Spotify attaque Apple à Bruxelles pour concurrence déloyale

Florian Innocente |

Spotify hausse le ton contre Apple et son fondateur, Daniel Ek, annonce le dépôt d'une plainte devant la Commission Européenne. En ligne de mire il y a ce que Spotify considère comme une concurrence déloyale de la part d'Apple : les règles fluctuantes de présence sur l'App Store, le statut de juge et partie d'Apple et les limites posées à la promotion et au fonctionnement d'une app sur l'App Store.

Daniel Ek, patron fondateur de Spotify

C'est un vieux combat de Spotify qui revient en lumière, au point que le service suédois a ouvert un site pour en établir la chronologie sous le slogan « Il est temps de jouer à la régulière ».

Dans ce récapitulatif remontant aux débuts de l'iPhone et de l'App Store s'y trouvent rassemblés les changements de règles sur la boutique de téléchargement, les difficultés posées à la création d'une app pour l'Apple Watch (ça a avancé depuis), etc.

C'est sur la commission des 30 % prise sur les abonnements, que Spotify concentre une large part de ses critiques. Le service rappelle que la possibilité de passer d'un compte gratuit à une formule Premium l'imposait de reverser 30% à Apple (en omettant de préciser qu'au bout d'un an, en cas de renouvellement de l'abonnement, la ponction est réduite à 15 %). Une « taxe » incompatible avec son activité, dans le contexte d'une concurrence avec Apple Music :

Si nous payions cette taxe, cela nous obligerait à gonfler artificiellement le prix de notre abonnement Premium bien au-dessus du prix de Apple Music. Et pour que nos prix restent concurrentiels pour nos clients, nous ne pouvons pas le faire.

Pour ménager sa marge, Spotify avait reporté sur le client le prix de cet abonnement. La même formule coûtait 12,99 € en In-App sur l'App Store et 9,99 € directement chez Spotify. Un déséquilibre auquel n'est pas soumis Apple Music, plaide Spotify, qui est proposé depuis le début à 9,99 € et intégré sur tous les appareils iOS et macOS.

Depuis un an, Spotify a donc retiré la possibilité de s'abonner au travers d'un achat In-App, obligeant l'utilisateur à le faire depuis son site. Un trajet que le client ne peut suivre depuis l'intérieur de l'app puisqu'Apple interdit qu'une app propose un autre mode d'abonnement que celui reposant sur son système. Un simple lien vers un abonnement extérieur est également proscrit.

C'est là un autre motif de mécontentement de Spotify (lire Spotify pousse à annuler l'abonnement In-App d'Apple) qui fustige la promotion qu'Apple fait pour Apple Music au sein de ses services, tout en bridant la communication de services concurrents.

Netflix a fait exactement comme Spotify à la fin de l'année dernière, il n'y a plus d'abonnement In-App de proposé dans son app.

Les règles fluctuantes et pas toujours écrites de l'App Store sont une autre source d'énervement pour le suédois. En avril 2018, Spotify a vu son app retoquée par les validateurs de l'App Store car l'une des captures montrait le mot "Gratuit". Trois mois plus tard, c'est le slogan "Get in, Get Premium" figurant dans une capture qui justifiait le rejet d'une mise à jour.

Daniel Ek regrette également qu'Apple ferme la porte du HomePod à Spotify, même si sur ce point le reproche est difficile à établir. C'est davantage Apple que Spotify qui se met dans une position de handicap, au vu du nombre d'enceintes concurrentes qui intègrent Spotify. Si un jour le HomePod règne sur ce marché, la question néanmoins se reposera.

Avec sa plainte devant la Commission Européenne (Spotify ne s'interdit pas de porter le fer dans d'autres pays) Spotify veut que chaque protagoniste soit soumis aux même règles sur l'App Store « Apple Music compris ». Puis, que les clients aient le choix du mode de paiement d'un abonnement qui leur convient, sans subir des « tarifs discriminatoires ». Enfin, que les app stores ne puissent contrôler la communication marketing entre les clients et les services.

