Google inaugure une technique pour afficher l’URL d’origine avec AMP

Nicolas Furno |

Google a commencé à afficher les articles AMP en utilisant le nom de domaine d’origine du site web, et non son propre nom de domaine, alors que c'est bien le géant de la recherche qui héberge le contenu. La nouveauté est très limitée pour le moment : uniquement dans Chrome sur Android, uniquement pour les articles affichés depuis un résultat de recherche Google et uniquement pour les sites qui l’ont mis en place. Mais l’air de rien, ce changement remet en cause un principe fondamental du web.

Un article AMP de MacGeneration, identifié comme étant un article de Google par Safari. C’est logique, le contenu est fourni depuis les serveurs de Google et le navigateur n’a aucune manière de savoir qu’il provient de notre site.

AMP, pour « Accelerated Mobile Pages », est un projet créé par Google pour accélérer le web mobile avec des pages qui se chargent instantanément, ou presque (lire : AMP : Google veut des articles rapides sur les mobiles). Pour parvenir à un tel résultat, ce projet combine à la fois un langage spécifique qui permet de créer des pages allégées, et un cache qui stocke les articles directement sur les serveurs de Google. Le résultat est un chargement effectivement immédiat avec une bonne connexion internet, et beaucoup plus rapide avec une mauvaise connexion.

À cet égard, le pari de Google est réussi, mais AMP a été beaucoup critiqué ces dernières années, pour de multiples raisons. Bien que ce projet soit open-source, il est essentiellement contrôlé par la firme de Mountain View qui pèse de tout son poids pour forcer la main des publications à utiliser AMP (en modifiant ses résultats de recherche, par exemple), ce qui est un problème. Sur le plan pratique, de nombreux éditeurs se sont plaints du fait que leur nom de domaine était masqué et que celui de Google était affiché dans le navigateur. Google avait déjà répondu en partageant systématiquement l’URL originale, mais cela ne réglait rien en cas de copier/coller de l’adresse dans la barre d’URL du navigateur.

C’est un problème sur lequel Google travaille depuis plus d’un an et la solution va seulement être déployée à partir de maintenant. Il faut dire que c’est un problème difficile à résoudre : les articles AMP sont stockés sur les serveurs de Google, et donc servis avec une URL qui appartient à Google. Jusque-là, cela voulait dire que la page web était fournie par Google, on pourrait dire qu’elle appartient à Google. Sinon, imaginez la faille de sécurité potentielle : si n’importe quel site pouvait afficher le nom de domaine d’un autre site, il serait impossible de vérifier que l’on est sur le site officiel et pas victime de hameçonnage. C’est pourtant exactement ce qui va se passer avec les articles AMP : ils afficheront l’URL du site de base, mais ils seront toujours fournis par Google.

Pour ne pas créer d’énormes failles de sécurité, Google a mis au point une solution complète et complexe. L’idée est de créer une chaîne de confiance entre tous les acteurs impliqués, depuis le serveur qui héberge le contenu d’origine au navigateur qui va l’afficher, en passant par les serveurs intermédiaires qui vont stocker une copie en cache. C’est un petit peu le même principe que les DRM pour le streaming vidéo : tout le monde doit être au même niveau pour que la confiance soit établie et que le navigateur puisse afficher l’URL d’origine, et non celle de l’intermédiaire.

Graphique publié par Cloudflare pour expliquer le principe de la chaîne de confiance établie pour cette nouvelle fonction d’AMP.

Si Google a pris son temps, c’est aussi parce que la solution proposée sera un nouveau standard du web que tout le monde pourra adopter. Les articles AMP seront fournis sous la forme de Signed HTTP Exchanges, un format qui s’intègre à webpackage. Ce projet du W3C décrit un standard pour empaqueter les sites web, par exemple pour fournir une archive complète d’une page ou d’un site, de quoi consulter son contenu sans connexion internet. Dans ce cadre, un mécanisme permet de vérifier que le paquet provient bien du site d’origine et c’est lui qui est à l’œuvre pour AMP.

Sans entrer dans les détails techniques, disons simplement que ce nouveau mécanisme implique des changements à tous les niveaux. Les navigateurs devront être mis à jour pour gérer correctement ces paquets et s’assurer que le contenu provient bien du site d’origine. Les créateurs de contenus devront également fournir les articles AMP sous la forme d’un paquet signé, ce qui nécessite d’installer un nouvel outil, de fournir son contenu en HTTPS avec un certificat d’un nouveau type1 et, pour le moment au moins, de disposer de son propre serveur. Enfin, les intermédiaires, comme le cache de Google, devront eux aussi être mis à jour pour fournir les bonnes informations au navigateur.

