Eddy Cue et Craig Federighi bêta-testeurs comme tout le monde

Nicolas Furno |

Tim et moi, on est allé au Super Bowl ensemble. C’est vraiment un grand fan des Broncos. Quand ils ont gagné, on était super content, on a fait des high five, on est allé sur le terrain et Tim a pris une photo. Il était si content, il a voulu les féliciter et il a publié la photo.

Le lendemain, je me réveille et je vois tous les messages, les tweets et tout le reste et je me suis dit que c’était génial. Ça montre que Tim est comme vous et moi, un grand fan de sport, il a adoré le match et que son équipe gagne le Super Bowl.

C’est en revenant sur la fameuse photo floue de Tim Cook que Eddy Cue, SVP en charge des services en ligne chez Apple et Craig Federighi, SVP en charge d’iOS et d’OS X, ont commencé leur discussion avec le blogueur et podcasteur John Gruber. L’épisode 146 de The Talk Show a été publié vendredi en fin de journée et nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer les nouveaux chiffres divulgués ici ou là par les deux responsables d’Apple, ainsi que les principales annonces.

Eddy Cue et Craig Federighi, devant LA photo.
Eddy Cue et Craig Federighi, devant LA photo.

Néanmoins, l’échange d’une heure environ a aussi été l’occasion d'aborder d’autres sujets. Certains sont anecdotiques (sauf si vous vous intéressez aux sports américains), mais d’autres sont révélateurs de la stratégie actuelle d’Apple. Malheureusement, ils n’ont pas dit pourquoi cette fameuse photo avait été supprimée de Twitter, mais on fait le point sur tout le reste !

Les employés d’Apple sont les premiers testeurs

Je vais vous dire à quel point on peut être dingues à ce sujet, Craig et moi. J’étais en train d’installer une nouvelle version d’OS X sur mon iMac, une non disponible au public, il y a quelques jours. J’ai eu un problème et je savais qu’il allait être difficile à reproduire. Il était alors 19h30 et je venais de rentrer à la maison pour faire cette mise à jour.

J'ai appelé Craig et je lui ai dit que j’avais un problème. Je devais partir le lendemain pour rencontrer des écoliers avec des iPad en Arizona et je lui ai dit qu’il fallait regarder ce bug, que c’était bizarre et que ça allait être difficile à reproduire. Il m’a dit pas de problème, donc j’ai pris l’iMac, je l’ai mis dans la voiture, je suis allé chez Craig, je lui ai donné l’iMac. Puis je suis rentré chez moi, je suis parti et pendant ce temps, Craig et son équipe ont identifié le bug et le lendemain, j'ai récupéré l’iMac.

Craig Federighi et Eddy Cue utilisent les produits Apple, c’est un message qu’ils n’ont cessé de marteler pendant toute l’interview. Au point qu’ils installent et achètent parfois eux-mêmes les produits, pour avoir la même expérience qu'un client lambda. Et quand ils tombent sur un bug, ils font tout pour le corriger, comme cette anecdote assez surréaliste le montre bien.

Autre exemple, encore une fois donné par Eddy Cue : alors qu’il teste l’Apple TV, il veut regarder un film et tombe sur un message qui lui demande s’il veut l’acheter à nouveau. Cette information n’a pas de sens (le contenu avait été téléchargé par un autre membre de sa famille dans le cadre du Partage familial), le film devrait se charger immédiatement, et il a demandé à son équipe de le corriger.

Pas sûr que Craig puisse réparer un iMac dans cet état… (Photo Brian Barnett CC BY-NC-ND 2.0)
Pas sûr que Craig puisse réparer un iMac dans cet état… (Photo Brian Barnett CC BY-NC-ND 2.0)

En sa qualité de SVP en charge du développement d’iOS et d’OS X, Craig Federighi installe toutes les bêtas… et bien plus encore. Outre les versions publiées pour les développeurs, il installe de nombreuses builds déployées uniquement en interne, si bien qu’il estime installer au moins 1000 versions d’iOS et OS X par an. Il faut dire qu’il a quatre Mac, quatre iPad et deux iPhone avec lesquels tester ces mises à jour, presque tous les jours… son estimation est ainsi probablement loin du compte.

