Hyperloop TT : et si « le train du futur » était gratuit ?

Anthony Nelzin-Santos |

En posant les premières sections de sa piste d’essai sur l’aéroport de Toulouse Francazal, Hyperloop TT est passée du rêve à la réalité. C’est maintenant que le plus dur commence : la société californienne, installée en France depuis deux ans, doit éprouver sa technologie, mettre sur pied un business model, et surtout convaincre les pouvoirs publics. En sera-t-elle capable ? À l’occasion du congrès « Entreprise du futur », Dick Ahlborn, cofondateur et CEO d’Hyperloop TT, a exposé sa vision du futur des transports et répondu à nos questions.

Dick Ahlborn, fondateur et CEO de Hyperloop Transportation Technologies. Image MacGeneration.

« Plus personne n’aime voyager », assure Dick Ahlborn. Vraiment ? Vraiment : « nous aimons arriver à destination, mais nous n’apprécions pas la procédure qui nous permet d’y parvenir. » Hyperloop TT veut donc « redonner envie de voyager », avec ses capsules à sustentation électromagnétique, censées glisser sans effort dans un tube à basse pression. Il ne s’agit pas seulement de voyager plus rapidement, jusqu’à 1 000 km/h en pointe, mais de voyager plus confortablement.

Tout cela est bel et bien beau, mais Hyperloop TT n’a encore transporté aucun passager. Ce n’est pas un problème technique, promet Dick Ahlborn : « la 1.0 est prête ». La première capsule, fabriquée en Espagne, doit prochainement rejoindre le centre de recherche d’Hyperloop TT à Toulouse. Le premier système expérimental fermé, d’une longueur de 320 mètres, sera remplacé cette année par une piste de 1 000 mètres.

« La technologie est plus avancée qu’on ne pourrait le croire », même si les premiers essais montrent combien il sera difficile d’atteindre les 1 000 km/h espérés, ou même « seulement » de battre les records établis par des trains plus conventionnels. En s’implantant à Toulouse, toutefois, Hyperloop TT a mis toutes les chances de son côté. L’aéroport de Francazal est progressivement transformé en grande plateforme d’expérimentation des transports du futur, et la société peut puiser dans le vivier de l’industrie aéronautique.

Après tout, une capsule n’est rien d’autre qu’un avion sans ailes. Un avion qui n’a besoin ni d’un aéroport, ni d’une piste de décollage, mais seulement d’un tube de 4 mètres de diamètre placé sur des pylônes à 5,8 mètres du sol. Une infrastructure relativement légère, qui peut reprendre une ligne de chemin de fer désaffectée (la société canadienne Transpod envisage de reprendre 3 km d’une ligne près de Limoges), ou doubler une voie routière (à condition de pouvoir tailler en ligne droite).

Non, le principal frein, c’est la réglementation. « Nous partons d’une feuille blanche, explique Dick Ahlborn, parce qu’Hyperloop n’est ni un train ni un avion. » Un obstacle qui est aussi une chance : « nous ne sommes pas encombrés par la législation existante, nous devons créer un nouveau jeu de lois. » Mais ce n’est pas (encore) l’entreprise qui fait les lois, et elle doit donc convaincre les gouvernements du monde entier du bien-fondé de son approche.

Toulouse, qui veut devenir la capitale mondiale du transport avec Airbus et plus récemment les activités métro de Siemens, n’a pas été dure à convaincre. En Allemagne, l’organisme de certification TÜV SÜD et le réassureur Munich Re ont esquissé les contours d’une réglementation sécuritaire et d’un mécanisme d’assurance du système. Hyperloop TT a pris langue avec les gouvernements français, allemand, ukrainien, indonésien, sud-coréen, chinois, et bien sûr américain.

L’arrivée d’une section de la piste d’essai à Toulouse. Image Hyperloop TT.