Daniel Ek conclut sur la nature de sa démarche. À l'écouter, il s'agit moins d'une bataille entre Spotify et Apple que d'une lutte à un niveau plus global : « Nous voulons les mêmes règles, justes, pour toutes les entreprises, qu'elles soient nouvelles ou anciennes, petites ou grandes ».

Cette action de Spotify survient à un moment où plusieurs actualités se croisent. Dans quelques jours, Apple va annoncer son service de séries TV dont on peut penser qu'il s'articulera, commercialement parlant avec l'offre musicale (Apple a aussi une offre de presse magazine en préparation). Nul doute que côté promo, Apple ne va pas regarder à la dépense.

Spotify n'ayant pas de catalogue vidéo, il vient de renforcer son partenariat avec Hulu, un important service américain de VOD. Apple, via iTunes, est devenu un passage obligé pour obtenir des podcasts. Spotify a récemment fait de l'offre en podcasts un axe majeur de sa croissance future, et a acheté deux entreprises du secteur.

Enfin, sur la question de la régulation des plateformes de téléchargement d'apps, le sujet est devenu politique au travers du programme de l'une des candidates démocrates pour la présidentielle américaine de 2020 et d'initiatives décidées à Bruxelles (lire Europe : Apple verse de l’argent aux développeurs, l'UE met en place de nouvelles règles).

avatar skynext | 

J’espère que la commission fera preuve d’un peu de courage et imposera le démantèlement d’Apple (entre le matériel et les services). (Je ne remet pas en cause la commission mais bien l’absence de concurrence et les règles arbitraires)

avatar nemrod | 

@skynext

Pourquoi démanger le démantèlement ? En quoi serait-ce du courage ?

Sinon, il y a une coquille : «  les débuts de l’iPhone ».

avatar skynext | 

Sur Android on peut exécuter du code téléchargé en dehors du play store. Sur iOS c’est impossible le code est signé par Apple et Apple contrôle l’unique canal de distribution en y’imposant des règles arbitraires et sa propre tarification. Apple ne peut pas à la fois être juge et partie. Il faut la scinder de manière à avoir une entité en charge du store et une autre en charge des services (Apple Music, Safari, iWork, iMovie iTunes ects,..)

avatar nemrod | 

@skynext

C’est qui amène ma stabilité de l’OS, comme pour macOS ça convient à la majorité

avatar skynext | 

@nemrod
Ça ne convient absolument pas à la société le confort à court terme des utilisateurs est complètement anecdotique à côté (et de toutes façon on s’en fou on ne va pas piétiner les règles fondamentales d’une économie de marché sur l’hôtel du « confort d’utilisation ») c’est une entrave évidente au marché à laquelle le régulateur se doit de répondre.

avatar nemrod | 

@skynext

C’est ton avis 😉

avatar A884126 | 

@skynext

Certains produits sont référencés chez Carrefour et pas chez Leclerc et personne ne vous oblige de faire vos courses chez Leclerc.

avatar byte_order | 

@A884126

2 magasins. En concurrence.
Et y'en a même d'autres.

Le consommateur à donc le choix. S'il veut un produit compatible avec son quotidien, il peut faire jouer la concurrence des magasins, à la fois sur la disponibilité et sur les prix.

Mais pour cela, il faut qu'une concurrence puisse exister.

Pour ses besoins sur *son* terminal iOS, y'a pas de magasin en concurrence. Y'en a qu'un, imposé par le vendeur du terminal, grâce à un verrou purement logiciel, arbitraire et qui crait clairement une distorsion de la concurrence.
Le propriétaire du terminal peut très bien être intéresse par certaines apps que d'autres magasins d'apps pourraient proposer, quand bien même celui d'Apple refuse de les distribuer.
Mais comme il, lui, le propriétaire du terminal et celui qui achète également l'app, n'a pas la liberté de faire jouer la concurrence des magasins d'apps, il ne peut pas.

