Lorsqu’Apple a publié ses résultats trimestriels en début d’année, le rendez-vous suivant n’était pas particulièrement guetté. Les trois premiers mois de l’année calendaire sont traditionnellement calmes à Cupertino, même si le Nouvel An chinois est venu bousculer la donne ces dernières années en offrant un second pic de ventes.
Mais fin janvier, nous ignorions qu’Apple s’apprêtait à lancer le MacBook Neo et, surtout, que Tim Cook allait annoncer son départ. Ces événements redonnent du piment à une annonce de résultats d’ordinaire routinière, alors que le titre AAPL fait du surplace depuis six mois. Sur la même période, l’action Google s’est appréciée de 35 %, quand celle de Microsoft reculait de 21 %. De quoi rappeler que dans la course à l’intelligence artificielle, les positions de tête sont tout sauf acquises et que les dynamiques peuvent se renverser en un clin d’œil.
Apple n’a pas seulement battu les estimations, elle les dépasse assez nettement avec un chiffre d’affaires de 111,18 milliards de dollars. Alors que le marché tablait prudemment sur une fourchette de 109 à 110 milliards, Cupertino affiche une insolente croissance de 16,6 % sur un an. Cette performance se traduit par un bénéfice net de 29,58 milliards de dollars , propulsant le bénéfice par action à 2,01 $. C’est là aussi au dessus des attentes !
Un indicateur est particulièrement impressionnant au regard du contexte actuel : la marge brute. Malgré une nette hausse des dépenses de R&D et un contexte de coûts de plus en plus tendu, Apple parvient à hisser sa marge brute à 49,3 %. C’est une hausse de 2,2 points en un an, c’est tout bonnement remarquable.
| Indicateur | Q2 2025 (Réel) | Q2 2026 (Réel) | Croissance (annuelle) | Attentes Analystes |
|---|---|---|---|---|
| Chiffre d'affaires | 95,36 Md$ | 111,18 Md$ | +16,6 % | 109 - 110 Md$ |
| Bénéfice par action (EPS) | 1,65 $ | 2,01 $ | +21,8 % | 1,92 - 1,95 $ |
| Marge Brute | 47,1 % | 49,3 % | +2,2 pts | 48,0 - 49,0 % |
| Ventes iPhone | 46,84 Md$ | 56,99 Md$ | +21,7 % | 56,5 Md$ |
| Services | 26,65 Md$ | 30,98 Md$ | +16,3 % | 30,0 Md$ |
| Ventes de Mac | 7,95 Md$ | 8,40 Md$ | +5,7 % | 8,0 - 9,0 Md$ |
| Ventes d’iPad | 6,40 Md$ | 6,91 Md$ | +8,0 % | — |
L’iPhone toujours en très grande forme
Le moteur principal, l'iPhone, a retrouvé une vigueur impressionnante avec des ventes s'élevant à 56,99 milliards de dollars, soit un bond de près de 22 % par rapport aux 46,84 milliards de l'an dernier.
Surtout, c'est l'ensemble des voyants qui passent au vert ce trimestre : toutes les divisions d'Apple progressent. Même le segment "Wearables, Home and Accessories", qui accusait un recul persistant ces derniers trimestres, renoue avec la croissance (+5 %). Autre motif de satisfaction, le succès de l'iPad (+8 %) surprend agréablement alors que le segment semblait plus figé.
Parallèlement, la division Services continue sa course vers les sommets en atteignant les 30,98 milliards de dollars de revenus. Apple sécurise ses profits récurrents tout en consolidant son écosystème. Le Mac confirme également sa bonne forme avec 8,40 milliards de dollars de ventes. Toutefois, l’heure de vérité pour le petit dernier de la gamme Mac interviendra ce trimestre. Le MacBook Neo a été commercialisé trop tardivement pour peser sur le premier trimestre.
Le grand réveil du marché chinois
C’était la grande inconnue de ce trimestre, et le résultat est sans appel : la zone « Greater China » a généré 20,50 milliards de dollars de revenus. On est loin de la simple reprise technique ; c'est une croissance massive de 28 % par rapport aux 16 milliards engrangés à la même période l'an dernier. Alors que les analystes espéraient une hausse de 19 %, Apple a largement surperformé. Cette reconquête du marché chinois est sans doute le signal le plus fort envoyé aux investisseurs ce soir, dissipant les doutes sur la perte d'attractivité de la marque face à la concurrence locale.
Mais il ne faut pas limiter ce succès à la seule Chine : Apple est en croissance dans toutes les régions du monde (Amériques, Europe, Japon, Asie-Pacifique), avec une dynamique à deux chiffres partout. C’est une performance assez rare pour être signalée, soulignant une résilience mondiale de la marque.
Une machine à cash indétrônable
Au-delà des ventes, le bilan comptable d'Apple reste une forteresse. Le groupe termine le trimestre avec 45,57 milliards de dollars en cash et équivalents. Surtout, Cupertino ne ralentit pas ses investissements pour l'avenir : 11,42 milliards de dollars ont été injectés en Recherche et Développement ce trimestre, contre 8,55 milliards l'an passé.