De son côté, Eddy Cue a l’habitude d’installer les dernières bêtas pendant les réunions, pour tester en direct les nouveautés et donner son avis. Et ce n’est pas, à les croire, un comportement isolé : à tous les niveaux chez Apple, on remonte régulièrement des bugs à corriger. Et la famille de Craig Federighi s’y colle aussi : apparemment, ses enfants utilisent les bêtas et servent de bêta-testeurs.

C’est une bonne chose, mais tout le monde ne peut pas déposer son Mac en panne chez un SVP d’Apple pour signaler le moindre problème rencontré. Cette problématique a été débattue et le responsable d’OS X et iOS a reconnu volontiers que Radar, l’interface qui permet aux développeurs de remonter à Apple les bugs croisés, n’était pas parfaite. Elle est apparemment beaucoup plus efficace en interne — le SVP parle d’élément vital à l’organisation —, mais nécessite un travail d’adaptation pour l’extérieur.

Pour le grand public, Apple a mis en place un meilleur outil avec l’Assistant d’évaluation, un logiciel intégré aux bêtas publiques d’OS X et d’iOS et qui permet de signaler un problème plus simplement.
Pour le grand public, Apple a mis en place un meilleur outil avec l’Assistant d’évaluation, un logiciel intégré aux bêtas publiques d’OS X et d’iOS et qui permet de signaler un problème plus simplement.

Les mises à jour annuelles pour les développeurs, les intermédiaires pour les utilisateurs

Quand est-ce que les développeurs auront un nouveau Radar ? Pas de réponse claire, d’autant qu’Apple ne sait pas encore comment répondre aux développeurs, tout en gérant son propre calendrier de mises à jour. Ce n’est pas, assure Craig Federighi, que l’information n’arrive pas : à l’en croire, tous les rapports de bugs sont consignés et traités par Apple et ils ont tous un impact sur le développement.

En revanche, il reconnaît qu’il n’y a en général pas de réponses, ce qui est souvent la source de frustrations de la part des développeurs… qui arrêtent alors parfois d’envoyer les rapports. Le problème, c’est de savoir comment communiquer avec les développeurs, comment leur signaler que le bug a été corrigé, sans dévoiler la stratégie de l’entreprise. En fonction des cas, la correction peut être glissée dans une version mineure, ou attendre une mise à jour annuelle majeure.

Tout n’est pas parfait du côté de la communication, mais le patron d’OS X et d’iOS a donné quelques clés pour comprendre la stratégie actuelle de l’entreprise concernant les mises à jour. Avec iOS 9.3, Apple met à disposition des nouveautés importantes sans attendre le cycle annuel des versions majeures. Cette fois, on a le mode nuit, les notes protégées par mot de passe, le partage d’iPad en milieu scolaire, des ajouts dans Santé, des raccourcis 3D Touch en plus, la synchronisation des livres avec iCloud…

Bref, iOS 9.3 fait le plein de nouveautés, mais Craig Federighi fait remarquer qu’elles ne concernent pas les développeurs — même si ces derniers sont également gâtés. C’est d’ailleurs pour cette raison que cette version n’a pas attendu la WWDC (qui devrait avoir lieu en juin) et qu’elle bénéficie d’une page dédiée sur le site d’Apple. Et à l’avenir, l’entreprise devrait généraliser cette idée et proposer des nouvelles fonctions tout au long de l’année.

En revanche, les nouveautés qui concernent les plateformes, autrement dit celles qui demandent aux développeurs de modifier leurs apps, ne seront pas délivrées en continu. Dans ce cas de figure, Apple s’en tient au schéma traditionnel : une conférence par an pour présenter ces nouveautés et pour permettre à tout le monde d’avancer au même rythme, en tenant compte des changements apportés.