Pour simplifier les choses et accélérer le déploiement de cette solution, Google a travaillé avec Cloudflare. Si vous êtes un client de ce fournisseur de services pour sites web, vous pouvez bénéficier dès aujourd’hui de ces articles AMP nouvelle génération, gratuitement et en cochant une seule case2. L’entreprise va déployer progressivement la fonction au fil des prochaines semaines et ce sera certainement la solution la plus simple pour le moment. Naturellement, il faudra aussi attendre que les navigateurs soient mis à jour et on ne sait pas si Apple compte prendre en charge la nouveauté dans Safari.

AMP évolue sur un autre point, annoncé à l’occasion d’une conférence annuelle qui avait lieu hier au Japon. Outre cette nouveauté de fond sur l’URL présentée par le navigateur, Google va bientôt afficher les stories AMP dans ses résultats de recherche. Inspiré des stories de Snapchat, ce format permet de créer du contenu page par page, avec du texte, photos et autres vidéos.

Google affichera un bloc dédié à ces stories dans ses résultats de recherche mobile, avec une présentation très visuelle qui attirera sans doute beaucoup de visiteurs. Les optimistes y verront une nouvelle manière d’augmenter son trafic, les pessimistes un rouage de plus dans le piège mis en place par Google. Même si, comme tout ce qui concerne AMP, ces stories sont un format open-source que n’importe qui peut réutiliser s’il le souhaite…


  1. Seuls les certificats TLS qui gèrent un paramètre spécifique sont compatibles, et pour le moment, seul Digicert commercialise de tels certificats. ↩︎

  2. Dans les réglages de CloudFlare, l’option se nomme « AMP Real URL ». ↩︎

avatar Akeru60 | 

C’est quoi Google !? ?

avatar jackWhite92 | 

Merci
Super intéressant !

avatar matthew3321 | 

Enfin je déteste ce mode, qui ne me laisse pas vraiment le choix que de le subir..

avatar alexis83 | 

@matthew3321

De même je le trouve très peu pratique et je retourne systématiquement sur le vrai le site

avatar jb18v | 

C’est pas dommage ! Saleté de machin AMP..

avatar ysengrain | 

Je m’interroge : est-ce que je ne m’en bats pas les couettes

avatar Lucas | 

Je boycotte déjà totalement AMP, en refusant les liens envoyés et en récupérant si jamais ça arrive encore le lien original, mais n’utilisant jamais Google et l’ayant bien expliqué à mes amis l’utilisant, je n’y suis quasiment jamais confronté.

Si cette filouterie qui cache le fait que c’est sur les serveurs de Google se développe, je serais malheureusement contraint de boycotter intégralement ces sites :/

C’est quand même un cauchemar et une horreur ce truc...

avatar Lucas | 

J’espère vraiment qu’Apple ne se laissera pas imposer ça, quel danger et quel égoïsme de se laisser entraîner par Google là-dessus...

avatar webHAL1 | 

Je reconnais que les pages AMP se chargent très rapidement, mais il est impossible de faire une recherche de contenu à l'intérieur de ces pages ! En tant qu'utilisateur, je trouve que c'est une des plus grosses limitations de cette technologie.

avatar HERVE VILAREM | 

à web HAL1.
du All 2
Je ai peur de ne devenir que l'objet que je suis déjà l'ayant toujours été.
On n'échappe pas à google, même en l'ouvrant tant il faut fermer sa gueule.
Je viens d'abuser du champagne et google le sait déjà, même s'il le classe dans "aucun" intérêt.

