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Plongée dans l'iPhone underground

Anthony Nelzin-Santos

lundi 30 novembre 2009 à 00:00 • 65

iOS

Tout a commencé il y a plus de deux ans, pendant les vacances de George Hotz, 17 ans, qui n'avait qu'une seule ambition : faire fonctionner son iPhone sur un autre réseau qu'AT&T. Armé d'un fer à souder et d'une pince, il réussit ; à bidouiller l'iPhone, et poste une vidéo expliquant la méthode le 21 août 2007 (lire : Débloquer l'iPhone en 10 étapes). Trois jours plus tard, la chaîne de télévision américaine CNBC l'invite pour qu'il fasse la démonstration de sa manipulation.

Il devient très vite une célébrité de l'Internet, sous son pseudo Geohot. Alors qu'eBay ne voulait pas qu'il revende son iPhone sur la plateforme de vente aux enchères, c'est finalement Terry Daidone, le co-fondateur de CertiCell, qui s'en porta acquéreur — contre une Nissan 350Z de 38.000 $ et trois iPhone 8 Go, un par collaborateur ayant aidé Geohot dans son entreprise. Entreprise facile, selon lui : « cela a pris 500 heures [NdA : soit 8 heures par jour depuis la sortie de l'iPhone], mais en repensant à certaines choses que j'ai pu faire depuis, le premier iPhone était facile ».

La brèche ouverte par Geohot, qui nécessitait d'ouvrir son iPhone, fut bientôt complétée par une solution entièrement logicielle. À chaque faille découverte par des équipes de hackers parfois concurrentes, Apple a sorti un correctif, aussitôt craqué. Voilà qui a lancé le jeu « du chat et de la souris », selon les mots de Steve Jobs en septembre 2007. L'enjeu était en effet majeur : à l'époque, l'iPhone était vendu en exclusivité avec un opérateur par pays, qui reversait à Apple 30 % de la somme totale des forfaits.

Un jeu qu'Apple a bien failli gagner il y a quelques semaines de cela, avec la sortie de l'iPhone OS 3.1. Il a fallu là encore qu'un entrepreneur s'en mêle, promettant 10.000 $ à qui réussirait à désimlocker à nouveau l'iPhone, pour que Geohot, qui gagne maintenant sa vie à hacker des périphériques, s'y colle, sortant par là de sa « retraite » (lire : Jailbreak : un défi à 10.000 $). Vingt-quatre heures plus tard, il avait réussi, refusant même le prix, venant il est vrai de quelqu'un qui avait pour habitude de récupérer les travaux bénévoles des hackers et de les revendre. Aujourd'hui, désimlocker un iPhone ne prend qu'une poignée de minutes avec Blackra1n.

Le désimlockage de l'iPhone n'est certainement que la partie visible de l'iceberg représenté par la communauté « underground » de l'iPhone : le jailbreak en est la partie immergée. Alors que Geohot s'est surtout intéressé au désimlockage, d'autres communautés, notamment la dev-team, se sont intéressées au débridage du logiciel interne de l'iPhone, pour outrepasser ses limitations : absence de copier-coller dans les premières versions, accès rapide aux connexions WiFi et réseau, et à un moment où la doctrine officielle d'Apple était de ne supporter que les Web-apps, développement d'applications résidentes.

On comprend dès lors que le jeu du chat et de la souris se soit déplacé sur le terrain du jailbreak pur et dur lors de l'ouverture de l'App Store, la boutique en ligne d'applications pour iPhone OS, qui compte désormais 100.000 applications. Comme du temps où Apple percevait une dîme sur les forfaits, la firme de Cupertino perçoit 30 % du chiffre d'affaires des applications payantes au titre des frais de fonctionnement plus, certainement, une petite marge. Il s'agit désormais moins de permettre d'accéder à des applications qu'à de nouvelles fonctions, comme le fonctionnement en tâche de fond, un mode Exposé, ou l'activation du mode vidéo sur les iPhone EDGE et 3G, sans oublier la possibilité de personnaliser son téléphone par le biais de thèmes, domaine qu'Apple a complètement délaissé alors qu'elle aurait peut-être une carte à y jouer avec son App Store.



