AirPower, Copland, Bedrock, le PowerPC 3 GHz… ces promesses non tenues d'Apple

Florian Innocente |

Quand on a popularisé la commande "Annuler", il serait dommage de ne pas l'utiliser lorsque les circonstances l'imposent. C'est ce qu'a fait Apple en faisant annoncer par la presse américaine l'abandon de son tapis de recharge AirPower, dévoilé en septembre 2017 et attendu depuis un an.

Image : Macintosh Garden

Une telle marche arrière n'est pas inédite, toutefois elle n'est pas fréquente chez Apple. Du moins lorsqu'il s'agit de projets préalablement révélés au public, montrés à la presse et aux développeurs. En interne, il y a fort à parier que cela se produit plus régulièrement.

On ne parle pas d'échecs à la manière d'OpenDoc ou de Ping, qui ont vu le jour, qui ont été utilisés mais pour qui l'adhésion a fait défaut, entrainant de piteuses sorties de route.

On parle de matériels, de logiciels annoncés, promis mais jamais arrivés entre les mains des utilisateurs. Ou alors, pas sous la forme montrée au départ. La liste est courte, peut-être pas exhaustive, il pourrait y figurer des choses plus techniques comme les subtilités de Rhapsody sur Intel (le système qui allait donner Mac OS X) ou des API Carbon en 64 bits, mais il y a quelques petits et gros morceaux :

Bedrock, ce projet ramène au tout début des années 1990. Apple et Symantec s'étaient mis en tête de créer un framework pour écrire des applications capables de fonctionner sur Mac et sur PC. Annoncé en 1992, mis au placard en 1994.

Copland, alias "System 8", un système d'exploitation modernisé, qui devait être suivi par Gershwin ("System 9"). Démarré en 1994, détaillé publiquement, certaines fonctions furent même montrées au travers de démos multimédia sur CD et des outils envoyés aux développeurs.

Le projet fut abandonné deux ans plus tard, à la faveur d'un changement de direction chez Apple. Celle-ci s'en remit à NeXT pour créer, in fine, Mac OS X. En définitive, à défaut d'avoir eu le système annoncé, on en aura toutes les capacités et plus encore.

Power Mac avec PowerPC à 3 GHz. En 2003, Steve Jobs promet un Power Mac avec une fréquence de 3 GHz. Deux ans plus tard il admet qu'Apple n'a pu tenir sa promesse. À sa décharge, le processeur était conçu par IBM.

En 2005, Jobs officialise donc la transition vers Intel (vidéo et lire Comment en 210 jours le Mac est passé du PowerPC aux processeurs Intel). Au-delà des ratés d'IBM, l'abandon du PowerPC avait des intérêts stratégiques. Passer sur Intel a rendu possible Boot Camp et un grand mouvement de switch d'utilisateurs Windows. Les PowerBook, qui stagnaient sur G4 à défaut d'un G5 basse consommation, trouvèrent aussi un second souffle avec Intel.

Des widgets exclusifs aux abonnés .Mac. Mac OS X 10.4 Tiger, en 2005, contenait Dashboard et ses widgets. Apple promit d'en créer de nouveaux, réservés aux abonnés .Mac (devenu MobileMe, devenu iCloud). Puis rien ne vint.

Michael Grothaus, qui travailla chez Apple, racontait en 2012 que cette idée était venue d'un développeur stagiaire, à qui son responsable avait donné son feu vert. Sauf que le gamin partit plus tôt que prévu et personne ne prit la suite de son développement (lire aussi Le widget Météo de macOS ne répond (définitivement ?) plus).

FaceTime en open source. Autre promesse de Steve Jobs faite en public, en 2010. Ouvrir le protocole de FaceTime aurait rendu possible une plus large adoption encore, au-delà des appareils Apple.

Selon John Gruber, Jobs aurait prévu cette annonce dans son coin, sans en référer aux ingénieurs et encore moins à ses équipes spécialisées dans les brevets et le juridique. Cette promesse ne s'est jamais matérialisée, peut-être parce que FaceTime fait l'objet depuis 8 ans d'un procès entre Apple et un patent-troll. VirnetX ne lâche rien et pourrait finir par empocher quelques centaines de millions de dollars.

Au vu de ces précédents il y a matière à relativiser la portée de l'abandon d'AirPower. La Pomme ne vendra pas moins d'iPhone en son absence, ni moins d'AirPods. Par contre, cet accessoire aurait pu être un tapis de charge plus élégant, sur son aspect pratique, que tout ce qui existe aujourd'hui. Un produit portant la patte Apple.