Soit les terminaux iOS devraient être loué par Apple - et là Apple peut parfaitement imposé ce qu'il souhaite, soit les terminaux iOS continuent d'être vendus, et dans ce cas la concurrence doit pouvoir avoir lieu sur la distribution des apps et des services sur ces terminaux.

avatar lmouillart | 

Aucun rapport. C'est comme de dire que les DRM dans l'audio ou la vidéo améliore leur qualité.

avatar House M.D. | 

@skynext

Hors de question d’ouvrir la plate-forme aux quatre vents et ainsi y laisser entrer le même genre de saloperies qui traînent chez Android. Ce serait perdre l’avantage considérable de sécurité que propose Apple aux utilisateurs autres que les geeks boutonneux et autres kékés.

avatar skynext | 

@House M.D.

Ah mais ça ne sera pas une question de choix. Ça sera contraint par le régulateur.
Je le répète la situation actuelle constitue une entrave évidente au marché.

avatar House M.D. | 

@skynext

Et c’est votre vision. Comprenez que vous n’êtes pas juriste, et encore moins en charge du dossier, et c’est heureux.

avatar sensass | 

On se fiche royalement de l'entrave. Ce système actuel fait la force de Apple par rapport à Android.
Et puis ceux qui sont venus faire leur App tels que Spotify sont venu sur le terrain d'Apple en acceptant leurs règles. Spotifiy ne peut pas dire qu'il ne savaient pas. Il se sent menacé et va donc pleurnicher. Bah oui mais tu es un moustique qui se plaint de se faire bouffer par un crocodile...

avatar Dimemas | 

@ house :
quelle vision puérile et pitoyable des utilisateurs android !
A vous lire, on pourrait en dire autant des utilisateur d'iphone en disant que ce sont des bobos donneurs de leçons et ignares puisqu'ils ne connaissent rien à ce qu'ils se passent en dehors d'Apple.

pauvre idiot va...
Tu n'es pas un exemple dans l'écosystème et c'est heureux

avatar House M.D. | 

@Dimemas

Alors, déjà on va se calmer et garder ses distances. Ensuite, je n’ai pas parlé des utilisateurs Android en ces termes peu élogieux, mais de ceux qui veulent absolument pouvoir exécuter du code non signé sur iOS.

Avant d’insulter une personne, il serait bon de comprendre son propos.

avatar byte_order | 

@House M.D.
> mais de ceux qui veulent absolument pouvoir exécuter du code non signé sur iOS.

Nul besoin de lier signature d'apps (et en gros tout le processus de certification de conformité) avec une exclusivité sur les conditions de distribution de ces apps !

Bon, évidement, c'est bien plus profitable pour Apple de le faire, mais cela n'a rien d'obligatoire de les lier.

Apple peut parfaitement vendre son service de validation et de certification d'apps aux développeurs tout en laissant le propriétaire de terminaux iOS choisir, en responsabilité, en adulte quoi, de n'installer ou pas que des apps certifiées ainsi, et ce quand bien même elles seraient distribuées par d'autres plateformes d'apps que celle du constructeur du terminal.

avatar House M.D. | 

@byte_order

Le souci qui va se poser dans ce cas c’est l’éducation de l’utilisateur. Vous n’imaginez même pas combien d’utilisateurs iPhone venaient en se plaignant d’un comportement erratique de leur téléphone à l’époque où le jailbreak était à la mode... et bien entendu pour eux le téléphone était en cause, surtout pas les apps corrompues et mal fagotées qu’ils avaient installé. Ouvrir la possibilité d’utiliser des apps non signées reviendrait à revenir à cette époque.

avatar byte_order | 

@House M.D.

Comme si Apple ne pouvait pas utiliser ses clauses de garantie pour refuser de dépanner un terminal iOS sur lequel des apps non certifiées auraient été installées par le client !
A fortiori le jailbreak, qui n'a *jamais* été couvert par ses clauses contractuelles de toute façon.

L'éducation de l'utilisateur !? De une, il s'agit du client adulte, pas d'un enfant, déjà, de deux, Apple n'est pas sa mère ! L'utilisateur n'a pas a être materné, et si Apple l'a fait, c'est d'abord et avant tout parce que cela renforce la captivité "tutélaire" de sa clientèle, ce qui sert ses intérêts financiers. A elle de voir où fixer le curseur, mais cela n'est en aucun cas un argument pour justifier de refuser une libre concurrence sur la *distribution* d'applications.

> Ouvrir la possibilité d’utiliser des apps non signées reviendrait à revenir à cette époque.