En clair, Apple devient plus transparente sur les petits ajouts que l’on ne qualifierait pas de mineurs, mais qui sont plutôt des fonctions à petite échelle. Par contre, les nouveautés les plus significatives qui impliquent les développeurs, comme le partage d’écran d’iOS 9 sur iPad, resteront secrètes jusqu’au mois de juin qui précède le lancement officiel. Ce qui explique que, dans ce cas de figure, les développeurs qui envoient des rapports de bugs ne recevront pas nécessairement de réponses pour le moment, même si le constructeur entend améliorer ce point.

Des logiciels en progrès constants selon Apple

Si les deux vice-présidents senior d’Apple sont venus discuter avec John Gruber, c’était d’abord en réaction aux dernières critiques contre les produits de l’entreprise. C’est une idée qui revient régulièrement dans l’actualité et sa dernière incarnation provient de Walt Mossberg. Ce journaliste suit Apple depuis des années et il a même été, à une époque, plutôt proche de Steve Jobs.

Walt Mossberg (gauche), avec Steve Jobs, lors d’une conférence en 2007. Photo Joi Ito (CC BY 2.0)
Walt Mossberg (gauche), avec Steve Jobs, lors d’une conférence en 2007. Photo Joi Ito (CC BY 2.0)

Comme d’autres, il est devenu plus critique ces derniers temps. Son article pointait du doigt la qualité des logiciels d’Apple qui manqueraient, d’après le journaliste, de finition. Et de pointer du doigt quelques défauts, dans Mail, Photos ou encore iTunes. Eddy Cue a répondu pour ce dernier et promis une nouvelle version, mieux adaptée à Apple Music. Mais ils ont aussi évoqué de manière plus générale la qualité du logiciel chez Apple.

Et le constat dressé par les deux SVP est sans appel : la qualité des applications et des systèmes est en progrès constant et elle a augmenté de manière significative ces dernières années. Craig Federighi a donné un exemple très concret et plutôt convaincant : les applications Apple plantent moins sous iOS 9.0 que sous iOS 8.3. Il insiste pour rappeler que ce n’est pas la seule chose qui est mesurée, néanmoins, le nombre de crashs est un facteur déterminant et il est souvent élevé avec les premières versions. Sauf que cette année, iOS 9.0 a fait mieux sur ce point que la version précédente, améliorée depuis un an.

Mais, reconnaît Craig Federighi, le niveau d'exigence a aussi augmenté au fil du temps et la barre est toujours plus élevée. Ce qui fonctionnait bien l’an dernier ne suffit plus aujourd’hui et Apple doit constamment améliorer ses produits. Avant l’iPhone, on utilisait la technologie beaucoup plus simplement et dans un cadre plus fermé. Le nombre d’appareils et leur importance dans nos vies a augmenté considérablement ces dernières années. Nous sommes plus exigeants, puisque l’on dépend beaucoup plus du matériel et du logiciel qui le fait tourner, et les bugs qui étaient auparavant anodins deviennent une vraie gêne.

Sans compter que le constructeur doit gérer toujours plus de situations : plus de pays, de langues, d’applications tierces, et évidemment, plus d’utilisateurs. Autre argument avancé dans la discussion : les utilisateurs mettent beaucoup plus rapidement leurs terminaux à jour, et se retrouvent donc nez à nez pour la plupart avec une version x.0. Alors que, rappelle Craig Federighi, Snow Leopard n’a été populaire qu’à partir de plusieurs mises à jour mineures qui corrigeaient les premiers bugs.