Entouré de chefs d’entreprise dans un congrès dédié à l’entrepreneuriat, Dick Ahlborn tient un discours très libéral, aux accents parfois antiétatiques. Fustigeant « les transports en commun [qui] ne sont pas rentables une fois que l’on enlève les subventions », il veut financer le déploiement du réseau Hyperloop sur ses fonds propres1, et atteindre la rentabilité sous 8 à 12 ans. Même si « les partenariats public-privé sont indispensables en Europe », il n’ira pas construire une ligne « sans que cela soit sensé d’un point de vue économique ».

Sur ce plan, l’Américain d’origine allemande estime que « la situation européenne, avec des villes très denses et très proches, est bien adaptée ». Un projet mené par l’École des mines imaginait relier Saint-Étienne à Lyon (50 km environ) en huit minutes, en doublant l’une des lignes de TER parmi les plus fréquentées de France. À l’évocation de ce projet, Ahlborn semble dubitatif. Comme « la France et l’Espagne sont des leaders du train à haute vitesse », il regarde plutôt vers l’est, et notamment vers une future ligne qui devrait relier Prague à Bratislava.

En reprenant des technologies d’autres industries, en surélevant le tube de transit pour limiter son emprise au sol, en installant des panneaux solaires pour assurer une partie des besoins énergétiques, Hyperloop TT veut abaisser le prix au kilomètre au maximum. « Les frais de maintenance et d’exploitation seront moins élevés que ceux du train », dit ainsi Dick Ahlborn. À tel point que le ticket pourrait être… gratuit.

« Quintero One », la première capsule Hyperloop fabriquée à taille réelle avec une structure complète. Dessinée par PriestmanGoode, que l’on connaît notamment pour son travail sur la première classe d’Air France, elle a été fabriquée par Airtificial au Puerto de Santa María, dans le sud de l’Espagne. Composée de 82 panneaux de fibre de carbone et de Vibranium, un matériau composite conçu par Hyperloop TT, elle mesure 32 mètres de long pour un poids de 5 tonnes, et pourra transporter entre 28 et 40 passagers. Avec un départ toutes les 40 secondes, le système pourrait transporter 160 000 personnes par jour.

Oui, « gratuit », vous avez bien lu. « Nous voulons changer le modèle économique du transport en commun, explique Dick Ahlborn, nous ne voulons pas faire payer le voyage lui-même, mais les services associés. » Pour comprendre cette idée, il faut revenir au début de notre article. Hyperloop TT veut « redonner envie de voyager », avec une nouvelle « expérience à bord », des services uniques. Lesquels ? À ce stade, le CEO ne veut pas donner de détails.

En décrivant son propre voyage transatlantique, il donne toutefois quelques pistes. Il n’est pas question de transformer les capsules en bureau mobile, les trajets seront trop courts, mais plutôt de proposer « une offre de divertissement » payante. Tout en rejetant l’idée d’encarts publicitaires traditionnels, Dick Ahlborn évoque des partenariats promotionnels. Une chose est sûre : Hyperloop TT veut éviter « l’ennui ».

Dick Ahlborn imagine un futur dans lequel les voitures et navettes autonomes assureraient les dessertes sur de petites distances, en complément de l’offre publique de transports en commun. Hyperloop et d’autres systèmes doivent concurrencer la voiture individuelle, et favoriser la décarbonation des transports2, sur des distances plus longues. Reste à savoir à quelle échéance. Hyperloop TT a signé des accords pour commencer la construction d’un système commercial à Abou Dhabi et en Ukraine, ainsi qu’en Chine, mais la route est encore longue.


