...

avatar fte | 

Surtout, une pyramide, ce n'est pas assez fin.

avatar BigMonster | 

@Wolf

Ton commentaire est obsolète.

avatar zoubi2 | 

@Wolf

"Obsolescence et 12 ans dans la même phrase"

Vous pouvez citer la phrase SVP ? Je ne l'ai pas trouvée...

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