Je me souviens de la sortie de Snow Leopard. Combien de personnes avaient installé 10.6.0 ? Approximativement personne ! On se disait alors que le rythme de mises à jour se calerait sur celui du renouvellement des Mac. On ne mettait pas à jour, ou alors on attendait 10.6.5…

Mac OS X Snow Leopard, que l’on ne téléchargeait pas à l’époque… (photo MacGeneration)
Mac OS X Snow Leopard, que l’on ne téléchargeait pas à l’époque… (photo MacGeneration)

Il oublie de préciser que les mises à jour majeures étaient alors payantes et qu’on ne pouvait pas les obtenir immédiatement en téléchargement. Il est indéniable que l’installation d’un nouvel iOS ou d’un nouvel OS X est plus rapide aujourd’hui. Ce qui explique aussi qu’un plus grand nombre d’utilisateurs exploite des versions moins stables en moyenne. C’est la même chose avec les services en ligne, qui doivent encaisser très rapidement plusieurs dizaines de millions d’utilisateurs.

Au fil de la discussion, Craig Federighi souligne aussi que les utilisateurs de produits Apple peuvent être très bruyants quand ils rencontrent un problème. Non sans glisser que parfois, le problème n’est pas aussi important qu’on pourrait le croire ou bien qu’il s’agit parfois d’une résistance au changement. Il évoquait en particulier l’absence de compatibilité avec les claviers Bluetooth sur la nouvelle Apple TV : c’est quelque chose qui était connu en interne, mais qui n’était pas prioritaire. Pourquoi ?

Les utilisateurs d’Apple TV qui exploitaient un clavier Bluetooth étaient peu nombreux, et surtout « on a remarqué que le nombre d’utilisateurs avec claviers Bluetooth tombait quasiment à zéro pendant la WWDC », c’est-à-dire pendant la conférence dédiée aux développeurs. Une manière de dire que, parfois, les problèmes des développeurs ne sont pas ceux du grand public, et donc, peut-être, qu’ils ne sont pas aussi graves qu’ils n’en ont l’air.

Reste à savoir si cela s’applique aussi aux journalistes…

Image de une : mihimaru CC BY-ND

avatar patrick86 | 

Aaaah mais en fait si on a un problème avec son Mac, c'est Craig Federighi qu'il faut appeler ! :-D

avatar oomu | 

ha ben c'est cool, je n'ai plus qu'à convaincre Federighi de se mettre à Cuda et OpenCL et pof ! tout va être corrigé, je l'appelle tout de suite..

avatar C1rc3@0rc | 

@oomu
+1000
T'as son numero, j'ai aussi quelques idees du meme genre...

Et je sais pas toi, mais, Cue, j'ai du mal a le croire quand il dit:
«J’étais en train d’installer une nouvelle version d’OS X sur mon iMac, une non disponible au public, il y a quelques jours.
...
donc j’ai pris l’iMac, je l’ai mis dans la voiture, je suis allé chez Craig, je lui ai donné l’iMac. »

Soit il se fout de la gueule du monde, soit si c'est pas le cas, c'est inquiétant. Le gars il fait du early beta test sur une machine non dédiée et se la trimballe sous le bras...

Et la on tient le sur-réel:
«De son côté, Eddy Cue a l’habitude d’installer les dernières bêtas pendant les réunions»

Whaaa le gars, je viens de paumer mes doc pour la reunion, iOS 10 vient de me bricker mon iPad!

Peut etre que finalement Cook avait une version early beta sur son iPhone alors...

Ou encore ce solo audacieux: «Craig Federighi a donné un exemple très concret et plutôt convaincant : les applications Apple plantent moins sous iOS 9.0 que sous iOS 8.3. »
La je sais pas mais j'ai l'impression d'entendre l'echo de Steve Ballmer lors du passage de Vista a Windows 7...

Autre anthologie: «Autre argument avancé dans la discussion : les utilisateurs mettent beaucoup plus rapidement leurs terminaux à jour, et se retrouvent donc nez à nez pour la plupart avec une version x.0. »
Ah ben il faut qu'il regarde alors comment se font les mises a jours d'iOS: intrusivité, pression et surtout retour en arriere impossible!