  1. Ce qui ne l’a pas empêché d’accepter plusieurs millions d’euros de subventions de la région Occitanie. ↩︎
  2. Ce qui pose la question de la compatibilité du système avec le transport de marchandises, l’une des activités les plus polluantes. Hyperloop TT a signé plusieurs accords dans ce sens, et veut développer une capsule cargo. ↩︎
avatar vespistico | 

Projet terriblement excitant souhaitons qu’ils y arrivent et pourquoi pas un systéme de quickstarter pour participer à ce projet titanesque !

avatar DAVID | 

Projet de ouff !!!

avatar maskgen | 

Séduisant sur le papier le projet me vend moins de rêve maintenant qu’on arrive à la réalité de sa mise en oeuvre. Au final je me demande l’avantage p/r à un tgv...

avatar inumerix | 

@maskgen

Essentiellement le coût de maintenance qui est énorme pour le tgv.

avatar vince29 | 

Je vois pas en quoi l'hyperloop serait moins cher de ce point de vue.
Au contraire.

avatar anonx | 

@vince29

Ses employés ?

avatar flagos | 
avatar saoullabit | 

@vince29

Pas de frottement

avatar Hugualliaz | 

@inumerix

Faux ! Ni la maintenance d’un TGV ni le TGV en lui même ne représentent un coût astronomique, le TGV est même en tant que tel très rentable ! Le modèle Ouigo encore plus !

Pour preuve, les vieilles rames de TGV sont toujours en circulation et elles pourraient l’être encore longtemps, elles ont particulièrement bien vieilli !

Ce qui coûte affreusement cher ce sont les LGV et leur entretien ! Le coût est effectivement pharaonique à la construction puis à l’entretien !

L’hyperloop ne sera pas une solution miracle sur le temps de trajet ! Mais peut-être sur l’infrastructure !

avatar bl@ck warrior_69 | 

Les plus vieilles rames de TGV accusent sérieusement leur âge quand même. Pour connaitre des gens qui bosse la dedans il y a de plus en plus de problème technique sur ce matériel. Bien pour ça qu'ils ont commandé des TGV nouvelle génération. Mais effectivement le plus cher pour le TGV c'est de construire les lignes.

avatar MeTe0R_ | 

Avec une petite équipe on a également un projet de ce type qui pourrait révolutionner le transport ... coming soon

avatar chris74b | 

Un départ toutes les 40 secondes ?! Et pourquoi pas toutes les deux secondes ?! :-/

avatar chriseg | 

Il lui faut du temps et de la distance pour augmenter sa vitesse au départ du voyage et pour freiner avant l’arrêt.
Si en plus il y a des dessertes sur de petites distances, il n’atteindra jamais les 1000km/h.

L’Hyperloop ne serait-il viable que sur de grandes distances ?

avatar Minileul | 

@chriseg

Réponse d’ici 2035 ?

avatar vince29 | 

oui.

une autre question ?

avatar IPICH | 

@chriseg

Ca semble logique

avatar J'en_crois Pas_mes yeux | 

voilà une annonce qui parait 100% malhonnête.
Gratuit ?!?!
Si ça un cout, ça ne peut pas être "gratuit". Faut bien qu'il y ait quelqu'un qui paye.
Alors qui paye ? l'usager(alors ce n'est pas gratuit)
ou une tiers personne (mais alors c'est l'usager qui devient le produit en vente ?)
Bref quand on lit gratuit, il faut comprendre "arnaque".

avatar Powerdom | 

@J'en_crois Pas_mes yeux

Je vois que tu profites gratuitement de MacGé. Il doit y avoir une arnaque ?

avatar J'en_crois Pas_mes yeux | 

@Powerdom
Nous ne "profitons en aucun cas de MacGé gratuitement" tu fais erreur.
Nous finançons MacGé en subissant des publicités.
Ce model publicitaire est un choix, ce n'est pas une arnaque.
Ce qui serait de l'arnaque c'est de masquer le payement et ainsi le model financier

avatar anonx | 

@J'en_crois Pas_mes yeux

Bah qui te dit qu’il n’y aura pas de pub dedans? ☺️

avatar IPICH | 

@Powerdom

Rien à voir, on a pas accès à tout le service que propose le site et on a des pubs vraiment mal fichus.

avatar oomu | 

"Je vois que tu profites gratuitement de MacGé. Il doit y avoir une arnaque ?"

