Depuis le 1er mars 2026, les colis de moins de 150 € en provenance de pays hors Union européenne sont taxés lors de leur entrée sur le territoire français, à hauteur de 2 € par catégorie de produits. Du moins, en théorie. En pratique, les solutions de contournement étaient évidentes et elles ont été mises en œuvre par les plus gros acteurs, comme le rapportent nos confrères de Next. Au lieu de payer la taxe demandée par la France, les vendeurs notamment chinois font atterrir les colis dans un autre pays membre de l’UE, avant de les transférer dans l’Hexagone, le plus souvent par la route.
Pour rappel, la France a voté en début d’année en faveur d’une loi dont l’objectif était de limiter l’afflux de colis en provenance du reste du monde et surtout de la Chine et de favoriser les vendeurs européens. Si l’intention est louable, la législation laissait des échappatoires si prévisibles que l’on peut se demander pourquoi le législateur n’y a pas pensé. Les 2 € par catégorie de produits ne s’appliquent qu’aux colis en provenance de pays externes à l’UE, si bien qu’il suffit de faire passer les paquets par un pays qui n’applique pas de taxe pour y échapper.
Taxe de 2 € sur les petits colis venus de Chine : ce que ça change pour vos commandes
Sans surprise, c’est ce qui se passe depuis le début du mois. Les signes pointent tous dans la même direction, comme l’a rapporté le député Philippe Latombe dans une question adressée à l’Assemblée nationale :
La stratégie de contournement de cette taxe par les géants chinois du e-commerce a été immédiate : depuis le début du mois, les marchandises sont acheminées par avion en Belgique ou aux Pays-Bas, où la taxe n'est pas encore en vigueur, puis par camion en France, en profitant ainsi de la libre circulation au sein de l'Union. […] Conséquences de cette riposte, une cinquantaine de vols cargo hebdomadaires en moins et un fonctionnement au ralenti de la zone de fret de Paris-Charles-de-Gaulle. Les déclarations douanières en e-commerce ont chuté de 92 % et certains entrepôts de dédouanement sont vides, avec toutes les conséquences que cela implique pour les entreprises concernées.
La Belgique et les Pays-Bas ont vu une augmentation soudaine du nombre de colis en provenance de Chine : trois fois plus à l’arrivée à l’aéroport de Liège, par exemple. Une hausse qui s’est faite au détriment des aéroports français et notamment du plus grand d’entre eux au nord de Paris, où les douanes ont constaté une baisse de 92 % du trafic. La transition par un autre pays puis l’acheminement du colis en camion ajoute moins de 10 centimes aux frais de port, ce qui la rend bien plus intéressante face aux 2 € que les clients devraient payer si la taxe française était appliquée.
Les conséquences négatives se multiplient : pollution locale aggravée par l’afflux de camions, taxe qui ne rapporte rien alors que le gouvernement promettait 500 millions d’euros de revenus supplémentaires grâce à elle, et des emplois français directement menacés. FranceInfo donne l’exemple de cette entreprise logistique du Val-d’Oise qui a vu son activité passer de 200 000 colis quotidiens à zéro, menaçant son existence. On estime qu’un millier d’emplois pourraient être supprimés suite à cette taxe, même s’il faut rappeler qu’un système similaire doit être mis en place au niveau de l’Union européenne dans le courant de l’année.
Aura-t-il pour autant les effets bénéfiques imaginés ? Les gros acteurs chinois préparent déjà des solutions à long terme, à l’image de Shein qui est en train de créer un immense entrepôt en Pologne pour servir de porte d’entrée vers l’UE. L’idée est d’y importer les produits en grande quantité, puis d’envoyer les petits colis dans toute l’Europe par la route. La Pologne étant un état membre de l’Union, le site devrait échapper à la taxe sur les petits colis. C’est une échappatoire qui semble tout aussi prévisible, même si elle demandera plus d’efforts de la part des vendeurs.