Finalement:«Craig Federighi souligne aussi que les utilisateurs de produits Apple peuvent être très bruyants quand ils rencontrent un problème.»
Mais quelle bande de malappris ces utilisateurs!

Toi qui est un vieux routard du Mac et capable d'aligner plus 140 caractères avec perspicacité, as tu un sentiment d'étrangeté, face a ses propos?

avatar patrick86 | 

@C1rc3@0rc :

Vos arguments me donnent un sentiment d'étrangeté. Parce que "Whaaa le gars, je viens de paumer mes doc pour la reunion, iOS 10 vient de me bricker mon iPad!" Sérieusement, que ce qu'il dit soit vrai ou non — ou entre les deux — vous pensez qu'il n'a pas un minimum de sauvegardes de ses documents professionnels importants, voire au moins un ordinateur sur lequel il ne teste pas de bêta ?

avatar oomu | 

"Soit il se fout de la gueule du monde, soit si c'est pas le cas, c'est inquiétant. Le gars il fait du early beta test sur une machine non dédiée et se la trimballe sous le bras...
"

il n'y a rien d'étonnant à ce que des gens de l'entreprise utilisent des versions de travail chez eux ou avec leur familles. C'est assez courant en fait. Ca leur permet de les mettre dans des situations réelles.

"Et la on tient le sur-réel:
«De son côté, Eddy Cue a l’habitude d’installer les dernières bêtas pendant les réunions»

Whaaa le gars, je viens de paumer mes doc pour la reunion, iOS 10 vient de me bricker mon iPad!
"

je pense que là aussi, évidemment, il faut comprendre que lors des réunions, ils n'hésitent pas à sortir des machines et voir eux même l'état des projets.

Ce qu'ils veulent faire comprendre est : "on met les mains dans le cambouis, NOUS, on joue pas au golf, NOUS, on s'intéresse aux produits de nos ingénieurs, NOUS, on est d'ailleurs des ex-ingénieurs, NOUS", etc.

Le message est: "on bouffe notre propre boite pour chien".

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"Ou encore ce solo audacieux: «Craig Federighi a donné un exemple très concret et plutôt convaincant : les applications Apple plantent moins sous iOS 9.0 que sous iOS 8.3. »
La je sais pas mais j'ai l'impression d'entendre l'echo de Steve Ballmer lors du passage de Vista a Windows 7..."

intéressante observation. et je vais vous dire une chose: Oui Windows 7 marchait mieux que Vista. et les applications étaient mieux du temps de 7 que Vista. Ballmer avait donc raison.
Cela est mécanique:
7 était la consolidation des révolutions de Vista (nouveau moteur graphique, pilotes, etc)
7 a profité que le reste de l'industrie a eEEEEeenfin mis à jour ses pilotes, applis, etc. (forcément ça roule mieux)
conséquence : 7 mieux que Vista. Ce qui est vrai en milieu pro. Vu qu'on a sauté toute la période vista.

avatar oomu | 

"Finalement:«Craig Federighi souligne aussi que les utilisateurs de produits Apple peuvent être très bruyants quand ils rencontrent un problème.»
Mais quelle bande de malappris ces utilisateurs!"

Alors, en fait faut lire ça à l'envers. Ce n'est pas une plainte qu'il fait, mais une classique auto-congratulation, on la retrouve assez souvent dans leurs interviews :

"nos clients sont tellement passionnés par nos produits qu'ils mettent sur un piédestal en platine qu'à la moindre vis de travers, ils hurlent que nous avons échoué à être à la hauteur de nous même."

Il en est fait fier. Et c'est vrai, du point de vue d'une entreprise, c'est une bonne chose : ses clients sont ultra-engagés.

Ils font des sites oranges (voir bleu). Ils écrivent des commentaires alignant plus 140 caractères avec perspicacité, ils font des "mock-up" d'interfaces graphiques, ils défendent les produits (enfin dépend lequel.. parce que moi défendre l'Apple Tv ? jamais! :) )

Mais du coup, faut se méfier de la "caisse de résonance". Apple est médiatique, tout le monde le sait, il le sait, il faut prendre du recul.