Pour autant, sa disparition ne fera pas vaciller le groupe. L'arrêt de Copland et le pari de mettre son avenir entre les mains de NeXT, ça… c'était d'un tout autre niveau. Ce loupé d'AirPower illustre avant tout un joli plantage de communication et laisse sans réponses de nombreuses questions sur la chronologie de son développement et sur les échanges entre l'ingénierie d'Apple et la direction.

avatar macfredx | 

Article qui remet les choses à leurs place. ?
Les trolls et les haters vont pouvoir s'en donner à coeur joie...

avatar Lucas | 

???

avatar YSO | 

Une fois n’est pas coutume ??

avatar slug74 | 

Super article. Ce que je trouve dommage c’est que l’on parle d’un produit pour recharger des appareils. Il y en a beaucoup sur le marché et du coup je serais curieux de connaître les raisons car avec la force d’Apple en R&D et quand on voit la conception des AirPods iPhone et autres, ne pas réussir à sortir un tapis de recharge est étrange.

avatar Sylvain63140 | 

@slug74

Un problème d’image de marque. Si le produit chauffe ou autres, les dégâts peuvent être plus importants qu’une perte de chiffre d’affaires.

avatar 0MiguelAnge0 | 

@Sylvain63140

Le hauts degrés d’exigence d’Apple qui a scellé son sort: eviter de mettre le feu aux appareils qu’ils voulaient charger...

avatar Florian Innocente | 

@slug74

Les autres tapis, IKEA en vend déjà un depuis des années avec 3 emplacements, il faut placer les appareils à des endroits précis. C’est pas la mort mais bon, si on peut juste les poser partout indifféremment c’est plus cool.

Sauf que ça veut dire que toute la surface est capable de charger et là ça devenait compliqué. Aucun accessoire ne sait faire ça aujourd’hui.

avatar Malouin | 

@innocente

Idem chez Nomad ou 3 bobines sont disponibles (en plus du chargeur pour la Watch) mais là encore, il faut bien viser... sinon pas de recharge ! Ps : ce chargeur Nomad est quand même super ! Et beau !

avatar Brice21 | 

@Malouin

Je l’ai et je confirme. Superbe produit, mais faut viser pour charger les AirPods 2.

avatar zoubi2 | 

@Florian

Voilà, tout est dit. Merci :-)

avatar slug74 | 

@innocente

Merci en effet l’exigence de cette techno est sous estimée je pense car pour le grand publique la distinction entre un chargeur IKEA et celui la n’est pas forcément évidente.

avatar k2r | 

Je vous trouve un peu durs, quand même...

À l’exception notable de Copland, tous les autres exemples donnés concernent des technologies pour lesquelles Apple était en partenariat avec d’autres entreprises.

Le cas du PowerPC à 3 GHz me laisse d’ailleurs un peu dubitatif : les processeurs PowerPC étaient nés d’une alliance Apple - IBM - Motorola, et Apple n’a jamais montré de produit spécifique tournant avec des puces à 3 GHz.

Le cas du AirPower est à mon sens et selon ma connaissance d’Apple (je suis utilisateur depuis 1989...) inédit dans l’histoire de l’entreprise.

Et là où je vous suis, c’est sur le fait que ce gadin de communication risque de faire réfléchir les dirigeants de l’entreprise à deux fois avant de pré-annoncer et MONTRER (même si c n’était qu’une courte vidéo) le produit en fonctionnement.

Maintenant voilà, pas de AirPower, on va s’en remettre. Le produit avait l’air sympa, l’idée aussi, mais si c’est pas techniquement faisable à l’heure actuelle selon les exigences de qualité et de sécurité d’Apple, et bien tant pis !

avatar marenostrum | 

le power PC de 3 GHz était aussi une promesse pour retenir leurs clients mécontents qui trouvaient les Mac trop lents par rapport aux PC, (mais aussi faire pression sur IBM et Motorola pour les pousser se dépasser). Apple au début a voulu montrer (même par des schémas techniques de IBM en appuis) que la fréquence processeur ne fait pas la vitesse de l'ordinateur, mais Intel augmentait tellement la fréquence de leurs processeurs tous les ans que l'Apple n'a pas pu tenir longtemps. ils sont passé chez Intel. y avait pas d'autres solutions.

avatar Florian Innocente | 

@k2r

Pas montré mais promis (le 3 GHz). Cela dit l’AirPower a été montré à la presse mais c’était pas touche et l’accessoire ne fonctionnait pas. C’était juste une maquette.