Le jailbreak, qui touche en France entre 8 et 10 % des appareils sous iPhone OS, a mis en place une économie parallèle, avec des boutiques d'applications officieuses, parfois alimentées par les applications rejetées par Apple, et qui perçoivent elles aussi 30 % du chiffre d'affaires généré — un mimétisme qui a fait naître une rumeur un peu folle, expliquant que le jailbreak serait financé et mis en œuvre par la firme de Cupertino comme un moyen de tester le marché avant de proposer de nouvelles fonctions. Le Cydia Store, par exemple, semble remporter un franc succès : Kim Streich, le développeur de 3G Unrestrictor, a ainsi gagné 19.000 $ en deux semaines de commercialisation de son application sur la boutique alternative.

La communauté jailbreak a aussi permis la libre circulation des applications proposées sur l'App Store de manière tout à fait illégale et gratuite. L'excuse qui revient le plus souvent explique qu'il s'agit là de tester les applications, Apple ne proposant pas, du moins jusque récemment avec l'extension des achats in-app aux applications gratuites, la possibilité d'offrir des versions de démonstration convertibles en applications complètes. Avec la promesse pieuse d'un achat ultérieur, si l'application venait à plaire à l'utilisateur. Une promesse que plusieurs études démontent : si certaines applications connaissent des taux de piratage de près de 95 % (lire : Le piratage, la plaie de l'App Store ?), le taux de conversion en achat dépasse rarement le pour cent, alors même que beaucoup d'applications sur l'App Store maintiennent un prix plancher. Si les développeurs en sont les premières victimes, ils ont su déployer des astuces pour contrer ce piratage (alertes, fonctions en moins, etc.), et il semble que le jeu en vaille la chandelle.

Même si Apple ne cesse de réparer les fuites à chaque mise à jour de son logiciel interne, de nouvelles sont trouvées par une communauté active, mais morcelée. Geohot tient d'ailleurs à ce qu'Apple continue à se battre et à fermer son iPhone, révélant son tempérament de hacker au sens premier du terme : « personnellement, j'aime qu'Apple laisse l'iPhone fermé […] [le jailbreak] est un hobby ; ce ne serait pas drôle qu'Apple libère son iPhone. ». Il ne pense pas qu'un expert en sécurité puisse le surpasser, estimant ne pas se forcer pour le moment — et annonçant avoir déjà repéré de nouvelles failles qui pourraient être exploitées à la sortie de l'iPhone 4G. De quoi promettre un bel avenir au jailbreak, même si son périmètre et ses justifications se restreignent à chaque avancée d'Apple, qui semble écouter avec attention les demandes de ses utilisateurs sur le front de son téléphone — sans même parler de la légalité, ou plutôt de l'illégalité, de la chose.

Le désimlockage, lui, paraît avoir moins d'avenir, alors qu'il cristallise toujours autant de passions. Jersey Bama, par exemple est « convaincu que Steve Jobs est deux personnes à la fois : la première est un génie, l'autre est un idiot. Si l'iPhone n'était pas bloqué avec AT&T, presque tout le monde utiliserait un iPhone aujourd'hui ». La situation française lui donne raison : alors que l'iPhone est désormais disponible avec les trois opérateurs majeurs, il s'arroge, selon Gene Munster, 40 % des parts sur le marché des smartphones dans l'hexagone, contre 15 à 20 % ailleurs (lire : iPhone : la France prise en exemple ?). Il n'est pas sûr qu'Apple ait vu d'un mauvais œil la décision de justice l'ayant obligé à rompre l'exclusivité avec Orange : la France est le pays où l'iPhone est le plus populaire en Europe, le téléphone d'Apple se vendant à plus de 200.000 exemplaires par mois (lire : 635 000 iPhone vendus en France au dernier trimestre).

D'autres pays rejoignent le schéma multi-opérateurs, l'Angleterre, le Canada… ; mais aux États-Unis, Apple et AT&T sont engagés jusqu'en 2010. Il est néanmoins de plus en plus certain que ce qui fait pester beaucoup d'utilisateurs américains ne voulant pas forcément changer d'opérateur ne sera bientôt plus un obstacle, et qu'Apple ne renouvellera pas l'exclusivité avec AT&T, qui n'est pas réputée pour l'excellence de son réseau. Ce n'est pas tout à fait un hasard si la rumeur annonce un iPhone 4G chez Verizon, le grand adversaire d'AT&T.

Nouveau téléphone, nouveau firmware, nouveau modèle, nouveaux records de vente pour Apple, et nouveau défi pour la communauté « underground » ?

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