Ce qui ne signifie pas excuser (ai-je excusé Aperture ? non !).

Pour résumer il a dit : "nos clients sont top moumoutes, nous super-fiers, exigence énorme mais méfiez vous de l'effet caisse de résonance, tout va bien, merci."

Blizzard parle pareil.

avatar oomu | 

"Toi qui est un vieux routard du Mac et capable d'aligner plus 140 caractères avec perspicacité, as tu un sentiment d'étrangeté, face a ses propos?"

non, pas vraiment.

et c'est souvent cela qui énerve ceux que me lisent. J'ai connu le Apple 2. et de mon point de vue usé, lassé et blasé, non Apple est presque pareille (modulo internet, l'évolution de son commerce).

Et Federighi est là depuis un moment.

Ce qui fait que non, je suis rarement surpris par leur attitude. On les connait.

Les machines Apples sont nettement plus accessibles qu'il y a 20 ans. Ses logiciels sont nettement mieux tenu qu'il y a 20 ans. Apple a diversifié son activité et pérennisé son commerce pour longtemps grâce à iTunes. L'Entreprise n'a jamais été aussi forte et solide de toute son histoire.

Par contre, l'entreprise a du mal à assumer sa taille titanesque. Cela se voit avec des douleurs sur la communication aux développeurs (et encore une fois 2015 a été un progrès, mais on part de loin donc ça n'impressionne pas.).
Et aussi leur discours régulier de "on est une startup géante". Okay, super d'être une "startup" pour ne pas perdre son "âme".
Mais du coup Apple a du mal à suivre sur tous les terrains à la fois. Le service en ligne reste sa faiblesse. Elle tente de rester focalisée à outrance, quitte à charcuter des logiciels appréciés.

Notons que Os X, iOS, Apple Tv os et Watch Os sont tous les 4 quasiment alignés fonctionnellement et versions. C'est la première année où Apple a réussi ça.

Donc non; plutôt qu'une étrangeté, je ressens qu'Apple est à la croisée des chemins, un moment de transition. Va t'elle évoluer vers une structure informe à la Sony ? ou réussir à rester Apple tout en grossissant ? S'ouvrir à la communication sans anéantir sa stratégie de surprise ? Cela se sent dans leurs propos.

Déjà en 2014 l'entreprise a tenté de s'ouvrir.

avatar C1rc3@0rc | 

«Donc non; plutôt qu'une étrangeté, je ressens qu'Apple est à la croisée des chemins, un moment de transition. Va t'elle évoluer vers une structure informe à la Sony ? ou réussir à rester Apple tout en grossissant ? S'ouvrir à la communication sans anéantir sa stratégie de surprise ? Cela se sent dans leurs propos.»

Tres belle conclusion, merci.

avatar oomu | 

"Autre anthologie: «Autre argument avancé dans la discussion : les utilisateurs mettent beaucoup plus rapidement leurs terminaux à jour, et se retrouvent donc nez à nez pour la plupart avec une version x.0. »
Ah ben il faut qu'il regarde alors comment se font les mises a jours d'iOS: intrusivité, pression et surtout retour en arriere impossible!
"

vous confirmez donc son propos.

Ici il ne s'agit pas de discuter de la méthode (mesquine ou généreuse) mais du résultat :

il est exacte que les utilisateurs sont beaucoup + à jour qu'auparavant.

C'est à la fois une bonne chose contre le hack des machines et à la fois une catastrophe : ça bouge tout le temps, ho un nouveau bug !

Il décrit une réalité : oui les gens sont beaucoup + confrontés au ".0" qu'auparavant.

Notons que c'est pareil sur PC (pour ceux qui en achètent régulièrement hein) où Microsoft est beaucoup + agressif pour vous faire migrer, coûte que coûte, de version en version.

