Le marché des cryptomonnaies est devenu mature : un nombre toujours plus grand de personnes arrivent sur ces devises, qui ne sont plus réservées à quelques nerds de la finance en mal de sensations fortes. C’est donc le moment idéal selon l’Europe pour… imposer une taxe, comme le rapporte Les Echos.

C’est donc le prochain grand projet de l’Union européenne dans le domaine de la finance : taxer les transactions en Bitcoin ou autres cryptomonnaies, ainsi que les jeux d’argent en ligne, accessoirement. Pour ce faire, Bruxelles compte utiliser le schéma de la taxe sur les transactions financières, ou taxe Tobin, qui vient déjà prélever un pourcentage (variable selon les pays) sur chaque transaction concernant les actions, les obligations, ou d’autres produits bancaires.
Il faut dire que le marché de la cryptomonnaie est alléchant, c’est le moins qu’on puisse dire : selon les analystes de Cryptoquant, il représente un volume de 79 000 milliards de dollars en 2025, dont le quart serait représenté par l’Europe. Rien qu’une taxe à 0,1 % des transactions passant par l’UE représenterait un beau chèque de 2 milliards de dollars.
0,1 %, ça paraît indolore. Mais rien n’empêche ensuite de remonter les taux, comme l’a fait plusieurs fois la France. Ainsi, si l’Allemagne ne l’a jamais mise en place, la taxe Tobin a été introduite en France en 2008 à 0,1 %, puis a été relevée petit à petit jusqu’à atteindre 0,4 % depuis l’année dernière. Un schéma qui pourrait rapidement se reproduire sur les cryptomonnaies…
Dans un sens, utiliser la taxe Tobin sur ce type de transactions serait presque un retour aux sources pour celle-ci : à l’origine, l’économiste James Tobin l’avait conçue comme une taxe générale sur les devises, afin de réguler la spéculation sur les taux de change entre pays. Cependant, les banques et marchés financiers de tous pays ont pesé de tout leur poids pour faire oublier cette idée de taxe si large qu’elle aurait quasiment tout touché.
Reste que les cryptomonnaies sortent bien plus facilement des chemins balisés que les monnaies et transactions habituelles : rien n’empêche l’utilisateur refroidi par la mise en place d’une nouvelle taxe en Europe spécifiquement dédiée à ses affaires de passer par un organisme qui n’a aucun intérêt en UE. Et même pour l’achat de cryptomonnaies avec des devises bien plus réelles et palpables, le nombre de plateformes dédiées qui agissent depuis des paradis fiscaux est légion. Et sans même penser à des coins comme les Îles Caïman, le net regorge d’endroits bien pratiques pour éviter les fourches caudines de quelques pays : les plateformes non européennes, les échanges décentralisés (DEX) ou encore les transactions réalisées directement entre portefeuilles privés offrent autant de moyens d’échapper à une partie du dispositif envisagé.
Si la décision n’est pas encore prise, elle trotte donc dans la tête de l’Union européenne, et pourrait bien voir le jour. Reste à savoir comment la mettre en place sans faire fuir tous les utilisateurs dans des paradis fiscaux numériques.