En concluant un trimestre très solide, Apple rappelle à ses rivaux de la Silicon Valley que si la bataille de l'IA est une course de fond, elle dispose des ressources les plus profondes pour la mener.
Le moment idéal pour passer le témoin selon Tim Cook
Au-delà de la performance comptable, cette conférence a été marquée par une séquence forte sur l'avenir de la gouvernance à Cupertino. Tim Cook, fidèle à sa réputation de gestionnaire pragmatique, n’a pas fait de détour en évoquant sa propre succession. « Nous avons le dirigeant idoine, prêt à assumer ses fonctions », a-t-il affirmé en préambule, martelant qu'Apple dispose de l'équipe nécessaire pour concrétiser toutes les « promesses de cette entreprise ».
Une main tendue que John Ternus a saisie avec l'assurance qu'on lui connaît désormais. Après avoir remercié Cook et les actionnaires pour leur confiance, le futur CEO a déjà pris date pour la suite, évoquant une « feuille de route incroyable » pour les années à venir. Une manière de rassurer les marchés : si le capitaine change en septembre, le navire, lui, garde son cap et sa vitesse de croisière.
Le Mac comme fer de lance de l'IA
Entre deux rappels stratégiques, Tim Cook a réaffirmé certaines orientations industrielles, comme la relocalisation partielle de la production du Mac mini aux États-Unis. Mais c'est sur le terrain de l'intelligence artificielle que le patron d'Apple a voulu marquer son territoire, décrivant le Mac comme la « meilleure plateforme » pour l'IA actuelle. Pour étayer son argumentation, il a souligné que des développeurs d'IA de premier plan, à l'image de Perplexity, choisissent désormais le Mac comme plateforme de prédilection pour concevoir des solutions de classe entreprise.
Mac mini M4 : la petite bête qui monte (et qui booste l’IA)
Succès phénoménal et tensions logistiques
Revers de la médaille : ce succès crée des tensions sur les stocks. Le Mac mini et le Mac Studio font face à des pénuries qui pourraient durer plusieurs mois. Tim Cook a reconnu qu’Apple disposait aujourd'hui de moins de flexibilité qu'auparavant dans sa chaîne de production, rendant l'exercice de l'équilibriste plus complexe face à une demande plus forte que prévu. Le MacBook Neo, de son côté, réalise un sans-faute : Cook s'est montré particulièrement enthousiaste, évoquant une demande « phénoménale ».
Le front des composants reste toutefois agité. Tim Cook a admis que l’impact du coût de la mémoire a été plus sensible sur les trois premiers mois de l’année qu’en fin d'année 2025. Un constat doublé d'une mise en garde : « Nous pensons que les coûts de la mémoire auront un impact croissant sur nos activités, et nous continuerons d’évaluer la situation », a-t-il précisé. Cette pression sur les marges devrait d'ailleurs s'accentuer sur le trimestre en cours, même si le patron d’Apple assure disposer de plusieurs leviers pour manœuvrer durant cette crise.
Enfin, la promesse logicielle tient toujours : le « nouveau Siri » verra bien le jour cette année. L’impatience est désormais palpable pour la WWDC le mois prochain, où Apple devra transformer ces ambitions en démonstrations concrètes.
Vers un printemps record malgré les vents contraires
Les perspectives pour le trimestre en cours qui s’achève fin juin (le troisième trimestre fiscal d'Apple) dessinent une trajectoire tout aussi ambitieuse. Kevan Parekh, le directeur financier, a brossé le portrait d'une croissance soutenue : Apple table sur un chiffre d'affaires en progression de 14 % à 17 %.
Ce dynamisme sera toutefois nuancé par un effet de base défavorable pour l'iPad. La tablette pommée devra affronter une « comparaison difficile » par rapport à l'année dernière, qui avait été marquée par le lancement de l'iPad équipé de la puce A16. Entre les lignes, on peut comprendre que son successeur attendu pour cette année, ne devrait pas être présenté à court terme.
À l'inverse, les Services continuent de jouer leur rôle de moteur de croissance avec une progression attendue similaire à celle du trimestre de mars.
Sur le plan de l'efficacité opérationnelle, Cupertino maintient une discipline de fer :
- Marge brute : attendue entre 47,5 % et 48,5 %, une performance remarquable compte tenu des tensions sur le coût des composants.
- Dépenses d'exploitation : calibrées entre 18,8 et 19,1 milliards de dollars.
- Taux d'imposition : stabilisé autour de 17 %.
Les marchés ne s'y sont pas trompés. Les investisseurs saluent la solidité des prévisions et la gestion de la passation de pouvoir entre Cook et Ternus. Dans les échanges après-Bourse, le titre AAPL s'envolait ainsi de près de 4 %, signe d'une confiance dans la capacité d'Apple à naviguer en zone de turbulences.