Le résultat est sans appel : "Raaaah c'est pas sec !"

Idem en jeux vidéo (early access, pre-patch, alpha, etc . Street Fighter 5 est même pas .0, il est -1 ! pas encore fini que déjà vendu. ha ben les gens râlent. Mais deviennent compréhensif "ha ben oui c'est pas encore sec, normal, haha.")

et bien sur les normes et infrastructures (on a à peine connu la 3G que déjà j'insulte Orange au téléphone de pas passer à la 5G, ces feignasses).

Je suis moi même .0, en totale réinvention régulièrement, du coup, bourré de défauts :)

avatar C1rc3@0rc | 

«Le résultat est sans appel : "Raaaah c'est pas sec !"»

Observation avec laquelle je pense que tout utilisateur est d'accord.
Cette folie de la "nouveauté" qui doit intervenir de plus en plus vite est helas devenue une culture qui degrade la qualité du produit.
C'est la generalisation du principe Microsoftien que peu importe l'état du produit mis sur le marche, l'important c'est d'être omniprésent et la politique du patch a répétition fait intégralement partie du produit et de son cout!

Oui Apple se "Microsoftise", comme la plupart de l'industrie d'ailleurs.

avatar mac_adam | 

Il me semble (en fait j'en suis quasiment sûr mais je n'ai pas fait l'expérience) qu'on peut restaurer sa précédente version d'iOS via iTunes : dans "Sauvegardes" il faut cocher "Cet ordinateur", puis dans "Options" cocher uniquement la case "Ne synchroniser que les morceaux et vidéos cochés", et enfin ne jamais cliquer en bas sur "Synchroniser/Appliquer" tant qu'on n'a pas décidé d'adopter définitivement la dernière version d'iOS installée sur son mobile (évidemment ne jamais non plus cliquer sur "Sauvegarder maintenant" durant cette période d'évaluation...).

avatar Pommeduverger | 

Si ces deux là pouvaient nous faire une App IOS iCloud aussi bonne que DropBox j'en serais ravis !

avatar reborn | 

Ça confirme ce que je pensais, ils ont conscience de quasiment tout (et c'est une bonne nouvelle). Après et (comme toujours) c'est une question de point de vue divergent..

avatar rolmeyer | 

@reborn :
Oui ils ont conscience mais la mauvaise foi et le discours marketing domine. Non non et non ce n'est pas le consommateur qui a exigé ( vu qu'il est exigeant d'après eux) qu'on intègre Apple Music dans iTunes et ainsi peter encore plus iTunes.

avatar Pommeduverger | 

@rolmeyer :

Il était logique d'intégrer Apple Music à iTunes … il n'avait pour l'instant pas sa place ailleurs.

En revanche, dans l'interview ils ont également expliqué qu'une fragmentation d'iTunes était envisagé !

avatar noxx09 | 

Et d'ailleurs ils ont enlevé les livres ebook... Mais le résultat est loin d'être convainquant : impossible de modifier des métadonnées avec iBooks et donc de gérer sa bibliothèque de façon personnalisable. Ebook transformé en machin Apple inutilisable ailleurs... Et ça n'évolue guère pour l'instant.
J'espère que ce cas ne laisse pas préfigurer la suite de la "fragmentation"...

avatar Pommeduverger | 

Mais vous vous trompez en attendant d'Apple des logiciels "complexe" et "personnalisable", La fragmentation d'iTunes impliquera forcement une fermeture et une simplification du logiciel.

Quand iTunes sera fragmenté on aura un équivalent des Apps IOS sur Mac avec peut etre un tout petit peu plus de fonctions mais ça s'arrêtera là.

C'est ce qu'attendent 80% des utilisateurs lambda. Accéder aux services Apple dans une interface adapté et simple.

avatar rolmeyer | 

@Pommeduverger :
Mais on VEUT un iTunes fragmenté parce qu'on espère que ça marchera ! Où qu'ils nous fassent un iTunes qui marche !

avatar Pommeduverger | 

Un iTunes défragmenté serait plus simple et plus efficace pour l'utilisateur.