Pourquoi encore lier un store monopolistique avec la signature d'apps ?
Est-ce qu'il y a un seul fournisseur de certificat SSL au monde !?
Qui impose d'héberger tous les sites web sur *sa* plateforme Web ?
Non.
Est-ce que cela remet en cause l'efficacité des certificats distribués par différentes autorités de certification ?
Non.

La distribution et la certification sont 2 activités, parfaitement scindables, et pour éviter la confusion des genres et les abus, c'est même conseiller de séparer les deux.

Imaginez-vous Carrefour certifiant seul, par elle même, sans contrôle externe, les produits qu'elle distribue dans ses magasins : si si, ce produit ménager est conforme aux normes de sécurité électrique, tel produit alimentaire sans risque pour la santé... ?

Pourtant, ici, par un raisonnement étrange, il faudrait faire confiance aveuglement au distributeur sur ce qu'il distribue (ou sur les raisons du refus), sans alternative de se fournir ailleurs en plus !?

avatar House M.D. | 

@byte_order

Je ne reprendrai pas tout, mais votre exemple de carrefour m’amuse, étant donné que récemment je leur ai affirmé qu’ils avaient une contrefaçon de chargeur Apple dans leurs rayons... chose qui ne leur a pas plu, bien sûr, le produit en question étant fait par un de leurs sous-traitants. Et il n’y avait aucun doute sur la contrefaçon, croyez-moi.

Nous avons une vision diamétralement opposée des choses, je vois les choses côté dépanneur et fournisseur de SAV, vous voyez les choses côté développeur de ce que j’en vois, donc je pense qu’il sera plus simple et plus sage de s’accorder sur un désaccord.

avatar byte_order | 

@House M.D.
> Je ne reprendrai pas tout

Rien, en pratique.

> votre exemple de carrefour m’amuse, étant donné que récemment je leur ai affirmé
> qu’ils avaient une contrefaçon de chargeur Apple dans leurs rayons...

La bonne nouvelle, c'est que Carrefour n'est pas l'unique magasin disponible pour les consommateurs. Eux, ils sont en concurrence avec d'autres distributeurs.
Quand leurs clients ne sont pas satisfait, ils risquent de voir ces clients aller voir la concurrence.

Ce n'est pas le cas de l'AppStore. Ni pour les clients d'Apple ni pour les fournisseurs d'apps.

> Nous avons une vision diamétralement opposée des choses, je vois les choses
> côté dépanneur et fournisseur de SAV, vous voyez les choses côté développeur
> de ce que j’en vois

Je vois les choses du côté consommateur
Ce que bon nombre de commentateurs ici sont très probablement.
Il y a fort à parier qu'ils sont très très très rare à être du côté du vendeur (ou de son SAV).

Mais pour une raison inconnue, beaucoup semble préférer se ranger du côté des intérêts du vendeur / distributeur que du côté des intérêts du consommateur, c.a.d. de *leurs* intérêts.

Apple a la meilleure clientèle au monde, y'a pas à dire.

avatar Mécréant | 

@House M.D.: Avez-vous un lien vers une photo ou un descriptif de cette contrefaçon? Je viens de faire un tour sur le site de Carrefour et je ne trouve que celui-ci. Ce n'est pas certifié, mais ce n'est pas non plus une contrefaçon (1).

https://drive.carrefour.eu/fr/Multimedia/Chargeurs-%26-Alimentations/pos...

_____
(1) le logo est clairement différent (poisson) et affiché (sur la prise murale comme sur le cable); le modèle est clairement différent (forme, position des prises). En clair, rien ne prête à confusion: il ne s'agit pas de matériel Apple, mais il n'est pas vendu comme tel...

avatar Domsware | 

@skynext

Faux. Il y a un autre canal de distribution : les web apps.

Ici Spotify veut profiter gratuitement des services du magasin d’Apple.

avatar iVador | 

@skynext

Si on démantèle Apple alors il faudra démanteler les autres mastodontes dans la foulée.
(Et interdire Facebook, ce serait bien )

avatar debione | 

Google avec Alphabet s’y est préparé...

avatar reborn | 

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