évidemment qu'il y a une "arnaque" (mais légale et gentille, c'est une arnaque QUE sous le scalp du Oomu)

MacG est financé par la publicité et les abonnements. La version sans abonnement est financée, ou payée, en temps perdu à regarder des pubs que personne ne désire (personne, je vous l'assure).

Alors où est l'arnaque me diriez vous ? Et bien elle est chez le Oomu : car en effet le Oomu non seulement lit le site, non seulement il y commente (et s'y amuse) mais en plus il FILTRE LES PUBS. Du coup, il arnaque sciemment MacG.

Pris un jour (la nuit, vers 4h32) d'une terrible bouffée de remords et l'annonce d'un chouette projet de nouveau site moderne et entièrement pensé pour ne plus dépendre de la pub, des annonceurs pubs et des régies de pubs, le Oomu a contribué au project participatif réussi pour avoir un an d'abonnement.

Depuis, le Oomu est un être honnête et fier comme un bar tabac. Fini l'arnaque.

-
donc oui la gratuité n'existe jamais.

Et si je défends par exemple, à mort, le collectif, tel la sécurité sociale, et d'en enlever la majorité des coûts aux malades, ce n'est pas de la magie. C'est le résultat de travail et financement constant et préparé bien à l'avance.

Il en serait de même avec l'Extraordinaire Mag..heu Promesse Politicienne de rendre le transport en commun gratuit en Ile de France.

Ce n'est évidemment pas gratuit, mais absorbé par les contributions des habitants, des entreprises, etc. Ce qui n'est pas nécessairement une mauvaise idée, mais en tout cas, le résultat d'un travail de nombreuses personnes.

Rien n'est gratuit. Mais pas nécessairement ni éthiquement à être payé par Vous. ça dépend.

avatar Phiphi | 

@J'en_crois Pas_mes yeux

C’est dit. Faire payer les services associés. Taxer les boutiques en gares, faire payer le parking, l’es sandwich, boissons, connexions internet ...
Ne serait-ce que faire payer la réservation, sinon tu fais la queue, ça peut compter comme un service.

Attention je ne dit pas que ça tient la route ce plan, je dit que c’est ce que je comprends.

avatar J'en_crois Pas_mes yeux | 

@Phiphi Je comprends bien.

Il serait donc possible alors d'avoir des billets gratuits pour moi qui seraient payés par ceux qui payeraient leurs sandwichs, boissons, etc à prix d'or ?
Il devrait y avoir plus d'amateurs pour les billets gratuits (ceinture) que pour les billets payants (sandwich). Je n'ose imaginer le prix du sandwich pour avoir un billet gratuit !
Ce model n'est pas possible.
Pour ne pas craindre une malhonnêteté Dick devrait être plus explicite sur son model économique "gratuit"
On parle de combien de milliards € ?
ps : si tu fais payer le prix de la réservation au du billet, ça peut alors marcher ;-)

avatar Phiphi | 

@J'en_crois Pas_mes yeux

À priori je suis d’accord avec toi. Mais d’un autre côté on trouve des vols charters à des tarifs qui, s’ils ne sont pas nuls, s’en approchent beaucoup.
C’est pour cela que je pense aux réservations. Un vol charter fait perdre tellement de temps que les voyages d’affaires restent chez les compagnies classiques.
Si ne pas réserver obligé à boucher les trous, en attendant parfois 2 heures, ça peut faire la maille. Les entreprises subventionneront les places des autres.
Je me fais un peu l’avocat du diable sur ce coup je te le concède ça ne peut pas être aussi binaire que ça.
Je crois aussi qu’il exagère et qu’il n’ira jamais jusque là, mais des tarifs très modulés allant du simple au décuple pourquoi pas ?

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