Puis tu n'as rien compris, Apple VEUT un écosystème fermé : si tu veux du multiplatforme va voir ailleurs. C'est comme ça que ça marche chez Apple.

avatar patrick86 | 

"Apple VEUT un écosystème fermé"

Alors pourquoi fournir Apple Music sur Android, un accès à iCoud sous Windows ou encore ouvrir Swift ?

La réalité est qu'Apple n'est pas binaire. Elle ne cherche ni le totalement fermé-propriétaire, ni le totalement ouvert et libre ; ni le systématiquement spécifique, ni le tout standard.

Apple fait ce qu'elle considère être dans son intérêt à elle. Si c'est un contrôle sur les périphériques connectables à l'iPad via un connecteur propriétaire, elle le fait. Si c'est l'ouverture de son langage de programmation pour mieux le pérenniser, elle le fait aussi.

Techniquement, rien ne l'empêchait d'utiliser Lightning pour son MacBook. Pourquoi utiliser USB-C alors ? Parce qu'elle a jugé qu'un connecteur standard sur cet appareil est plus intéressant pour elle.

Apple sait faire des choix très radicaux, avant-gardistes ou au contraires conservateurs, mais n'est pas manichéenne dans son ensemble.

avatar rolmeyer | 

@Pommeduverger :
Par exemple quand je parle d'Aperçu je ne veux PAS de nouvelle fonctions je voudrais juste que les anciennes remarchent ! Idem pour iTunes. J'illustre -> quand ils ont intégré Apple Music ils ont fait disparaître le tag regroupement. Puis c'est réapparu pour la musique et que très très tardivement pour la catégorie film.

avatar patrick86 | 

"Mais le résultat est loin d'être convainquant : impossible de modifier des métadonnées avec iBooks et donc de gérer sa bibliothèque de façon personnalisable"

De quelles métadonnées parlez-vous ?

Dans iBook en vue liste, je peux modifier les titres, auteurs, catégories, descriptions, etc.

Je suis d'accord par contre qu'iBook mériterait d'évoluer encore, de gagner en souplesse et en possibilités d'organisation de sa bibliothèque.

avatar P'tit Suisse | 

@patrick86 :
IBooks.... 800 livres à synchroniser, 18 de reconnus. Du coup, c'est Mavericks obligatoire avec bidouille via le terminal pour conserver le menu dans ITunes et pouvoir synchroniser mes bouquins sur l'IPad. C'est beau le progrès chez Apple ;-(

avatar rolmeyer | 

@noxx09 :
Oui j'ai utilisé iBook longtemps avant d'abandonner désespèré de ne voir rien venir... Oui il faut modifier les métadonnées avant puis le coller dans iBook... IBook c'est ultrabasique juste une étagère pour la synchro rien d'autre...Ça m'a écorché la main mais j'ai tout filé à Amazon et son app Kindle et c'est cross plateforme, parfait accès sur ma Surface 4 et mon Nexus....

avatar oomu | 

@rolmeyer

je n'ai jamais demandé apple music dans iTunes

et c'était une intégration de feignant

Mais si vous avez lu leurs interviews (pas que celle là) : ils le savent. ils l'ont même avoué qu'il y a encore du boulot à faire, que les utilisateurs ont été clairs et se sont fait entendre.

Oui ils savent que les utilisateurs veulent la séparation d'tunes. Oui Tim cook lui même a dit que cela fait du sens dans certains cas.

Mais c'est un projet de longue haleine et à mon avis ils sont terrorisés comme un hérisson devant des phares.

Si on a hurlé à cause de Photos, imaginez ce que ça sera quand ils vont désintégrer iTunes. Je suis déjà en train d'entrainer mes cordes vocales.

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