Putain maman, l'angoisse. Je me ressert un verre. Tétée ? Champagne !

avatar Nesus | 

Quand Google veut devenir le web. Créer des barrières (mais open source la bonne dame) pour pouvoir mieux utiliser les informations sur celui-ci et contrôler ce qui lui convient. Parce que demain, sur amp si Google ne veut plus d’un contenu, il suffit de révoquer un certificat et pouf ça a disparu.
C’est intelligent, par contre nous sommes très loin du « don’t be evil »

avatar fiouze | 

J'ai un peu du mal à comprendre les réactions négatives que suscite cette technologie. On nous propose une amélioration de la vitesse de chargement des pages et personnellement ça ne m'amuse pas de patienter pour avoir du contenu, je pense que c'est le cas de tout le monde ici.
Est ce que c'est le fait que ça soit porté par Google? C'est quand même une technologie open source donc accessible et modifiable par tous.

avatar fornorst | 

@fiouze

Sous réserve qu’ils valident ta PR. Et si tu fork pour palier ce problème, vu qu’ils ne tiendront pas compte des changements de ton fork sur leur moteur tu te retrouveras avec une « page » AMP qui ne sera pas lisible et donc pas indexée.

D’un point de vue utilisateur cette techno est top à court terme (ça va effectivement bien plus vite) mais vu que ça risque de tuer des éditeurs qui ne peuvent plus mettre leur pub ou tracker leur traffic, ça ne va pas être la panacée à long terme : ce n’est pas Google qui crée tout ce contenu !
Je suis d’ailleurs très étonné du nombre d’éditeurs qui ont foncé vers cette techno alors qu’elle n’apporte pas de trafic et donc pas de revenu. C’est bon en notoriété mais ça s’arrête là :(

avatar romainB84 | 

@fiouze

Oh tu sais c’est pas propre à Google (généralement les trolls sont plutôt pro Google ... ou anti Apple ça dépend !!)
Mais oui, macg est devenu un lieu pour venir cracher son fiel ? et perso je trouve ça bien triste de voir qu’il y a autant de gens avec une vie aussi grise et terne !
Je vis peut être dans un monde de bisounours... mais au moins c’est agréable !

Pour citer John Lennon :
« A l'école, quand on m'a demandé d'écrire ce que je voulais être plus tard, j'ai répondu "heureux". Ils m'ont dit que je n'avais pas compris la question, je leur ai répondu qu'ils n'avaient pas compris la vie. »

avatar TomTomC | 

@fiouze

Le problème c’est qu’une entreprise (en l’occurrence une très grosse entreprise) héberge (et donc contrôle) le contenu d’autres site internet. Le fait que Google mette plus en avant les contenu AMP, ça force les sites à utiliser AMP et, comme dit plus haut, ils offrent à Google la place de l’intermédiaire entre l’hébergeur et l’internaute (et donc l’accès à une grande manne d’information sur l’internaute). Tout ça en utilisant l’attrait du « ça va plus vite, c’est mieux ».
Si tu consulte un site d’info, par exemple, Google apprend autant sur toi autant que ce site alors qu’ils n’ont ni rédigés l’article, ni décidés de la ligne éditorial et encore moins donnés l’info. En gros c’est tout benef pour eux.
Oui c’est open-source mais ils ont Chrome, donc ils contrôlent 70% du trafic en ligne, donc ils decident comment est utilisé leur techno open-source.
J’ai du mal à voir comment cette techno peut bien tourner...

avatar Laurent38 | 

@TomTomC +1000

avatar okgenial | 

Et avec un plugin unreferer cela donne quoi ?

avatar Antwan | 

AMP est une crasse immonde qui devrait dégager.

avatar Jeff06am | 

Moi j’aimerai vraiment me passer d’AMP. C’est pas normal de s’approprier tout le trafic web.

avatar marc_os | 

« la firme de Mountain View qui pèse de tout son poids pour forcer la main des publications à utiliser AMP (en modifiant ses résultats de recherche, par exemple), ce qui est un problème. »

Un problème ?
C'est le moins qu'on puisse dire pour ce qui ressemble surtout à du chantage digne de la mafia qui vous impose sa protection.

avatar marc_os | 

Donc si j'ai bien compris, à l'avenir si c'est Google et non pas le site que l'on croit visiter qui fournit les pages du site, on n'en saura rien ?
Si c'est le cas, ce sera encore une embrouille de plus, l'inverse de la transparence. :(
De toute façon, transparence et Google, ça ne rime pas vraiment.

avatar Laurent38 | 

Une seule solution, bannir google comme moteur de recherche. Plus son poids diminuera et moins ils pourront se comporter en mafieux qu'ils sont, forts de leur position dominante et de leur écosystème (youtube, etc...).

Vive Quant, Duck duck go, etc...

avatar Imacmoi | 

Google...?? Moi c'est Quant et DuckduckGo ... plutôt content.

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