Mais l’idée n’était pas d’être dur, c’était de montrer que ce n’était pas la première fois et un tapis de recharge abandonné, ça va, on va s’en remettre très vite ?

avatar Vanton | 

@innocente

C’est moins l’abandon du produit que ce sentiment d’errement à la tête d’Apple qui inquiète...

avatar occam | 

@k2r

"À l’exception notable de Copland, tous les autres exemples donnés concernent des technologies pour lesquelles Apple était en partenariat avec d’autres entreprises."

Même pour Copland, indirectement, Apple ne fut pas tout seul.
D’une part, Copland et son successeur encore plus vapeux Gershwin furent la conséquence du retard et de la valse-hésitation autour du projet Taligent/Pink, en partenariat avec IBM.

D’autre part, même pour enterrer Copland, il a fallu le secours de deux cadres recrutés ailleurs : Gil Amelio, venant de National Semiconductor, et Ellen Hancock, qu’il avait débauchée chez IBM. Ce fut Ellen Hancock, une femme remarquable et formée à une culture d’entreprise plus rigoureuse, qui comprit très vite que Copland, en l’état, n’était encore nulle part et n’avait pas d’avenir tangible. Elle arrêta brutalement l’hémorragie. Malheureusement, elle misa sur Solaris, l’OS de Sun, pour replacer à la va-vite Copland. Mauvais pari, qui lui attira les foudres de Steve Jobs dès son retour, puis l’éviction sans égards.

Je trouve par ailleurs la décision d’enterrer AirPower judicieuse et courageuse. Il faut plus de courage pour assumer la responsabilité d’admettre que l’on s’est fourvoyé, et de limiter la casse, plutôt que de persister à perpétuer le mythe de l’infaillibilité. Cette lucidité est plutôt bon signe.

avatar Moonwalker | 

Copland n'a pas été enterré bien profond.

Copland vit toujours aujourd'hui sur macOS et pour quelques mois encore car c'est à partir de l'API de Copland qu'Apple a créé Carbon.

Le problème de Copland a été un management défaillant. Les idées étaient pour la plupart très bonnes.

Mac OS X fut presque autant l'enfant d'OpenStep que l'enfant de Copland.

avatar xDave | 

J’ai le souvenir de Jobs, au moment du passage à Intel, disant qu’il y aurait d’autres produits PowerPC. Apple vendait encore des Mac équipés de ce processeur.
Mais bon.

Accessoirement il y avait l’OS 64 bits pour les G5, on en jamais vu la couleur à part quelques APIs en lignes de commande.

avatar BeePotato | 

@ xDave : « Accessoirement il y avait l’OS 64 bits pour les G5, on en jamais vu la couleur à part quelques APIs en lignes de commande. »

Leopard tournait sur PowerPC, tout en proposant les API Cocoa (pour développer des applications complètes, donc) en 64 bits.

avatar xDave | 

@BeePotato

En tout cas j’ai pas le souvenir d’applications avec GUI en 64bits

avatar Moonwalker | 

Le jeu d'échec. C'était la seule application 64 bits sur Leopard.

avatar xDave | 

@Moonwalker

Lol comme disent les jeunes.
Oui je l’avais zappé celle-là

avatar BeePotato | 

@ xDave : « En tout cas j’ai pas le souvenir d’applications avec GUI en 64bits »

Les applications fournies avec l’OS n’avaient pas encore été retouchées pour avoir une version 64 bits, en effet (sauf, comme l’a fait remarquer Moonwalker, le jeu d’échec, que j’avais moi aussi oublié). Mais les API étaient bien là pour que les développeurs tiers puissent développer leurs propres applications en 64 bits.

avatar Dazoudaz | 

Le souci est peut-être aussi de vouloir tout annoncer dix ans en avance.
Dans le monde du jeu vidéo, c’est la même chose, ça annonce du lourd pour rester dans la course et c’est très souvent la déception des joueurs à l’arrivée. Créer la surprise du client est parfois payant.

avatar JLG01 | 

Et en sortant du monde d’apple, tous les financements collaboratifs qui n’ont financer que les « inventeurs » sans jamais rien produire de concret.

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